Conférence de presse lors du Sommet informel avec les chefs d’Etat des Balkans occidentaux [mk] [sq]

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La vidéo de la conférence de presse de François Hollande, Président de la République française, et de Borut Pahor, Président de la République de Slovénie, du 25 juillet 2013 est désormais disponible ici sur le site de l’Elysée.

Voici des extraits du verbatim de la conférence de presse :

François Hollande : Monsieur le Président, je voulais une nouvelle fois vous remercier pour l’invitation, que vous avez faite à la France, de venir ici pour cette réunion. J’associe le président croate que j’ai reçu le 14 juillet et qui est aussi partie prenante de ce processus.
C’est un honneur pour la France que d’être présente à cette réunion des Balkans. La France est liée à votre grande région par notre histoire, par nos liens politiques, par les relations culturelles, linguistiques - la francophonie y a sa place - et également par des relations économiques.

Je mesure ce que représente l’initiative que vous prenez parce qu’elle est un message d’espoir pour les peuples des Balkans qui ont vécu sur leur sol une tragédie que vous êtes en train de dépasser.

Tout n’est pas encore réglé dans cette région et il y a encore des sujets qui appellent notre vigilance et notre préoccupation. Mais ce que je suis venu dire aux pays représentés, aux huit chefs d’État, c’est que la France est à leurs côtés pour poursuivre l’intégration des Balkans dans l’Union européenne. Je viens dans un contexte, vous l’avez rappelé Monsieur le Président, où la Croatie vient d’adhérer à l’Union, rejoignant ainsi la Slovénie, qui elle-même est membre de la zone euro, et à un moment où Belgrade et Pristina ont scellé un accord historique grâce à l’initiative de l’Europe.

Je suis venu réaffirmer la perspective européenne des Balkans, je le fais avec la continuité de l’engagement de la France. En effet, c’est pendant la présidence française, en 2000 à Zagreb, que cette perspective avait été fixée, que cette volonté avait été affirmée. Plus d’une décennie après, la France est toujours là à vos côtés pour rappeler cette perspective.

Certes, il y a des conditions pour que des pays qui sont candidats ou qui ont été admis dans la négociation, puissent voir le processus aboutir.

La première de ces conditions, et cela c’est chaque pays qui doit la remplir, c’est de mettre en oeuvre des réformes, des réformes économiques, comme tout pays qui a vocation à rentrer dans l’Union européenne. Mais également des réformes politiques, des réformes institutionnelles, des réformes qui portent sur l’État de droit.
La seconde condition, et c’est toute la région qui doit la remplir, c’est la réconciliation, c’est la coopération régionale. C’est ce que vous engagez à travers ce processus. Parce que si les contentieux ne sont pas réglés, si la stabilité n’est pas trouvée, si la sécurité n’est pas assurée, il ne peut alors pas y avoir d’intégration dans l’Europe.

L’Europe peut aider, l’Europe peut accompagner mais l’Europe ne peut pas se substituer aux États pour les choix qui les concernent d’abord.
Pourquoi suis-je aussi attaché à cette perspective européenne ? Parce que construire l’Europe, dès lors que nous avons accepté qu’elle soit à l’échelle du continent, construire l’Europe sans les Balkans, c’est d’une certaine façon occulter ce qu’a été la réalité de l’Europe et notamment dans sa phase tragique. Je rappelais que nous allions célébrer l’année prochaine, en France, le centenaire de la Première Guerre mondiale, qui a été déclenchée dans les Balkans à Sarajevo. La dernière guerre qui se soit produite sur le sol européen, c’est également dans les Balkans.
Il n’y aura l’Europe de la paix, l’Europe de la réconciliation que si nous sommes capables, vous et nous, de faire en sorte que les Balkans soient parties prenantes de l’Europe.

Il y a des efforts à faire, il y a des conditions à remplir mais il y a des exemples : la Slovénie, la Croatie l’ont démontré. À partir de là, la France sera aux côtés des pays ici représentés pour, notamment au Conseil européen, faire valoir la nécessité de ce processus, de cette perspective et de favoriser à travers ses propres médiations la réconciliation indispensables dans les Balkans.

Tel est le sens de ma présence et je vous renouvelle ici ma gratitude d’avoir compris que la France était ici votre amie.

Question : Monsieur le Président Hollande, quelle est l’importance pour l’Union européenne du rôle de la Slovénie en tant que pont entre l’Union européenne et les Balkans occidentaux ? Et qu’attendez-vous précisément de la Slovénie dans ce contexte particulier ?

François Hollande : La Slovénie est d’une certaine façon une référence puisque ce pays a été capable très rapidement d’adhérer à l’Union européenne et d’être partie prenante de la zone euro. La Slovénie aurait pu être un pays à part dans les Balkans et elle a choisi de faire en sorte d’accompagner des pays voisins pour qu’ils puissent trouver leur place dans l’Union européenne. Je souhaite donc que ce rôle-là soit encore davantage reconnu et renforcé. J’aurai cet après-midi des relations avec les autorités slovènes. Le président, nous l’avons déjà marqué à travers un premier entretien, mais également avec la Première ministre et avec le président de l’Assemblée pour bien montrer le rôle que peut jouer la Slovénie et la relation particulière qui peut être celle entre la France et la Slovénie.

Je m’honore aussi d’être le premier chef de l’État français à venir en Slovénie depuis l’indépendance. C’est aussi une forme de reconnaissance de l’influence de la Slovénie en Europe et dans les Balkans.

Question : La Macédoine a demandé une assistance pour régler la question du nom au cours de cette réunion, comme cela a été un petit peu le cas entre Pristina et Belgrade ou bien entre Ljubljana et Zagreb. Est-ce que vous êtes prêt à porter votre appui pour régler ce différend ? Et puis vous avez également évoqué le sommet européen du mois de décembre, ma question est la suivante : que peut attendre la Macédoine du sommet de décembre s’agissant de cette question ? Puisque au mois de juin, il n’a même pas été question du nom où le statu quo demeure.

François Hollande : Au mois de juin, c’était essentiellement la Serbie qui était concernée, d’autant que ce jour-là nous avions félicité le Premier ministre de Croatie, présent au Conseil européen, pour le succès du processus d’adhésion.

Sur l’Ancienne République yougoslave de Macédoine, j’ai rappelé que la France était disposée à chercher, par la qualité des relations que nous pouvons avoir avec la Grèce, une solution. Il vrai que la question du nom bloque, pour l’instant, le processus et que nous ne pouvons pas en rester là. La France est donc prête à jouer, là aussi, son rôle pour favoriser une bonne compréhension de ce sujet qui maintenant - si je puis dire - complique le processus depuis trop longtemps.

Question : Une question pour vous d’abord Monsieur le Président. Je voudrais revenir sur le sens de votre présence ici aujourd’hui. Que pouvez-vous apporter aux pays des Balkans ? Qu’est-ce que la France peut apporter et que pouvez-vous en retirer en échange ? (...)

François Hollande : J’ai rappelé les relations historiques que la France a dans les Balkans. J’ai aussi rappelé l’engagement de la France pour ouvrir la perspective européenne pour les pays des Balkans. J’ai enfin conscience qu’il n’y a d’Europe que si nous achevons le processus, ici dans les Balkans, pour les raisons historiques que j’ai rappelées, tragiques même.

Il y a ce que la France peut apporter, c’est-à-dire comme l’un des principaux pays fondateurs de l’Europe. Ce que nous pouvons apporter car nous pouvons parler à tous malgré les blessures de l’histoire. Nous avons de bonnes relations avec tous les pays des Balkans. Nous sommes reconnus, regardés comme pouvant jouer un rôle.

On parlait tout à l’heure de ce problème du nom qui empêche l’Ancienne République yougoslave de Macédoine de pouvoir trouver sa place. Nous avons joué un rôle éminent. Souvenez-vous, ce n’est pas si loin par rapport à la Bosnie-Herzégovine ou par rapport au Kosovo.

Vous demandez ce que nous pouvons en tirer en retour. Mais rien. Si ce n’est la volonté que la stabilité, la paix puissent être la condition de vie des habitants de cette région. Est-ce que je souhaite qu’il y ait davantage d’investissements d’entreprises françaises dans les Balkans ? Oui. Davantage d’échanges économiques ? Sûrement. Et il y a à l’évidence une présence insuffisante de la France sur le plan économique dans cette région. Nous allons veiller à ce qu’il en soit différemment pour l’avenir.

Mais d’abord, c’est notre rôle politique qui est reconnu. Nous ne cherchons pas à en avoir le monopole et il y aura, à l’évidence, d’autres chefs d’État qui viendront pour d’autres réunions dans le cadre de ce processus. Mais que la France ait été invitée prouve bien que nous pouvons être utiles et aux Balkans, et à l’Europe.
(...)

Question : Monsieur Hollande, j’ai une question pour vous. Êtes-vous inquiet que la Slovénie puisse être le prochain pays à avoir besoin d’une aide financière compte tenu des difficultés qu’elle rencontre et si cela se produisait, quel message pour les pays ici présents et le reste du monde ?
Deuxième question : Insisterez-vous pour le retard de l’âge de départ à la retraite en France. Ce sont deux questions qui s’adressent au président Hollande.

François Hollande : Je ne pensais pas être interrogé sur l’âge de la retraite en France en venant ici en Slovénie. Mais cela sera un sujet de la rentrée puisque nous avons des réformes à faire en France comme dans tous les pays européens pour réduire nos déficits, être plus compétitifs et garder un principe de solidarité.

Mais sur la situation de la Slovénie, nous avions eu l’occasion, lors de la visite du président slovène à Paris, d’en parler. Nous avons confiance dans le système bancaire slovène. Il a, comme dans beaucoup de pays européens, démontré sa fiabilité mais il n’y a pas, ici, d’alarme à prononcer et je ne suis pas informé d’une demande d’aide financière venant de la Slovénie à l’Europe. Il y a des efforts qui sont engagés par le gouvernement slovène que je regarde et qui me permettent d’avoir, je vous l’ai dit, confiance.

Sur la situation économique de l’Europe, je vais être interrogé par les chefs d’État à l’occasion du déjeuner. Parce que c’est ce que l’on dit : il faut ouvrir une perspective européenne. Mais faudrait-il encore que l’Europe soit un espoir et non pas une crainte, que l’Europe soit regardée comme une façon de trouver de la croissance, de l’emploi et pas simplement des mesures restrictives, même si les disciplines sont nécessaires. J’avais, il y a quelques semaines, même mois, dit que nous étions sortis, pour l’essentiel, de la crise de la zone euro. C’est le cas, même si il peut y avoir des problèmes politiques dans tel ou tel pays qui parfois fait ressurgir un certain nombre de craintes. Je constate que, sur les marchés, aujourd’hui, il n’y a plus de doute sur l’appartenance des pays qui sont aujourd’hui membres de la zone euro quant à leur avenir dans cette zone.

Maintenant, l’enjeu, c’est de sortir de la récession et il y a des indices, qui d’ailleurs sont publiés ces derniers jours, qui laissent penser que, effectivement, il y a une sortie de la récession qui est maintenant en vue. Ce que nous devons faire, c’est soutenir cette dynamique qui est encore très fragile, ce rétablissement des comptes, des disciplines pour offrir une perspective de croissance. C’est le message que je porte au niveau européen. Nous devons assouplir un certain nombre de règles, mettre de la croissance, concevoir des politiques plus structurelles, de long terme, pour l’industrie, pour l’énergie. Et ainsi, permettre que les pays qui sont déjà membres de l’Union européenne puissent être consolidés, confortés, et que les pays qui n’en sont pas encore membres puissent regarder l’Europe comme un espoir.
(...)

Question : Monsieur le Président, la politique étrangère française n’a pas été particulièrement active dans la région de l’ex-Yougoslavie. Est-ce que votre visite signifie que la France veut maintenant jouer un rôle plus actif dans la région de l’ex-Yougoslavie ?

François Hollande : Oui. Si vous voulez me faire dire que nous n’avons pas été assez présents, nous l’avons été. Je rappelle que lorsqu’il y a eu la crise en Bosnie-Herzégovine, des soldats français sont venus. Nous avons déploré 84 morts. Nous avons joué notre rôle au Kosovo.

Mais, au-delà du règlement de ces conflits, c’est vrai que la diplomatie française n’a pas été aussi présente qu’il aurait été nécessaire. À travers cette invitation, à travers cette volonté que j’ai rappelée, à travers l’influence que la France peut jouer pour régler un certain nombre de différends et pour favoriser la perspective européenne, la France sera davantage active dans la région des Balkans durant les prochains mois et les prochaines années.

Moi-même, j’aurai l’occasion de le démontrer.

Dernière modification : 22/10/2014

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