10ème anniversaire de la coopération Basse-Normandie/Macédoine les 8 et 9 avril à Caen.

Célébration de la coopération Basse-Normandie/Macédoine

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Au programme de cette célébration, à l’initiative de M. Laurent Beauvais, président de la région Basse-Normandie étaient notamment présents une délégation d’une cinquantaine de représentants de la République de Macédoine conduit par le Vice Ministre de l’autogestion locale M. Ljupco Prendzov, la Secrétaire d’Etat aux affaires européennes Mme Ana Blazeska , et par la présence de Mme Laurence Auer, Ambassadrice de France en Macédoine, de nombreux ateliers, des expositions et le concert de Toni Kitanovski avec son orchestre. Cet évènement a permis de rappeler les enjeux de la coopération sur le plan institutionnel, économique et culturel, mais aussi de discuter dans ce contexte festif des échanges à venir.

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Madame l’Ambassadrice s’est exprimée à Caen le jeudi 9 avril sur les liens qui se sont développés entre la Basse-Normandie et la Macédoine, au travers de 10 ans d’une Coopération fructueuse

Assemblée plénière du Conseil régional de Basse-Normandie
Caen, le 9 avril 2015

Monsieur le Président, cher Laurent Beauvais,
Madame la secrétaire d’Etat, chère Ana Blazheska
Monsieur le vice-ministre de l’autogestion locale,
Madame la vice-présidente en charge de la coopération, chère Annie Anne,
Mesdames et messieurs les conseillers régionaux,
Mesdames et messieurs,

Je suis particulièrement heureuse de participer, aujourd’hui, à Caen, à cet événement exceptionnel de valorisation et de partage de l’expérience de 10 ans de coopération entre la Basse-Normandie et la Macédoine. La France a beaucoup œuvré pour l’indépendance puis la stabilité de ce pays issu de l’ex-Yougoslavie qui s’est toujours tenu à l’écart des drames de la guerre. La constitution macédonienne s’appelle encore aujourd’hui « la Badinter » et notre pays a également été à l’initiative, en l’an 2000, de la conférence de Zagreb qui a tracé la perspective européenne de la région des Balkans occidentaux.
Une mécanique s’est mise en place dans l’Ancienne République yougoslave de Macédoine, à partir de 2005, dans le cadre de la candidature européenne puis de l’accord d’association, avec des crédits de pré-adhésion, des jumelages, de l’assistance technique et des formations, permettant ce que nous appelons, en jargon européen, la reprise de l’acquis communautaire c’est à dire la mise à niveau des lois et des principes permettant de se rapprocher des pays européens. Dans le même temps, l’Ambassade de France accompagnait ce mouvement par des projets spécifiques d’appui à l’état de droit, à l’administration publique et à l’indépendance du système judiciaire.
Mesdames et Messieurs, ce que la région Basse-Normandie fait dans le pays, depuis 10 ans, ni l’Europe, ni l’Etat français ne peut le faire. Il s’agit d’un maillage unique et continu dans le temps, sur tout le territoire, de projets, de contacts, de visites croisées, une construction qui touche les acteurs de la vie locale, la société civile, mais aussi la valorisation des atouts que représentent le tourisme, l’environnement naturel unique, le patrimoine. Il s’agit de fait d’une exception dans l’histoire de la coopération, que le Ministère des affaires étrangères a accepté de pérenniser depuis 10 ans tant la situation de la Macédoine est unique et fragile, un Etat jeune dont le destin européen est tracé et dont tous les cadres, les référents sont à construire. Une société multiethnique dont l’histoire a tant de fois recoupé la nôtre, sans que nous nous n’en ayons vraiment gardé la trace, qui sait en France qu’après les Dardanelles, 70 000 Français ont combattu dans des tranchées entre Bitola et Guevguelia pendant plus de 18 mois dans des conditions extrêmement difficiles, voire extrêmes ?
Le caractère unique de la coopération entre la région Basse-Normandie et la Macédoine ne s’arrête pas là, la coopération est également réciproque et je remercie les deux représentants du gouvernement macédonien d’avoir fait le déplacement pour en témoigner. Elle est structurée de façon stratégique et appuyée par un bureau et des projets.
Nous apprécions aujourd’hui le fruit de 10 ans de travail et les résultats obtenus. Ainsi, en ce qui concerne la démocratie locale, la Macédoine doit se penser à l’échelle européenne mais elle a la dimension d’une région française. A cet égard, les apports des communes dans le cadre des 7 jumelages entre des villes bas-normandes et macédoniennes peuvent être estimés à un montant de 1.2 millions d’euros sur trois ans. C’est surtout un apport humain et technique inestimable, chaque maire macédonien visité n’a de cesse de me le confirmer. La région Basse-Normandie s’est affirmée avec une compétence internationale de plus en plus forte, labellisée à deux reprises sur les questions particulièrement importantes de la sécurité alimentaire et des droits de l’homme et de la médiation, dans le cadre du programme PACT2, confortée avec d’autres coopérations, avec la région malgache d’Atsinan, la province norvégienne du Hordaland, ou la province canadienne du Manitoba. La région peut être initiatrice de projets européens, le pays étant désormais éligible à de nombreux programmes stratégiques, en matière d’innovation et d’échanges.
Coopérer ne signifie pas se comprendre, coopérer signifie mettre en œuvre des actions alors que l’on est différent. La Région Basse-Normandie avec le Ministère macédonien de l’autogestion ont répété ce tour de force 10 années de suite dans les secteurs aussi importants que les technologies de l’information, les droits de l’homme, l’éducation, la préservation et de la valorisation du patrimoine. II est rare qu’une semaine ne s’écoule sans qu’une délégation d’étudiants, de lycéens, d’experts ne soit au travail en Macédoine. Je peux témoigner de l’échange entre les jeunes et de la compréhension et de l’ouverture à l’autre qu’ils ont acquis ainsi. Ce sont là des qualités importantes, au moment où le monde vacille sous les coups de boutoir de l’intolérance, de l’indifférence et du repli sur soi.
Cette coopération a évolué au fil du temps afin de s’adapter aux réalités des deux territoires. Ainsi à l’organisation en 7 axes qui prévalait jusqu’en 2014 a succédé une approche par appel à projets. Ce changement a rendu la coopération plus dynamique et visible tant en Normandie qu’en Macédoine, elle rejoint une problématique européenne, celle de travailler en partenariat. Par ailleurs, de nouvelles thématiques sont apparues.
Parmi les thématiques, il en est une particulière : celle du Front d’Orient. Peu connaissent le « Front d’Orient » ou « Front de Macédoine » en France comme dans les Balkans. Avec son million de mort, dont 70 000 français, les combats intenses, les destructions de ville, les souffrances des civils, ce front est une blessure intime pour les nations vivant en Macédoine et dans les Balkans. Construire la Mémoire de la Première Guerre Mondiale en République de Macédoine permet, au-delà de la connaissance historique, la reconnaissance internationale du tribut payé par les peuples de la Macédoine jusqu’à aujourd’hui, afin d’avancer et de construire un futur meilleur fondé sur l’acceptation et la réconciliation. C’est à l’image du travail de mémoire entrepris par la Normandie à l’issue de la Seconde Guerre Mondiale. Je salue dès lors l’investissement de la Région dans ce domaine des plus importants. Le secrétaire d’Etat aux anciens combattants et à la mémoire, Jean-Marc Todeschini, a pu apprécier lors de sa visite en mars dernier l’investissement.
Aujourd’hui, et après deux appels à projets, il apparaît que la coopération est la plus dense dans ses dimensions jeunesse, et patrimoine culturel. Avec l’appui espéré du secrétariat aux affaires européennes, dont je salue la responsable, j’espère renforcer cette dimension européenne, dans un intérêt partagé. La Région Basse-Normandie peut apporter une dynamique essentielle en matière d’efficacité de gestion des fonds européens, dont la compétence a été récemment acquise par les Régions françaises, est proche dans sa méthodologie de la gestion des fonds de préadhésion dit fonds IPA par la Macédoine. Lors d’une récente conférence donnée à Skopje par monsieur Alexandre Follot, directeur des affaires européennes et des relations internationales de la région, sur la gestion des fonds européens par la Normandie, j’ai pu constater l’intérêt des techniciens macédoniens pour les processus et les outils développés par la Normandie. Il existe là un éventail d’actions à mener de partage des expériences.
Il est enfin un champ nouveau de valorisation réciproque qui est en réflexion autour de la coopération économique. A ce titre, l’atelier qui se déroule actuellement sur cette question me paraît particulièrement important. La région Basse-Normandie est réputée pour ses entreprises innovantes en matière d’environnement, de technologies numériques, de transformations agro-alimentaires. Ce sont là autant de secteurs susceptibles d’intéresser les industriels macédoniens. Dès lors une coopération entre les deux territoires ne peut que trouver du sens.
A cet égard, je signale le lancement, dès l’automne prochain, par l’ambassade, du programme « Talent d’avenir » destiné à développer la formation et l’insertion professionnelle des jeunes macédoniens en relation avec la France et de jeunes français en relation avec la Macédoine. Il s’agit pour des jeunes motivés et qualifiés d’effectuer un stage en entreprise en France ou en Macédoine. Les jeunes macédoniens maîtrisent naturellement l’anglais, et ont des formations universitaires de très bons niveaux, il s’agit de créer une relation forte avec la France. D’enrichir leur savoir-faire tandis qu’ils mettent leurs compétences au service de l’entreprise qui les accueille. Et le même raisonnement vaut pour les français à la recherche d’une valorisation spécifique de leur parcours. C’est une démarche très concrète que je vous propose. A l’image de ce qui est réalisé avec succès par l’Allemagne ou les Pays-Bas, une telle insertion en milieu professionnel est créatrice à terme de richesses économiques entre les deux territoires. Insérer les jeunes aujourd’hui dans les entreprises, c’est créer de l’investissement pour demain.

Monsieur le Président, dans le cadre de la fusion annoncée entre les régions Basse et Haute Normandie, encore d’autre synergies pourront être définies, vous pouvez compter sur la mobilisation du Ministère des affaires étrangères et de l’ambassade que j’ai l’honneur de diriger pour que dans le nouvel ensemble régional, cette coopération décentralisée se poursuivre, au-delà de la première décennie.
Je vous remercie.

Dernière modification : 17/04/2015

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