Entretien de Madame Nathalie Loiseau à MIA [mk] [sq]

Dans son entretien accordé à l’agence de presse MIA, la Ministre chargée des affaires européennes, Madame Nathalie Loiseau s’exprime sur l’actualité politique du pays suite à la ratification de l’Accord de Prespa, sur les réformes engagées, ainsi que sur les perspectives atlantiques et européennes de la Macédoine du Nord. Mme Loiseau effectue le mardi 26 février sa première visite de travail à Skopje.

1. La France et la Macédoine ont célébré leurs 25 ans de relations diplomatiques l’année dernière et Paris apporte en permanence un soutien sans réserve à la réalisation des objectifs stratégiques de la Macédoine relatifs à son intégration à l’Union européenne et à l’OTAN. D’autre part, la France promeut le concept de « réformes au sein de l’UE avant un nouvel élargissement ». Cela signifie-t-il pour autant que la France ne soutiendrait pas l’ouverture éventuelle de négociations d’adhésion de la Macédoine à l’UE lors du sommet en juin cette année ?

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crédit photo : MEAE/Judith Litvine / Frédéric de La Mure

La France a toujours été aux côtés de la Macédoine du Nord, au moment de sa naissance et des épisodes les plus difficiles de son histoire, à travers notamment l’action de Robert Badinter, François Léotard, ou encore Alain Le Roy qui se rendra d’ailleurs à Skopje le jour de ma visite pour les cérémonies commémorant les 15 ans du décès du Président Trajkovski.

La France a toujours soutenu et souhaite plus que jamais la consolidation de la Macédoine du Nord et son intégration dans une région en paix et en développement.

Skope a œuvré ces deux dernières années de façon remarquable à la réconciliation régionale et, grâce à des décisions courageuses et, nous le savons, pour beaucoup, douloureuses, a surmonté un différend historique avec la Grèce.

Cet accord courageux, l’accord de Prespa, a permis la signature du protocole d’adhésion à l’OTAN qui représente une avancée majeure pour la sécurité de la Macédoine du Nord. La France a signé ce protocole et se réjouit que nous soyons des Alliés au sein de l’Alliance atlantique.

Par ailleurs s’agissant du rapprochement de la Macédoine du Nord avec l’Union européenne, notre position est claire : il ne sera possible d’ouvrir les négociations d’adhésion que lorsque tous les critères seront remplis par la Macédoine du Nord. Par ailleurs, l’Union européenne, de son côté, doit mener à bien les réformes indispensables pour sa refondation avant un nouvel élargissement.


2. La France a fait partie l’année dernière des membres de l’UE les plus catégoriques (avec le Danemark et les Pays-Bas) qui, malgré un certain progrès réalisé dans le domaine des réformes et la conclusion de l’accord avec la Grèce concernant le nom du pays, ont insisté pour que la Macédoine n’obtienne qu’une date conditionnée pour l’ouverture des négociations d’adhésion. Des réformes réelles et durables dans les domaines clés ont été demandées. L’application de l’Accord de Prespa, qui impliquait la mise en œuvre des modifications constitutionnelles en raison du changement du nom constitutionnel, sera-t-elle suffisante cette année pour que le pays ouvre les négociations avec l’Union européenne ?

L’Accord de Prespa représente un pas positif et doit être salué avec force. Je comprends que la priorité du gouvernement au cours de ces derniers mois a été d’obtenir ce succès diplomatique et les modifications nécessaires de la Constitution.

Le rapprochement avec l’Union européenne obéit à d’autres critères : les réformes doivent se poursuivre en Macédoine du Nord, sur le plan économique comme s’agissant de l’Etat de droit ou de la lutte contre la corruption. Agir autrement ne rendrait service ni à l’Union européenne ni à la Macédoine du Nord, c’est notre intérêt commun que de respecter strictement ces critères. Il faut par ailleurs que l’Union européenne se réforme comme je l’ai indiqué. La Commission européenne, comme l’année dernière, présentera son analyse en juin et nous en discuterons de façon approfondie avec l’ensemble des Etats membres.

3. Nous avons dit qu’une des conditions attendues par Paris pour l’ouverture des négociations, c’est la mise en œuvre de réformes du système judiciaire, de l’administration, des services de sécurité, ainsi que celles dans le domaine de la lutte contre la corruption et le crime organisé. Comment évaluez-vous le processus de réformes dans le pays ?

Les réformes engagées, avec l’aide d’ailleurs des institutions européennes et des Etats membres dont la France, vont dans la bonne voie et doivent se poursuivre. Nous allons encore renforcer notre coopération bilatérale à travers l’intervention de l’Agence française de développement, notamment dans le domaine de l’environnement et de la connectivité. Nous allons également continuer à coopérer avec l’Académie des juges et procureurs dans un domaine essentiel pour la Macédoine du Nord.

Il faut de la patience et de la volonté politique pour que les réformes ne soient pas seulement des cases à cocher sur le papier à chaque loi votée mais se matérialisent sur le terrain. Rien de cela n’a de sens non plus sans une véritable culture du droit. Les longs délais pour la mise en place de la commission anti-corruption ont témoigné de la persistance de réticences et de la difficulté à assurer un contrôle effectif. Les meilleures institutions sur le papier ne sont pas une garantie si un contrôle démocratique et des équilibres entre institutions ne sont pas préservés.

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crédit photo : MEAE/Judith Litvine / Frédéric de La Mure

4. Est-ce que les tâches accomplies sont suffisantes pour avoir votre soutien quant à l’ouverture des négociations, et si non, sur quoi notre Gouvernement devrait-il se concentrer pour atteindre cet objectif ?

Il reste en effet peu de temps pour mettre en œuvre les réformes nécessaires mais nous attendons beaucoup de la Macédoine du Nord. Nous serons notamment très attentifs à l’adoption de la loi contre les discriminations qui a valeur d’engagement pour le respect des libertés et des valeurs européennes. Des mesures doivent aussi être prises par le Gouvernement contre le favoritisme et la corruption et les partis eux-mêmes peuvent prendre des mesures pour restaurer la confiance des citoyens. Tout ne dépend pas des lois et des juges, mais aussi d’une mobilisation de la société civile et des citoyens. J’engage les autorités macédoniennes à insuffler l’élan nécessaire.

5. En ce qui concerne le processus de réformes, la France est concrètement impliquée et nous aide par des experts et des formations, notamment dans le domaine des réformes administrative et judiciaire. Dans quelle direction le soutien français va-t-il évoluer dans l’avenir ?

Notre coopération bilatérale est ancienne et active depuis les années 2000 avec les formations mises en place qui ont laissé une forte empreinte sur leurs bénéficiaires. J’ai mentionné notre engagement auprès de l’Académie des juges et procureurs que nous voulons approfondir. Nous continuerons à œuvrer à la création d’une administration efficace et impartiale, mais cela suppose une impulsion politique pour un Etat impartial. L’action de l’Agence française de développement nous donnera l’occasion d’intensifier notre effort, avec un intérêt particulier pour l’amélioration de l’égalité entre femmes et hommes dans la société. Nous sommes aussi très attachés au développement des activités du RYCO, organisation avec l’appui du couple franco-allemand lors du Sommet Paris/Balkans de 2016 et visant à faciliter les projets et la circulation de la jeunesse de la région. La Macédoine du Nord peut aussi s’appuyer davantage sur l’Organisation Internationale de la Francophonie, dont elle est membre de plein exercice.

6. Le processus de ratification du protocole d’adhésion à l’OTAN est en cours. Quand est-ce qu’il viendrait à l’ordre du jour pour une ratification au Parlement français ?

Nous souhaitons obtenir une ratification aussi rapide que possible et nous sommes en contact avec le Parlement français à ce sujet. Ce n’est pas simple compte tenu du grand nombre de réformes en discussion mais nous sommes déterminés à y parvenir. J’ai choisi d’être accompagnée de deux parlementaires, amis de votre pays, pour cette visite, et je suis certaine qu’ils y trouveront les arguments pour convaincre leurs collègues que la Macédoine du Nord mérite de recevoir au plus vite de notre part ce signe d’encouragement et d’amitié.

7. Dans un entretien avec MIA, notre ministre de la Défense, Mme Radmila Šekerinska, a annoncé l’intérêt de ce ministère à participer aux côtés de la France à des missions sous les auspices de l’UE. Pouvez-vous nous en donner plus de détails sur cette possibilité ?

La France est convaincue que les défis auxquels nous faisons face ne pourront trouver de solution que dans un cadre multilatéral et européen rénové et renforcé. Nous sommes très attentifs à tous les signaux qui viennent en appui de cette approche et nous apprécions vivement le soutien de votre pays. L’Union européenne est engagée sur de nombreux théâtres, notamment en Afrique, et votre participation serait très utile.

Dernière modification : 24/02/2019

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