Entretien de l’ambassadeur accordé à Večer [mk] [sq]

Que faut-il retenir des résultats des élections européennes ? Interrogé par le quotidien « Večer », l’ambassadeur a évoqué également les conséquences de ce scrutin pour la perspective européenne de la Macédoine du Nord

Que signifient les résultats des élections européennes pour l’UE et en particulier pour les Balkans ?

Les élections européennes ont été riches d’enseignements parfois inattendus. D’abord une remobilisation des électorats et notamment de la jeunesse : le projet européen est critiqué mais vivant et bien vivant. On est passé de taux autour de 40% à plus de 50 en France comme dans de nombreux pays. « Euromécontents » parfois mais Européens ! Deux surprises méritent l’attention : la poussée des Verts, qui manifeste une vraie singularité politique du continent et une exigence nouvelle des citoyens. Malgré toutes les limites sur le terrain, le combat français contre le réchauffement climatique et ses conséquences, qui a abouti à l’Accord de Paris en 2016, apparaît aujourd’hui comme prémonitoire, et il ne sera pas possible d’ignorer ces exigences malgré les lobbys internes et externes. L’autre aspect est la poussée, moins forte que prévue, sauf en France et en Italie, des formations identitaires et remettant en cause de façon fondamentale les modalités de la construction européenne actuelle. Enfin, on relève un parlement plus éparpillé, avec le recul du duo conservateurs/sociaux –démocrates ainsi que la consolidation d’un groupe centriste-libéral, qui peut faire figure, avec les Verts, d’arbitre. Compte tenu du fonctionnement fluide du Parlement européen, c’est un possible pas vers une démocratie plus vivante et reflétant les tendances de l’opinion européenne, y compris les tendances nationalistes. Celles-ci restent encore à structurer au parlement, compte-tenu de divergences parfois essentielles, notamment sur l’attitude vis-à-vis de Moscou.

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Comment ces résultats pourraient-ils influencer l’attribution d’une date (d’ouverture des négociations avec l’UE) à la Macédoine ?

Les élections ouvrent une période d’intenses discussions entre États-membres, notamment autour de la nouvelle Commission, de son président, des commissaires et d’autres postes à pourvoir. De plus, le triste feuilleton du Brexit, avec la victoire au Royaume-Uni des partisans d’un possible « Brexit dur », pourrait fournir de nouveaux épisodes difficiles. Il reviendra aux États-membres de juger ensemble des priorités à donner à la région et à l’ouverture des négociations dans ce contexte. Les opinions publiques de plusieurs grands pays restent dans leur majorité très critiques sur l’élargissement, confondu avec l’ouverture de compétition avec des pays à bas salaires, et associé aux risques politiques liés à la région. Elles demandent aussi de sérieuses garanties sur l’État de droit, la lutte contre la corruption et une certaine stabilité politique comme économique. Par ailleurs, on est bien conscient à haut niveau des efforts accomplis, notamment en matière de bon voisinage, par la Macédoine du nord. La discussion sera sans doute animée.

Un commentaire concernant la victoire de Mme Le Pen sur le Président Macron ?

Il est vrai qu’en France ces deux personnalités se sont pleinement engagées pour un choix entre construction et déconstruction de l’Europe. On constate que six mois de « gilets jaunes » n’ont pas entamé le socle électoral du président français et qu’il garde de forts atouts même s’il reconnaît un « message » des citoyens français. A moins d’un pour cent de différence entre les deux listes, en faveur du Rassemblement de Mme Le Pen, on peut toutefois considérer qu’elles sont arrivées à égalité, puisqu’elles remportent le même nombre de députés, soit 23 après le Brexit. Il semble acquis que les députés de la liste soutenue par le Président Macron, « Renaissance », devraient jouer en raison de leur nombre un rôle de premier plan dans le groupe libéral, clef dans le nouveau parlement. Le Rassemblement national devra trouver sa place pour sa part dans un bloc souverainiste mal défini encore et y installer son influence, notamment face à M. Salvini, grand vainqueur en Italie. En 2014, le parti de Mme Le Pen avait déjà remporté la première place aux européennes, mais sa présence au Parlement européen a été peu remarquée.

Dernière modification : 31/05/2019

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