Entretien avec l’agence MIA [mk] [sq]

L’ambassadeur y aborde la mise en œuvre de l’accord de Prespa, les réformes nécessaires au processus d’intégration euro-atlantique ainsi qu’à la situation actuelle en France.

La Macédoine est entrée dans la troisième et dernière phase des changements constitutionnels. Comment évaluez-vous le processus et pensez-vous que les délais pour sa mise en œuvre contenus dans l’accord de Prespa seront respectés à la mi-janvier de l’année prochaine ?

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- La France soutient pleinement l’adoption et la mise en œuvre de l’accord de Prespa. C’est la meilleure solution pour consolider le rapprochement entre Athènes et Skopje et pour mettre en œuvre les mesures nécessaires par rapport aux deux centres à Bruxelles (l’UE et l’OTAN). L’impression est que le processus est quasiment terminé du côté macédonien. Beaucoup d’efforts ont été déployés, cela a provoqué beaucoup de discussions, mais aussi cela soulève bien sûr l’espoir et nous souhaitons que cela marque le début d’une nouvelle période de votre histoire, en particulier de stabilisation de votre politique intérieure. Et une fois cette étape de conflits surmontée, le temps d’une réconciliation fondée sur l’intérêt national se réalisera enfin.

La prochaine étape après l’adoption des modifications constitutionnelles en Macédoine est la ratification de l’Accord par le Parlement grec. Existe-t-il à Athènes des obstacles qui peuvent bloquer le processus de ratification de l’accord de Prespa ?

- Vous savez qu’il y a des obstacles historiques, des obstacles associés à l’identité nationale qui existaient ici et il est clair que les mêmes obstacles existent aussi du côté grec. Ce qui laisse penser qu’il y a eu des compromis des deux côtés et que certains sacrifices ont été faits quant aux questions essentielles et il va falloir surmonter cela aussi du côté grec. Pour l’instant, M. Tsipras dispose d’une majoritaire, du moins telle qu’il le dit, et il est important que le processus soit mené à bonne fin au Parlement grec.

Mais que se passe-t-il si le traité Prespa au Parlement grec ne passe pas ?

- Je pense pas que nous ne pouvons pas nous placer dans une telle hypothèse, car, à mon avis, il n’y a pas de solution de remplacement, sinon de se retrouver dans la situation de blocages sous lequel nous étions auparavant et qui a coûté très cher à la Macédoine, mais qui n’a pas rien couté réellement à la Grèce qui a ses propres affaires et ses propres problèmes internes. Ce serait une grande difficulté pour la Macédoine. La vie continue, mais elle peut continuer d’une meilleure manière, par un itinéraire déjà tracé. Cela prendra du temps. L’autre alternative est de rester paralysé sur la route de l’UE. C’est le plus grand risque. Mais nous ne voulons pas réfléchir à cette hypothèse car des mesures courageuses ont été prises par les premiers ministres des deux pays et nous espérons que les deux assemblées parviendront à saisir le moment historique.

Comment envisagez-vous les réformes en Macédoine dans les domaines prioritaires qui sont à respecter pour que les négociations d’adhésion à l’UE, attendues depuis longtemps, aient lieu en juin de l’année prochaine ? Sommes-nous sur la bonne voie et y a-t-il des domaines dans lesquels il reste encore beaucoup à faire pour être sûr d’obtenir ce que nous voulons ?

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- Il est certain que nous attendons une reprise des réformes, car il y a l’agenda 18, qui est la continuation de l’agenda 369. La trajectoire est claire et elle est tracée. C’est un agenda ambitieux et il est maintenant nécessaire de mobiliser efficacement tous les acteurs des institutions sur ce sujet. Il y a un grand travail à faire. Il s’agit d’un travail préparatoire soutenu par l’UE dans le domaine législatif, mais c’est aussi une question de prise de conscience sur le fonctionnement du Parlement qui devrait con venir au travail d’une institution parlementaire européenne. Cela signifie qu’il existe une capacité de confiance suffisante, mais aussi un intérêt commun dans l’intérêt de l’État, de sorte que personne ne se sente exclu du processus, mais en fasse plutôt partie intégrante. Avec cela, la société sera unie dans la mise en œuvre des réformes et ne sera pas satisfaite simplement d’avoir coché le champ approprié d’un formulaire. La société aura vraiment besoin de la Justice pour enfin commencer à travailler dans un autre environnement et dans certaines institutions vitales, comme la Commission de lutte contre la corruption qui doit être établie et respectée, et ne pas servir seulement de décor. D’autre part, nous observerons de près le comportement des uns et des autres, car les changements ne doivent pas seulement être une alternance, mais une transition qui entraînera une véritable transformation. C’est important pour certains secteurs et domaines qui sont cruciaux pour le pays. Des grands changements sont intervenus dans le secteur économique. Il y a eu un certain nombre de détentions et tout doit repartir d’un nouveau point de départ, en particulier le système économique, associé depuis longtemps au gouvernement. Rien ne peut être pire que l’image qu’il ne s’agit que de « remplacer les couleurs ». Il faudra un changement structurel profond, un changement au niveau du comportement. Tout cela sera suivi de près, c’est l’agenda de Priebe, mais les attentes sont grandes. Par conséquent, j’estime qu’en juin de l’année prochaine, c’est exactement cela qui sera évaluer : la situation au niveau de la réconciliation, le seuil politique dans le pays, mais aussi les comportements, en particulier dans le domaine économique.

Etes-vous optimiste quant à l’ouverture des négociations ?
- Les choses sont entre vos mains, pas les miennes.

Après la crise et les manifestations des Gilets Jaunes, le président français Emanuel Macron s’est adressé hier à la nation et a présenté un ensemble de mesures répondant à leurs demandes. Le syndicat s’est dit partiellement satisfait des mesures proposées et a annoncé de nouvelles manifestations vendredi avec les "Gilets Jaunes". L’UE a également soulevé des questions concernant l’impact de ces mesures sur le budget du pays. Quelles sont les attentes pour le développement futur de la situation dans le pays ?

- Le Président s’est adressé pour répondre à une demande qui est actuelle et qui concerne directement tous les citoyens et leur niveau de vie. Il a commencé son discours en disant que le gouvernement n’imposerait pas l’augmentation des taxes liées aux dérivés du pétrole, ce qui avait initialement provoqué la révolte des Français. Le président est allé encore plus loin, car il a d’abord montré qu’il écoutait les demandes de tous ceux qui protestaient et que cela reflétait la réforme ambitieuse qu’il avait engagée il y a 18 mois dans tous les domaines. Il veut donner des réponses à certaines demandes structurelles de remboursement, qu’il s’agisse de personnes dont les salaires sont bas ou les retraites. Cela signifie une réponse instantanée à une demande particulière avec un effet économique qui entrera rapidement en vigueur.
Il a également ouvert des réflexions, c’est-à-dire un véritable débat sur l’ensemble de la société française qui sera ouverte au cours des trois prochains mois, avec la participation des "Gilets Jaunes", des syndicats et des partis politiques. Une réflexion sur la grande transformation qui a fait de lui le président de la France. Il a été élu en raison de la volonté de mettre fin du règne des partis classiques, qui ont eu du mal à réaliser des réformes. Nous savons à quel point il est difficile de réformer la société, à quel point il est difficile de passer de paroles à des actes. Il s’agit donc d’une réflexion publique, en particulier sur la transition écologique qui a un certain prix et qui a été longtemps sous-estimé au niveau de la grande majorité des gens ou dans la classe moyenne de la société. Les gens se posent des questions sur les compensations possibles pour réaliser cette transformation vitale pour l’avenir de notre pays et pour l’avenir de notre planète.

Ces trois mois de discussions seront très importants et, comme l’a dit le Président, les événements seront passés en revue avant et après. La réponse sera probablement partielle pour toutes les demandes, car les questions essentielles seront posées au cours des trois prochains mois. Le syndicat et les autres acteurs devront essayer de donner des réponses concrètes. Parce qu’il ne s’agit pas d’une petite crise ou d’une révolte. Tout au long de l’histoire de la France, nous avons connu de tels événements, mais il s’agit maintenant d’une véritable transformation de notre société et c’est précisément pour cette raison que notre président a été élu. Il a peut-être rencontré le noyau le plus dur et ne pourrait pas l’affronter tout seul, mais il devra le faire avec l’ensemble de la société.
Qu’est-ce que cela signifie pour l’Europe ? Les premiers calculs ne sont pas définitifs, mais nous restons dans les limites autorisées, car les réformes mises en œuvre au cours des 18 derniers mois ont permis de réduire le déficit et notre gouvernement dispose désormais d’une marge de manœuvre de 3% réaliste. Ensuite, nous nous retrouverons après un peu au-dessus ou légèrement en dessous, je n’ai pas les calculs exacts. Aujourd’hui, le Premier ministre doit annoncer des chiffres plus précis. Nous avons également une petite espace de manœuvre, car des prêts spéciaux seront consentis pour le remboursement des entreprises qui aideront les investissements. Ce sera une aide ponctuelle, pas un déficit structurel, et de ce point de vue, Bruxelles accepte généralement de discuter de telles questions, car il s’agit d’une réalité. Mais c’est pourquoi les négociations sont en cours.

Les mesures présentées entraîneront-elles une prolongation des réformes décrites dans le plan du président Macron ?

- D’après ce que je comprends du discours du Président, c’est qu’il n’abandonne pas le programme sur la base duquel il a été élu, c’est-à-dire, d’une part de libéraliser, mais aussi de protéger. Le deuxième point, la protection, exige aujourd’hui un intérêt plus fort, ce qui veut dire que la rapidité avec laquelle se déroulaient les choses a créé une inquiétude, mais aussi une réduction du pouvoir d’achat de la population qui n’a pas encore été compensée par certains investissements libéralisés auparavant. Les enjeux sont donc les suivants : le prix de la libéralisation devrait entraîner des investissements, la création d’emplois et une augmentation du pouvoir d’achat. Mais tout cela prend du temps. C’est pourquoi le Président est élu pour un mandat de cinq ans. Après ces 18 mois, après une telle crise enfantine, nous avons commencé à mettre en œuvre des réformes, ce qui était relativement normal dans un pays comme la France, qui n’est pas facile à gouverner et qui risque de faire face à des problèmes vieux de 30 à 40 ans qui étaient, le plus souvent, cachés sous le tapis. Et avec tous les défauts qu’il a lui-même reconnus hier, le Président n’est pas de ceux qui veulent cacher des choses sous le tapis.

Dernière modification : 11/02/2019

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