A propos de la salle de sport "Partizan" [mk] [sq]

Suite à une visite en février dernier du bâtiment de l’ancienne salle de sport « Partizan », construite avec le soutien de la France après le séisme de 1963 et faisant l’objet d’un ambitieux projet de restauration, l’ambassadeur a confié au mensuel « Karposh In » son appréciation sur ce sujet.

1. Monsieur l’ambassadeur, vous avez récemment visité la municipalité de Karpoš et, avec le maire Stefan Bogoev, le centre sportif « Naum Naumovski Borce – Partizan », un don de la République française après le tremblement de terre dévastateur de Skopje en 1963.
Quel sentiment avez-vous ressenti en regardant les murs en ruine et l’image à l’intérieur ? Comment jugez-vous l’initiative de sauver et de reconstruire la salle « Partizan » ?

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La France a participé pleinement à l’élan de solidarité internationale soulevé par le séisme de 1963. J’ai été très touché en visitant le musée de la Ville de constater combien cette émotion avait été forte mais aussi la mobilisation internationale. C’était un moment d’optimisme avec le début de la détente entre Kennedy et Khrouchtchev et l’idée d’une solidarité entre peuples mettant la coopération au-dessus des rivalités politiques face à une catastrophe naturelle. Cette leçon reste peut-être à méditer à l’heure du changement climatique. Une trentaine d’installations sportives avaient été détruites et la construction de ce centre sportif avec l’aide de la France était bien sûr un signe d’espoir pour une ville et une vie nouvelle. Le contraste entre l’espoir d’alors et l’état actuel est naturellement frappant. On doit s’interroger sur le mélange d’incurie et de cupidité qui a conduit à l’abandon de ce beau bâtiment, symbole de l’esprit sportif et du renouveau de la ville. Je préfère penser à la mobilisation citoyenne qui a appelé notre attention sur ce lieu et son histoire et aussi sur l’énergie des autorités municipales qui ont développé un véritable projet de renouveau urbain autour de sa restauration : c’est le signe que l’esprit de Skopje est plus fort que l’inertie et la corruption.

2. La reconstruction de la salle « Partizan » peut-elle être un exemple positif de la manière dont d’autres installations négligées dans notre pays, devraient être traitées ? (dont le nombre, malheureusement, est assez élevé)

Il reste un certain nombre de points à éclaircir, comme la propriété des lieux et l’état de la structure avant de se lancer dans une reconstruction m’a précisé Monsieur le Maire. J’espère qu’ils pourront être précisés sous peu car une telle installation est importante pour la vie des citoyens, leur santé, l’éducation de la jeunesse et le tissu social. Mais cette architecture des années 50 à 80, dite brutaliste, est aussi un élément du patrimoine européen qui mérite d’être sauvegardé. Skopje abrite des réalisations connus mondialement comme la Poste Centrale, hélas insuffisamment mise en valeur et qui a souffert du vandalisme. Ce patrimoine contemporain, souvent collectif et lié à l’histoire du pays, pour le meilleur et le plus tragique, mérite d’être mieux connu et apprécié. Il serait intéressant de lancer une recherche dans les archives sur la construction du centre « Partizan » et de la coopération avec la France menée à cette occasion.

3. La rue « Pariska » (rue de Paris) dans le quartier de Taftalidze rappelle la solidarité française envers la ville de Skopje et la commune de Karpoš, immédiatement après le tremblement de terre de 1963. Soutiendriez-vous l’existence, dans le cadre de la salle « Partizan », d’un coin français, un lieu où la culture, la langue françaises seraient promues ? Et qu’il représente symboliquement l’ouverture d’un nouveau chapitre de l’amitié franco-macédonienne ?

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Le moment venu, nous verrons comment accompagner cet effort de reconstruction, le cas échéant dans le cadre de note coopération. Il est évident que nous voudrions prolonger cette histoire de plus de cinquante ans. Le mieux serait de faire venir des sportifs français pour faire vivre ensemble ces lieux ! Pourquoi pas un match de hand-ball pour l’inauguration : il paraît que vous n‘êtes pas mauvais dans cette discipline et nous non plus ! Le sport est une des priorités de notre Institut français. Un coin français est une excellente idée : le français reste la langue olympique et il est pratiqué dans plusieurs établissements de Karpoš. Notre École Française Internationale de Skopje, en plein développement grâce au soutien des autorités, est située dans cette municipalité. J’ai aussi visité en compagnie du ministre de l’Éducation Arbër Ademi et du maire, votre école « Bratstvo » qui a un excellent niveau et nous projetons de nouvelles coopérations avec votre direction de l’Éducation.

4. Que faites-vous de votre temps libre à Skopje ? Vous êtes souvent présent dans notre vie sociale et politique et les lecteurs du magazine « Karpoš IN » voudraient en savoir plus sur vos habitudes et pratiques ou peut-être sur les lieux que vous visitez ?

J’aime beaucoup la musique et profite autant que possible de l’excellente programmation de la Philharmonie et de sa salle remarquable. J’essaie de ne pas manquer les concerts du pianiste Dino Imeri qui a fêté magnifiquement avec ses amis son jubilée en décembre. Vous avez aussi de splendides chanteurs comme Ana Durlovski, une des plus belles voix de soprano actuelle, dont je guette les trop rares apparitions. Les Journées de la Musique macédonienne, le Festival de jazz, et de Danse contemporaine sont des moments à ne pas manquer ; nous sommes heureux quand des artistes français sont programmés et nous tâchons de soutenir leur venue. Il est important que Skopje reste une ville de culture et de coopération internationale. J’apprécie aussi beaucoup la variété des expositions organisées par la Galerie Nationale. Nos nombreuses activités culturelles organisées par l’Institut français (lien site) sont l’occasion d’échanges très riches avec les intellectuels de ce pays. Une conversation avec Luan Starova ou Vladimir Martinovski est toujours un enrichissement.

5. Notre pays s’engage courageusement et résolument sur la voie de l’intégration euro-atlantique. Quelles sont les trois choses les plus importantes qui, selon vous, seraient bénéfiques avec notre adhésion à l’UE et à l’OTAN, notamment au niveau de l’autogestion locale ?

L’Accord de Prespa a débloqué la voie. L’adhésion à l’OTAN représente une nouvelle garantie de sécurité mutuelle, surtout s’il s’accompagne d’un investissement dans une défense européenne en plein développement, notamment sous l’impulsion de la France. La nouvelle étape, sans doute la plus significative, sera un nouveau pas en avant vers l’Union Européenne que vous avez vocation à rejoindre. C’est un long chemin mais sur lequel, comme en 1963, nous sommes prêts à vous aider. L’Union Européenne a beaucoup à apporter au niveau local en termes d’aide matérielle, technique et de soutiens aux échanges internationaux. Il est vrai que du retard a été pris dans la dernière décennie et qu’il faut maintenant rattraper. Comme pour la salle « Partizan » inspirons nous du passé, corrigeons les erreurs, et gardons l’esprit de reconstruction et de coopération des années 60. Au moment du séisme, Sartre avait écrit ces mots d’espoir : « Skopje n’est pas un film, ce n’est pas un thriller où l’on devine un moment crucial. C’est une concentration de combat humains pour la liberté avec un résultat qui inspire d’autres combats et le refus de la défaite ». Le pays s’est remis en marche, et on le sent bien à Karpoš, car la vitalité de la démocratie locale est le meilleur thermomètre de la réalité économique et sociale, surtout si elle est pratiquée au-dessus des divisions partisanes dans un esprit de bien commun.

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Dernière modification : 22/05/2019

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