Des réformes structurelles nécessaires à l’adhésion de la Macédoine à l’UE et à l’OTAN [mk] [sq]

Ce mouvement de réforme, devrait permettre à terme de consolider l’établissement d’un État de droit en Macédoine. Retrouvez l’Interview de l’ambassadeur accordée au magazine « Zaman »

Interrogé sur l’avancée des réformes structurelles nécessaires à l’adhésion de la Macédoine à l’OTAN et à l’UE, l’ambassadeur a salué les progrès accomplis depuis 2016 et redit la volonté de la France d’accompagner et d’encourager ce mouvement de réforme, lequel devrait permettre à terme de consolider l’établissement d’un État de droit en Macédoine.

JPEG

1. La démocratie en Macédoine doit être fonctionnelle. Pourriez-vous nous expliquer votre position à cet égard ?

La création de l’État de droit nécessite un système dans lequel le Parlement est élu à la suite d’élections libres et sincères, ce qui est désormais le cas. Cela passe également par le respect des procédures qui ne se bornent pas à constater l’existence d’une majorité. Cela passe encore par une attitude constructive et non obstructive de la part de l’opposition. Il faut qu’une règle du jeu acceptée, claire et transparente soit le mode normal de fonctionnement, aboutissant à des lois incontestées qui s’imposent à tous. Un dialogue est nécessaire pour arriver à ce point : il faut qu’il s’instaure pour que des standards européens soient observés. C’est une condition sine qua non de l’intégration européenne.

2. L’agenda 3-6-9 est essentiel pour l’accession de la Macédoine à l’UE, mais il est évident qu’il y a des obstacles. Ce plan nécessite le soutien du VMRO-DPMNE qui boycotte le Parlement. La diplomatie européenne, pourrait-elle convaincre l’opposition d’appuyer ces réformes ?

Nous avons pris note et apprécié les déclarations de la nouvelle direction de ce parti qui a exprimé son choix clair en faveur de l’Europe. Les efforts de ces nouveaux dirigeants sont suivis avec attention pour que les actes soient conformes aux paroles : ce n’est pas dans la rue mais dans le Parlement que se dessinera le chemin vers Bruxelles.

JPEG

3. Un sujet qui a été discuté, c’est la loi sur l’utilisation de la langue albanaise. Comment voyez-vous cette situation et la mise en œuvre de cette loi, quand on sait que les positions de la majorité et de l’opposition sont diamétralement opposées ?

La situation actuelle ne satisfait personne. Cela semble prouver que la méthode n’était pas bonne. Il avait été question que le texte soit soumis au préalable à une instance européenne respectée, la Commission de Venise : son avis serait intéressant et permettrait de reprendre une vision juridique de cette affaire prenant en compte ses remarques éventuelles.

4. Vous avez rencontré récemment plusieurs dirigeants de partis politiques du pays. Quelle est leur position sur le nom et l’entrée de la Macédoine dans l’OTAN et l’UE ?

Il existe une unanimité bienvenue sur ce sujet, mais les conséquences pratiques devraient en être tirées pour permettre l’adoption des réformes indispensables pour atteindre ce but.

5. Il y a des rumeurs selon lesquelles ce gouvernement aura des difficultés à mettre en œuvre les réformes, à cause de la faible majorité. Quelle est votre position sur ce sujet ?

Les réformes indispensables voulues par les Européens sont conformes aux souhaits d’une écrasante majorité de la population. Le travail en groupe au Parlement n’a pas été boycotté. Des ajustements peuvent avoir lieu, mais il ne devrait pas y avoir de problème fondamental pour adopter de bons textes, notamment quant au fonctionnement de la Justice que tous souhaitent voir amélioré dans sa qualité et son impartialité.

6. Les négociations entre la Macédoine et la Grèce sont déjà en phase finale, et l’UE signale que cette question devrait être résolue le plus rapidement possible. Quel est le rôle de la France dans ce contexte ?

La France souhaite une solution qui permette aux deux pays de contribuer ensemble à la stabilité de la région et d’apporter leur contribution commune au développement de la construction européenne sur la base d’une culture du compromis et du respect de l’autre. Un premier pas a été franchi : il faut continuer sans se décourager en préservant le capital considérable de bonne volonté réciproque créé par les deux premiers ministres Zaev et Tsipras.

7. L’UE a critiqué et a exigé des réformes au niveau de l’administration et dans le domaine de la justice. Selon vous, ces réformes sont-elles en cours ? Quel est votre avis ?

Beaucoup reste à faire mais un travail considérable de réflexion et de préparation, ainsi que de confrontation des idées et des intérêts divers a été effectué. La France souhaite le soutenir en s’engageant, comme elle le fait depuis dix ans, dans le travail de l’Académie des Juges et procureurs qui a été très favorablement estimé à Bruxelles et par nos évaluateurs. Il s’agit d’un travail au long cours qui demande patience, rigueur et impartialité dans la sélection, à l’abri des pressions politiques. Le critère politique dans les nominations, de façon générale doit faire place à celui de la compétence. Cela n’exclut pas une représentation équitable des communautés.

8. La Grèce demande un changement de la Constitution. La Macédoine est quant à elle bien décidée à ne pas procéder à un tel changement. Pensez-vous qu’un accord serait possible quand on sait que la Grèce est membre de l’OTAN et de l’UE et que l’adhésion de la Macédoine pourrait stabiliser la région des Balkans ?

Les discussions sont en cours et il est indispensable que les parties prennent en compte notre attente de voir leur décision contribuer à la stabilisation de la région. Il est à relever que les deux pays coopèrent à leur manière et à leur niveau avec l’OTAN et en sont des partenaires appréciés.

JPEG

9. Quelques suggestions concernant le nom sont en jeu. Quelle est la politique de la France vis-à-vis des Balkans occidentaux et de la Macédoine ?

La France a été au premier rang militairement, diplomatiquement et financièrement pour mettre fin à la guerre dans l’ex -Yougoslavie. Son engagement en Macédoine n’a pas été oublié, avec Robert Badinter, François Léotard, Alain Le Roy qui, avec nos troupes présentes sur le terrain, ont contribué à la naissance et à la consolidation de cet État et de ses institutions. Nous sommes résolus à accompagner cet État ami sur le chemin de l’Union européenne mais aussi de tous les États de la région. Nous l’avons fait au Sommet de Paris en 2016, avec la création d’une organisation pour la circulation des jeunes le RYKO qui se met actuellement en place.

10. La coopération entre la France et la Macédoine est à un bon niveau. La coopération dans le domaine de l’éducation et la coopération économique sont les domaines les plus développés entre les deux pays. Pouvons-nous espérer une coopération approfondie dans d’autres domaines ?

Le Ministre des affaires étrangères Dimitrov se rend à Paris les 4 et 5 avril pour des entretiens de haut niveau. Il succède au Coordonnateur gouvernemental pour l’entrée à l’OTAN M. Stevo Pendarovski et au maire de Skopje M. Shilegov qui a eu des entretiens sur les expériences liées à « la ville durable » que nous pourrions partager. Les maires de plusieurs villes dont Bitola se sont rendus fin mars à Dijon pour participer à un forum destiné à développer les coopérations entre villes françaises et de l’Europe du Sud-est. Nous attendons la présidente de l’Académie des sciences et notre Secrétaire d’État aux Armées en avril et mai. Stabilisée et enfin sur la voie des réformes, la Macédoine a tout pour être un partenaire important de la France dans la région, d’autant plus qu’elle est membre de l’Organisation Internationale de la Francophonie.

11. L’ambassade de France en R. de Macédoine soutient les ONG. Pouvez-vous nous donner des informations plus détaillées sur les projets en question ?

L’ambassade depuis plusieurs années entretient une coopération avec les ONG. Nous savons que sur le terrain existe une extraordinaire énergie pour le changement. Avec nos moyens, nous souhaitons aider ceux qui viennent vers nous à structurer des projets, en insistant sur l’aspect concret et durable, et une sélection reposant sur le mérite et l’innovation. Cette année nous allons privilégier la jeunesse et les projets réunissant des communautés différentes car il est nécessaire de travailler à l’unité et à la cohésion du pays et de donner espoir à tous ceux, très nombreux, qui veulent rester dans leur pays pour réaliser leurs espoirs.

12. Comment voyez-vous la Macédoine en 2019 ?

Continuer les progrès accomplis depuis 2016, avec plus d’unité entre les partis autour de l’intérêt national et accomplissant de nouveaux pas vers l’intégration régionale, européenne et atlantique. Il n’y a pas d’autre perspective réelle : il faut que nous accélérions sur ce chemin et, en tout état de cause, garder optimisme et courage. Pensons aux dirigeants européens qui douze ans après les désastres de la Deuxième guerre mondiale signaient le traité de Rome et fondaient l’Europe ! Ils y croyaient et ne se sont pas laissé détourner de leur but ! Le président Macron est lui aussi animé de cette énergie rénovatrice et il faut que toutes les forces positives s’unissent afin de franchir de nouvelles étapes, afin comme il l’a dit en septembre dernier lors de son discours à la Sorbonne, lieu symbolique de l’unité intellectuelle européenne, que tous les pays de cette région trouvent leur place dans la construction européenne rénovée.

JPEG

13. Peut-on espérer avoir en Macédoine une économie stable dans les années à venir ?

Si une unité suffisante existe pour les réformes et la coopération régionale, le pays va bénéficier fortement de la nouvelle Stratégie de la Commission européenne pour les Balkans. Les grands travaux d’infrastructures pour moderniser la région vont aider à sa transformation et à attirer des dépenses et des investissements dans celle-ci. Mais pour l’avenir, c’est la construction de l’État de droit, la séparation des partis et de l’État, la lutte contre la corruption, la mise en place d’un système d’éducation modernisé et une vision commune de l’intérêt national par les diverses communautés composant le pays qui seront les clefs du succès.

Dernière modification : 14/04/2018

Haut de page