Entretien de l’ambassadeur accordé à l’agence de presse « Zhurnal » [mk] [sq]

L’ambassadeur a accordé, le samedi 9 décembre un entretien à l’agence de presse « Zhurnal », sur la situation politique actuelle en Macédoine, la mise en place de l’agenda gouvernemental, la lutte contre la corruption, ainsi que sur les perspectives européennes du pays et de la région des Balkans Occidentaux.

A cette occasion, il souligne la contribution de la France à la nouvelle stratégie de réforme de la Justice à travers sa coopération avec l’Académie des Juges et procureurs, mais aussi au processus complexe de rapprochement avec l’UE en mettant à la disposition du vice-premier ministre en charge de l’intégration européenne un spécialiste de haut niveau qui pourra le conseiller en lui faisant partager sa riche expérience des affaires bruxelloises.

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Quel est votre avis au sujet du gouvernement macédonien actuel ?

Le gouvernement actuel a replacé le pays sur le chemin de l’intégration dans l’Union européenne et l’Alliance atlantique, où le pays s’était arrêté et même sur certains plans avait régressé, comme le montrait le dernier rapport de progrès de la Commission, où le seul domaine de progrès était la pêche ! Il a restauré l’image internationale du pays avec l’espoir que la crise politique macédonienne est désormais close après deux élections qui, selon les critères internationaux, ont été satisfaisantes par rapport aux critères de l’OSCE même si des progrès restent encore à accomplir. L’agenda 3-6-9 des réformes reprend pour l’essentiel les recommandations des instances compétentes européennes et a dressé une feuille de route convaincante. Les relations avec les pays voisins ont été améliorées de manière sensible. On aurait pu souhaiter un processus politique plus inclusif et, comme il avait été promis, une alternance plus sélective dans l’appareil d’Etat, mettant en avant les compétences plus que les appartenances partisanes, mais la grande polarisation de la société durant ces dernières années a sans doute amplifié les phénomènes d’épuration. Cela ne fait que consolider notre souhait d’accompagner le Premier ministre Zaev et ceux qui le soutiennent dans ses sincères intentions d’apporter des réformes profondes au système ainsi qu’un passage à une nouvelle culture politique.

Le processus de réforme pour l’adhésion à l’OTAN et à l’UE fonctionne-t-il bien ?

La mise en place de l’agenda européen a connu certains retards avec les conséquences d’une longue crise politique, les élections locales, les ajustements nécessaires entre les exigences européennes et certaines idées peu compatibles avec celles-ci. Le compte à rebours qui va jusqu’en juin prochain pour obtenir une éventuelle date d’ouverture des négociations pour l’adhésion à l’UE est très serré et nécessite aussi la collaboration de l’opposition. Il faut trouver le terrain de coopération pour le bien du pays afin que les réformes votées ne soient pas de simples papiers mais l’expression d’une véritable dynamique européenne du pays. On se souvient de la triste nuit du 27 avril illustrant les difficultés à stabiliser la démocratie et l’Etat macédonien. Il convient d’apurer les comptes et de repartir sur la base d’une vie politique assainie, avec une opposition digne et jouant pleinement son rôle d’amendement et de préparation normale d’une alternative démocratique, mais sans oublier les buts stratégiques du pays, qu’elle déclare partager. Pour cela une véritable démocratisation de tous les partis est nécessaire.
Le dialogue avec la société civile est un élément important qui ne doit pas être oublié, même si plusieurs de ses membres ont rejoint le gouvernement. La qualité de l’interaction entre l’Association des Journalistes et les autorités pour la mise au point de la loi sur les médias est un bon exemple de ce que l’on peut attendre. En revanche, les justes remarques du président du Parlement sur les modalités de l’arrestation de certains députés méritent attention et réflexion : le respect de l’Etat de droit est indivisible.
Il en est de même pour l’OTAN qui ne pourra admettre qu’un pays stable et progressant vers l’Etat de droit, en plus des strictes exigences politiques, techniques et budgétaires pour répondre aux critères de l’Alliance.
La France apporte sa contribution à ce processus complexe en mettant à la disposition du vice-premier ministre en charge de l’intégration européenne un spécialiste de haut niveau qui pourra le conseiller en lui faisant partager sa riche expérience des affaires bruxelloises.

Est-ce que le différend avec la Grèce est la seule condition pour que la Macédoine continue sur la voie des structures euro-atlantiques ou devrait-elle surmonter aussi les insuffisances du système judiciaire et institutionnel ?

La question du nom reste semble-t-il un obstacle essentiel mais vous avez raison de rappeler qu’elle ne doit pas faire oublier les autres exigences techniques, que ce soit les ajustements et investissements dans le domaine militaire et l’avancée sur le terrain des réformes. Celle de la Justice est essentielle tant pour l’opinion que pour les partenaires internationaux. La France apporte sa contribution à la nouvelle stratégie de réforme de la Justice à travers sa coopération avec l’Académie des Juges et procureurs destinée à créer une formation unifiée, impartiale et de qualité aux futurs magistrats.

La corruption, a-t-elle été surmontée en Macédoine ou bien le pays est toujours submergé par la corruption ?

Les nouvelles autorités se sont engagées à lutter contre la corruption, l’une des revendications les plus claires de la « révolution colorée ». C’est une condition indispensable pour recréer une confiance très entamée entre les institutions et les citoyens, et tout particulièrement la jeunesse. Celle-ci s’est dressée dans toutes les communautés contre des habitudes de clientélisme et la « petite corruption » touchant des membres de partis. Les résultats électoraux ont été clairs sur ce point, notamment aux législatives. Cette perception de la corruption est multiple : vente d’emplois municipaux, népotisme, achat de diplômes, favoritisme partisan, justice ou police dévoyée en sont des aspects multiples dont la Macédoine n’a pas le monopole dans la région, sans compter les détournements de fonds d’Etat ou d’aide internationale. Une presse libre, des procureurs et des juges indépendants, des témoins protégés, une société réactive mais aussi des fonctionnaires mieux payés sont des éléments cruciaux pour s’attaquer à ce fléau social.
En attendant, mener à bonne fin les affaires instruites par la Procureure Spéciale sera un élément important pour changer certaines pratiques qui ont concerné plus d’un parti. C’est aussi une des exigences pour l’intégration européenne.
Nous sommes bien sûr attentifs par ailleurs aux améliorations de la transparence accrue promise par le vice premier ministre Angjushev aux investisseurs locaux et internationaux, notamment quant aux incitations étatiques. Tout ce qui contribue à l’amélioration du climat des affaires est positif pour la Macédoine.
La question de la corruption touche aussi les pays de l’Union européenne et de l’Alliance atlantique. Il convient d’être vigilants ensemble, car c’est un phénomène transnational.

La Macédoine est-elle sur la bonne voie pour l’OTAN et l’UE ?

L’intensité des relations entre la Macédoine, l’Alliance et l’Union ainsi que leurs Etats-membres a retrouvé une qualité nouvelle. Un capital de confiance mutuelle a été retrouvé qui doit être consolidé. Du côté de la Macédoine, il faut passer des intentions aux mesures concrètes, et des mesures à leur application dans la réalité. On se souvient de trop de textes adoptés sans suite réelle, faute de moyens voire d’intention de les traduire en actions. Le processus est long et complexe et il ne serait pas honnête de prétendre que les années perdues se rattrapent en quelques mois, sauf à accueillir un pays mal préparé, ce qui ne serait à l’avantage de personne. En revanche, ce qui importe c’est le chemin et les progrès accomplis, évalués objectivement. La Macédoine a conquis le respect de tous ceux qui ont pu apprécier le professionnalisme et l’engagement de ses troupes dans des opérations multilatérales. Son engagement dans de nouvelles opérations de maintien de la paix serait une preuve de plus de sa détermination à prendre toute sa place dans les relations internationales. Elle a montré une volonté sans faille de rejoindre l’Alliance et d’apporter sa contribution à la sécurité de notre continent. L’actuelle ministre de la Défense et ceux qui l’entourent déploient une énergie et une activité spectaculaire pour combler les retards et les lacunes encore existantes. Quant à nous, il conviendra de répondre dignement à ces efforts et à ces réformes par un accompagnement approprié. Le président Macron a justement souligné que la construction européenne ne serait pas achevée avant l’intégration des Balkans occidentaux.

Comment évaluez-vous la diplomatie macédonienne en termes de bonne coopération et de bon voisinage ?

De grands progrès ont été accomplis, avec tous les voisins. Le gouvernement a su mener rapidement à bonne fin les négociations pour un traité avec la Bulgarie, tout spécialement grâce à l’énergie du Premier ministre. M. Dimitrov a su trouver un terrain constructif avec son homologue grec et le processus de négociation sur le nom sous les auspices des Nations-Unies avec M. Niemetz a repris après plusieurs années de stagnation. Les sessions communes des gouvernements macédonien, bulgare, albanais et serbe sont de bons symboles d’une réconciliation et d’une coopération régionale qui correspondent aux attentes les plus fondamentales de l’UE et de l’OTAN, contre la résurgence de nationalismes et d’irrédentismes stériles et toxiques. On peut en attendre un nouvel élan économique, culturel et politique.

Dernière modification : 10/12/2017

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