Conférence sur la commémoration du Centenaire de la Première Guerre mondiale au Ministère des affaires étrangères Lundi 6 octobre 2014 [mk]

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Monsieur le Ministre,
Mesdames et Messieurs, chers amis francophones,

C’est un grand honneur pour l’Ambassade de France et mon équipe de pouvoir marquer, à travers cette conférence, le lancement des commémorations de la Première guerre mondiale, à Skopje, au Ministère des affaires étrangères. Je vous remercie, Monsieur le Ministre, Monsieur le coordinateur national pour la francophonie, d’avoir suggéré une telle rencontre autour des diplomates macédoniens et étrangers. Je remercie mes collègues de leur présence puisque nous partageons entre plusieurs ambassades des projets et des activités liées au Centenaire de la Première guerre mondiale.

L’année 2014 marque l’année de l’embrasement du conflit mondial, elle tient une place particulière dans l’Histoire de l’Europe aujourd’hui. Le conflit n’a débuté, pour ce qui concerne le territoire actuel de la République de Macédoine, qu’à l’automne 1915, avec la présence en 1917-1918 de plus de dix armées étrangères venant de France, Royaume-Uni, Russie, Italie, Roumanie, Serbie et Grèce, pour les troupes de l’Entente ; et venant d’Allemagne, Autriche-Hongrie, Turquie et Bulgarie pour les puissances centrales ou l’Alliance.

C’est un affrontement international, violent et frontal qui a eu lieu au sein de ce que nous appelons le Front d’Orient, ici traduit par Front de Macédoine, ou encore Front de Salonique. Vous l’avez souligné, Monsieur le Ministre, le pays a souffert dans sa chair, les familles ont vu leurs enfants partir au combat et les populations civiles payer un lourd tribut. Rien que la ville de Bitola a perdu 3500 civils et les estimations sont à prendre avec précaution car incertaines.

Les commémorations internationales voulues par le Président de la République, qui ont permis d’inviter une délégation macédonienne à défiler à Paris sur les Champs Elysées à l’occasion du 14 juillet, marquent le début d’une période importante de quatre ans pendant laquelle mon pays souhaite développer un travail bilatéral de mémoire. A Paris, une structure dédiée, la Mission du Centenaire, labellise les projets proposés partout dans le monde et l’Ambassade de France à Skopje a reçu le label « Centenaire de la Première Guerre mondiale » pour sept projets dès 2013. La brochure sur le Front d’Orient que vous avez reçue est le premier produit de cet effort, développé conjointement avec la Région Basse-Normandie, partenaire de tous nos projets et grâce au travail actif de l’Institut français de Skopje.

Je rappelle les raisons particulières de notre mobilisation : parmi les dix millions de morts causés par le premier conflit mondial, la France a perdu un million et demi des siens, et a également vu revenir de la guerre plus de quatre millions de blessés graves, handicapés à jamais. Or, le Front d’Orient représente un dixième des pertes causées par le conflit mondial. Parmi ces hommes décédés si loin de chez eux, 70.000 étaient des Français. Le Front d’Orient est donc un conflit majeur à commémorer dans l’histoire de notre centenaire, un conflit souvent occulté ou oublié en raison notamment de l’histoire complexe de l’Armée française d’Orient, opérant sur le territoire actuel de plusieurs pays des Balkans.

La Francophonie intervient ici, Monsieur le Ministre, parce que parmi les 350.000 soldats français qui composaient l’Armée française d’Orient, environ vingt pour cent étaient originaires des colonies françaises, des régions d’Afrique ou d’Asie, qui participaient aux combats. Ces soldats originaires du Sénégal, du Maroc ou d’Algérie étaient regroupés dans des régiments d’élite : les tirailleurs sénégalais ou les goumiers marocains ont accompli des actes héroïques. Le visiteur est saisi dès son entrée au cimetière français de Bitola où 6.200 tombes nominatives entourent un monument aux morts regroupant collectivement près de 4000 dépouilles. A Skopje, le cimetière français rassemble également près de 4.000 dépouilles, « Morts pour la France », dont plus de 900 ont une sépulture identifiée.

Monsieur le Ministre, le premier objectif du programme de commémorations que la France entame en République de Macédoine est de chercher à retracer ensemble l’histoire de cet épisode partagé et de tenter de donner au Front d’Orient un sens pour la population macédonienne, dans l’histoire complexe du XXème siècle. Nous souhaitons, avec les partenaires macédoniens qui ont accepté de lancer ce travail, l’Institut d’histoire et le ministère de la défense, la Cinémathèque de Macédoine, le Centre macédonien de la photographie, contribuer à construire la Mémoire de la Première Guerre Mondiale en République de Macédoine.

Après la brochure et un film sur le Front d’Orient, nous travaillons à préparer plusieurs conférences, des expositions, et nous souhaitons ouvrir un petit musée, un espace au sein du cimetière, qui verra le jour à Bitola. Nous avons également entamé, avec nos collègues de l’Ambassade d’Allemagne et l’ANIM (l’Association des professeurs d’Histoire de Macédoine), l’élaboration d’un projet franco-allemand dont l’objet est d’ébaucher quelques pages historiques du conflit en République de Macédoine. Ce projet, appuyé par l’OFAJ et l’association LOYA, a été baptisé « Nouvelles approches pour enseigner la Première Guerre Mondiale en Macédoine » et a pour but de promouvoir des unités d’enseignement dans les différentes écoles secondaires du pays.

Le deuxième objectif pour l’Ambassade de France dans cette commémoration, est de mener un travail de partenariat international, avec les ambassades qui le souhaitent, afin de réfléchir à transmettre un message de solidarité et de réconciliation. Il est frappant de constater à travers un conflit de cette envergure, comme la construction d’un espace à de paix et d’unité commun dans les Balkans est important et comme cet élément si fort de la construction européenne reste pertinent. A travers une présence et un programme internationaux réunissant des intellectuels issus de tous les bords politiques et culturels, nous espérons mener une réflexion sur les enseignements du Premier conflit mondial, peut-être à travers une conférence avec l’Académie des Sciences et des arts et nos partenaires de l’Institut d’histoire du Ministère de la défense.

Monsieur le Ministre, Mesdames et messieurs, chers collègues, j’espère, enfin, que nous pourrons, pour les familles des soldats français dont les monuments aux morts indiquent « AFO ou Front d’orient » sans que l’on sache où est tombé le soldat, aider à retracer leurs histoires personnelles et, par ces liens individuels retrouvés, contribuer de façon plus large à rapprocher nos deux pays par un flux de connaissance partagée et de visites réciproques.

Je vous remercie de votre attention.

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Dernière modification : 09/10/2014

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