Crise(s) et réconciliation(s) nationale(s)

Conférence de Mme Bazin sur la réconciliation nationale.

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Monsieur le Vice-doyen,
Chère Professeur, Madame Anne Bazin,
Madame la directrice de l’Alliance française,
Chers professeurs,
Chers étudiants,
Mesdames et messieurs,

Je suis très heureuse de m’adresser à vous en clôture de ce cycle de trois jours qui a amené Mme Anne Bazin, professeur à l’Institut d’études politiques de Lille et docteur en sciences politiques, en République de Macédoine, dans le cadre d’un projet du Fonds d’Alembert et grâce à l’appui de l’Institut français de Paris. Mme Anne Bazin a consacré l’essentiel de ses travaux à la notion de réconciliation, en particulier en Europe centrale. Par ailleurs, elle est fortement investie dans la vie universitaire française, comme membre du Conseil national des universités depuis 2007, et comme directrice du Master « conflits et développement ». Nous avons proposé à une scientifique reconnue d’aborder la question de la réconciliation nationale, dans un cadre universitaire, avec des étudiants des facultés de droit, de journalisme et de philologie, pour permettre de débattre et comprendre les mécanismes politiques, historiques et sociaux qui sous-tendent les réconciliations nationales. Il ne s’agit pas de prendre des exemples d’autres pays et d’appliquer des recettes toutes faites, il ne s’agit pas de gommer la crise politique actuelle que subit le pays et de ne pas évoquer la médiation européenne en cours, mais il s’agit de vous proposer une approche structurée, scientifique et méthodique de la question de la réconciliation afin de faire évoluer le débat dans le pays.

Se réconcilier, c’est dépasser la crise qui sépare les communautés, les gens et les peuples. La crise peut être politique, sociale, ethnique ou combiner plusieurs facteurs, elle est qualifiée de telle lorsqu’elle ne trouve pas de réponse institutionnelle. Dès le conflit et à sa suite, doit se préparer la sortie de la crise. Je parle à dessein de conflit, pas de guerre, et de réconciliation, pas de paix, car je qualifie des processus internes. Aujourd’hui, ce que traverse la République de Macédoine est une crise politique, n’a pas de caractère ethnique, même si le spectre du conflit de 2001 resurgit.

Ce que va vous démontrer Mme Bazin, est que réconcilier les nations ou les groupes n’est pas une science mais un art, un processus avec des étapes. En effet, il n’existe pas de programme, de plan pour réussir à réconcilier les peuples clivés. Nous connaissons les ingrédients, mais à chaque crise sa spécificité. On doit comprendre la notion de réconciliation, mais il faut la réinventer à chaque situation. Pour imaginer la réconciliation, il faut tenter de prévenir la résurgence de la division, le risque de la violence. Il s’agit alors de permettre par des processus institutionnels et sociétaux l’émergence d’un dialogue apaisé entre les toutes les parties d’un Etat et ainsi de reconstruire la Nation.

Je souhaite souligner un point important, qui marque depuis sa création République de Macédoine et qui, je n’en doute pas, fera l’objet de discussion : le rôle de la communauté internationale a ici été omniprésent : lors de la fondation du pays, des Accords d’Ohrid, dans les relations bilatérales, et encore aujourd’hui dans la médiation, le 1er mars 2013 et en 2015. La communauté internationale accompagne les processus mais l’expérience démontre amplement qu’elle ne peut les susciter ou les créer : l’appropriation, l’explication de la réconciliation sont aussi importantes que la réconciliation elle-même. Il ne peut y avoir de réconciliation que si les forces en opposition souhaitent trouver une issue durable et pacifique. La solution est à trouver auprès des citoyens, des organisations non-gouvernementales et dans les responsables politiques. La communauté internationale peut fournir un support matériel ou intellectuel, proposer des pistes, mais en aucun elle ne peut imposer ses solutions. Cela a été tenté par le passé et cela a toujours été un échec.
Se réconcilier n’est pas un fait, dont on pourrait déterminer le début et la fin. On ne finit jamais de réconcilier. La France et l’Allemagne ont entamé ensemble un processus de réconciliation nationale depuis 70 ans. Ce n’est pas finit. On ne peut pas changer l’histoire, mais on peut créer ensemble un futur commun et harmonieux, c’est cela la réconciliation.

Je vous invite donc à recevoir les idées que madame Bazin va développer, de les discuter, de les soumettre au débat et ainsi de développer notre réflexion commune sur la réconciliation nationale. Je remercie l’Université d’État de Tetovo, et particulièrement sa faculté de droit ainsi que l’Alliance française pour leur précieux concours. Je vous souhaite par conséquent d’excellents travaux.

Dernière modification : 01/12/2015

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