Entretien de S.E. Mme Laurence Auer pour le journal Bitolski Vesnik

« Bitola est une ville au trésor culturel exceptionnel »

L’entretien accordé par Laurence Auer à Bitolski Vesnik a été réalisé dans son bureau à l’Ambassade de France à Skopje, avant sa venue à Bitola lors de sa participation au travail de l’Association des villes d’art et d’histoire qui a organisé le lundi 10 juin la promotion du livre-inventaire sur le patrimoine historique bâti du vieux bazar de Bitola, projet en deux étapes soutenu par la France

Bitolski Vesnik : Votre Excellence, il s’agit de votre premier entretien pour notre journal. Comment avez-vous vécu Bitola lors de votre dernière venue quand vous aviez fait une donation d’un véhicule et d’équipements aux pompiers de Bitola ?

Laurence Auer  : J’ai déjà visité Bitola plusieurs fois, et je me réjouis de chaque nouvel événement dans votre ville. Après ma nomination en tant qu’ambassadrice de France en Macédoine, la première visite que j’ai faite en dehors de Skopje, c’était à Bitola, où j’ai rencontré le maire, Vladimir Taleski, avec lequel nous avons échangé sur nos futurs projets et activités. Ensuite, j’ai rencontré le recteur de l’université St Clément d’Ohrid, le Dr. Zlatko Zoglev, et, bien sûr, je me suis rendue à l’Alliance française. Je suis également allée au cimetière français où reposent des milliers de nos compatriotes qui reposent dans ces lieux.

Cette visite, en février, a été suivie de deux autres, puisque je suis venue ouvrir la semaine du cinéma francophone en avril et inaugurer l’exposition de l’artiste Kiro Urdin que j’estime énormément. Puis, en effet, le 15 mai pour l’opération des pompiers.

Bitolski Vesnik : En tant qu’ambassadrice de France en Macédoine, êtes-vous satisfaite de la coopération existante entre Bitola et la France ?

Il n’y a pas de ville en Macédoine où nous avons autant de projets qu’à Bitola. Notre coopération est liée à l’histoire de la ville qui est une histoire partagée : il y a une présence française ici depuis si longtemps. La France dispose ici d’un consulat honoraire ce qui est une grande chance. Notre consule honoraire Kaliopa Krivasija-Stilinovic, par son engagement, contribue non seulement à cultiver et renforcer les bonnes relations, mais elle nous aide également à mettre en œuvre tous nos nouveaux projets.
Par ailleurs, depuis maintenant vingt ans, entre la France et Bitola, il existe une coopération décentralisée forte avec Epinal par exemple.

BV : Vous nous avez confié vous réjouir de chaque visite à Bitola. Quels sont les lieux qui vous impressionnent en particulier ?

Bitola est une ville à l’architecture ancienne remarquable qui parle du riche héritage culturel et historique de ce pays. La ville respire de façon spéciale, elle est belle à chaque pas. Sirok Sokak, où se trouve notre consulat honoraire, est une rue comme il y en a peu en Europe et même dans le monde. Je suis heureuse que notre consulat se trouve dans un bâtiment historique que nous partageons avec d’autres consulats, et qui nous permet une présence physique dans le centre même de la ville que tous les Bitoliens peuvent voir.

Je souhaite aussi souligner que nous avons une excellente coopération avec le Centre culturel, au sein duquel nous organisons un grand nombre d’expositions.

Par ailleurs, au cimetière français, à côté de la maison du gardien, nous avons le projet de créer un petit musée il s’agit de construire un espace muséal qui sera accessible pour les étudiants et les écoliers qui pourront avoir un aperçu de l’histoire de la Première Guerre mondiale. Ce projet devrait se réaliser en 2014, date où nous fêterons le centenaire de la Première Guerre mondiale, un évènement qui attirera un grand nombre de Français qui souhaitent connaître l’histoire de leurs ancêtres.

BV : Votre Excellence, compte tenu du fait que Bitola et la Macédoine cultivent d’extraordinaires relations avec la France, tout de même, l’histoire, la langue et culture françaises semblent ne pas être au niveau attendu chez les Bitoliens. Quel est votre commentaire sur ce point ? Est-ce dû à la faible connaissance de la langue française ?

Je ne saurais dire si c’est parce que grand nombre de Bitoliens ne connaissent pas suffisamment bien la langue française, mais afin de rapprocher le français des jeunes Bitoliens, bientôt avec mes collaborateurs, je visiterai les écoles, car nous avons un projet important pour l’enseignement précoce du français. Dans la période à venir, le développement du multilinguisme sera notre priorité.

BV : Par quels moyens ?

Tout d’abord, je souhaite dire que le développement du multilinguisme et l’apprentissage de la langue française reposent sur l’engagement des professeurs, des parents, et la motivation des élèves. Nous allons insister sur l’apprentissage du français chez les petits enfants à l’école primaire par le biais d’un partenariat avec les professeurs, les élèves et, bien sûr, les parents. Nous avons réalisé une étude pour savoir quel est leur intérêt pour apprendre la langue française et nous allons bientôt la diffuser.

BV : Sur quels autres champs voudriez-vous coopérer avec Bitola ?

Nous avons discuté avec votre maire de la coopération dans le domaine cinématographique : vous vous souvenez que Catherine Deneuve était l’année dernière à l’ouverture du Festival des frères Manaki à Bitola, et c’était un grand évènement pour nous tous. Il y a d’énormes possibilités de coopération avec la France sur le plan de la production cinématographique.

Ensuite, il existe un champ intéressant de coopération développé par l’Alliance française de Bitola. Je dois souligner qu’un nouveau président a été élu, Dimitar Pavlevski, directeur de la laiterie « Ideal Sipska », qui est très motivé, ayant lui-même été étudiant de français et parlant très bien les deux langues. L’idée, c’est d’apprendre le français avec une application pratique et professionnelle, surtout pour les étudiants.

BV : A quel point la France connaît-elle les possibilités et privilèges qu’offre la zone franche de « Zhabeni » pour attirer les investissements étrangers ?

Lors de ma visite au maire, il m’a informé des possibilités et privilèges qu’offre la zone franche de Zhabeni. Le 16 mai à Skopje, l’Ambassade a organisé un forum économique où toutes les villes macédoniennes étaient les bienvenues. Nous voulons encourager nos entreprises à venir investir en République de Macédoine.

Afin d’améliorer la coopération entre les sociétés macédoniennes et françaises le 8 juillet, nous organisons en France un rendez vous d’affaires auquel participeront un grand nombre de sociétés françaises. Ce serait bien que participent à ce forum des entreprises de Bitola pour expliquer aux entreprises françaises le climat d’investissement à Bitola et en République de Macédoine. Nos entreprises auraient ici accès à une main d’oeuvre qualifiée, et en même temps, pour les entreprises françaises, coopérer avec la Macédoine relève du voisinage proche.

BV : Lors de la période précédente, Bitola a eu une coopération intense avec la Basse-Normandie. Etes-vous contente de cette coopération ?

Le partenariat entre la Basse-Normandie et Bitola est très important puisque ont été réalisés plus de 80 projets à travers cette coopération, et je suis heureuse d’accueillir le 24 juin, la vice-Présidente de la région Basse-Normandie. Cette coopération me tient à cœur car elle se réalise beaucoup avec la société civile, les ONG, la jeunesse, les universités.

Il faut aussi souligner que l’année prochaine nous célébrerons le centenaire de la Première Guerre mondiale, et la ville de Caen dispose d’un Mémorial, une « cité de l’histoire pour la paix » qui travaille avec les enfants, étudiants et visiteurs qui pourra partager sur les questions de la réconciliation. Nous parlons de la célébration de l’épisode de la Première Guerre mondiale qui s’est déroulé dans cette région du monde, le Front d’Orient. Il faut se souvenir de ce qui s’est passé lors de la Première Guerre mondiale avec l’objectif de ne pas oublier et d’en tirer les leçons pour l’avenir.

BV : Votre Excellence, en tant qu’ambassadrice de France, comment voyez-vous la situation politique en République de Macédoine ?

La République française a constamment appuyé l’adhésion de la République de Macédoine à l’Union européenne. Dès mon arrivée comme ambassadrice de France, j’ai remarqué que les relations entre citoyens, ici et en Grèce, sont constantes et quotidiennes. Les peuples des deux pays ont de bonnes relations, et c’est important car les relations de voisinage sont l’un des éléments déterminant dans la voie vers l’intégration européenne. Ce qui est aujourd’hui important pour nous est que le pays ne s’isole pas et suive le chemin tracé, et nous sommes là pour aider autant que possible sur cette voie.

BV : Quel est votre message pour Bitola ?

Bitola possède un héritage culturel exceptionnel, un patrimoine unique dans les Balkans. Mon message pour les Bitoliens est le suivant : il faut protéger cette richesse car elle est d’une importance extraordinaire pour Bitola et pour l’Europe. A Bitola, nous voyons du style de l’époque baroque, du Moyen-âge, du gothique : Bitola est unique en son genre par cette richesse. Pour cela, elle doit à tout prix garder cette richesse, mais aussi la faire connaître, afin de la rendre plus accessible aux citoyens en Europe.

Ci-dessous, l’article en macédonien (version pdf) :

PDF - 1.1 Mo
Première page
(PDF - 1.1 Mo)
PDF - 765.5 ko
Seconde page
(PDF - 765.5 ko)

Dernière modification : 27/06/2013

Haut de page