Entretien au Figaro de Nikola Dimitrov [mk] [sq]

Le 27 juin, le ministre macédonien des affaires étrangères, Nikola Dimitrov, a accordé un entretien au Figaro.

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Nikola Dimitrov : « Nous n’importerons pas en Europe nos anciennes disputes ! »
INTERVIEW - Le ministre des Affaires étrangères de la Macédoine commente l’accord conclu avec la Grèce qui permet à son pays de frapper à la porte de l’Union européenne.

Diplômé de Cambridge en droit international, ambassadeur à La Haye, puis à Washington, conseiller national à la sécurité, Nikola Dimitrov est aujourd’hui ministre des Affaires étrangères de la Macédoine. Son objectif prioritaire est désormais l’ouverture de négociations d’adhésion avec l’Union européenne.

LE FIGARO. - Le 17 juin 2018, par un accord historique, vous vous êtes réconciliés avec la Grèce.

Nikola DIMITROV. - Nous avons enfin réglé un de ces différends qui ont empoisonné l’histoire des Balkans et restent comme une épine dans le pied de l’Europe. En l’espace d’un an, nous avons trouvé avec notre plus proche voisin une solution pour que le nom de « Macédoine » que l’histoire nous a laissé en partage ne soit plus un contentieux mais un morceau d’histoire partagée. La querelle, ouverte depuis l’indépendance de notre pays en 1991, nous paralysait sur le chemin de l’Europe. La Grèce nous reconnaît enfin ce nom de Macédoine qui fait partie de notre identité, pourvu que nous ajoutions la mention « du Nord », qui met fin à toute ambiguïté sur des revendications territoriales, et nous ne lui disputons pas son passé antique. C’est l’esprit de cet accord, qui doit encore être adopté chez nous par référendum. Nous espérons que la France et l’Europe soutiendront cet effort de réconciliation afin de commencer les négociations d’entrée dans l’Union européenne.

« Notre jeunesse a quitté massivement un pays à l’avenir bouché. Nous voulons rompre avec cette fatalité en contribuant à cette construction européenne. »

Croyez-vous vraiment que l’époque soit la bonne pour parler d’un nouvel élargissement de l’Union européenne ?

La politique, c’est l’art du possible. L’Europe, celui du compromis. En un an, nous avons pacifié toutes nos relations avec nos voisins. Nous avons conclu deux accords historiques avec nos plus grands voisins, membres de l’Union européenne, la Bulgarie, puis la Grèce : nous n’importerons pas en Europe nos anciennes disputes. Tout ceci a un prix, mais nous conservons notre nom, un peu allongé, notre langue et notre identité. Il n’y a pas d’avenir à rester le reclus de l’Europe. Voilà pourquoi nous aspirons au statut de candidat officiel.

Pourquoi avez-vous pris du retard dans vos négociations avec Bruxelles ?

Notre pays a été le plus avancé de l’ancienne Yougoslavie sur la voie européenne, recevant dès 2005 le feu vert pour l’ouverture des négociations. Nous sommes tombés ensuite dans une spirale d’isolement, alimentée par des surenchères nationalistes, et cet isolement a pesé sur notre politique intérieure comme sur nos réformes. Nous étions barrés sur la route de l’Otan et sur celle de l’Union européenne. Notre jeunesse a quitté massivement un pays à l’avenir bouché.

Nous voulons rompre avec cette fatalité en contribuant à cette construction européenne. Nous avons travaillé dur pour voter et lancer de multiples réformes, avec l’appui de la Commission européenne, qui a reconnu notre effort et recommandé l’ouverture de ces négociations. Les États membres doivent prendre cela en compte au sommet européen du 28 juin. Nous comptons sur l’appui de notre amie la France, qui a tant fait pour la paix dans les Balkans. Nous ne l’oublierions pas ; nous avons tout à reconstruire ici. Nous attendons la France, sa culture, sa langue, ses entreprises.

« Notre invitation prochaine à l’Otan nous permettra de lever les dernières hypothèques de sécurité. La plupart de nos voisins seront désormais nos alliés. »

Où en sont les relations, naguère difficiles, entre Skopje et Tetovo, entre le gouvernement central et la communauté albanaise de l’ouest du pays ?

Vous connaissez le plat, la macédoine. Non seulement nous sommes divers, mais nous sommes mélangés. Tous les peuples des Balkans sont représentés à côté de la majorité macédonienne qui parle une langue slave. La communauté albanaise est indissolublement liée à l’identité de notre pays par son nombre et son histoire. Il y a aussi les Turcs, les Serbes, les Valaques… et d’autres encore.

Cette diversité culturelle est notre richesse unique. Nous avons trouvé en vingt ans les voies de l’apaisement entre les deux principales communautés, mais elles sont surtout unies par un rêve commun : celui du développement du pays à travers son rapprochement européen. Notre invitation prochaine à l’Otan nous permettra de lever les dernières hypothèques de sécurité. La plupart de nos voisins seront désormais nos alliés.

La crise des migrants vous concerne aussi…
En 2015, notre pays, en pleine tension politique interne, a tenu bon face à la crise migratoire qui ébranle encore aujourd’hui l’Union. Il s’est trouvé de fait frontière extérieure de l’UE, dont il ne fait pas partie. Nous avons joué pleinement le rôle qui était attendu de nous, avec des moyens humains et financiers restreints. Notre armée reste encore mobilisée pour la garde des frontières. Face à l’immigration clandestine et aux risques terroristes, nous coopérons pleinement avec la France et les autres États européens, et nous sommes fiers des services rendus. Nous le ferons mieux encore lorsque nous pourrons participer pleinement à une solution européenne qui est certainement la seule envisageable à un défi sans précédent.

Dernière modification : 12/07/2018

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