Entretien de l’ambassadeur accordé au quotidien Lajm [mk] [sq]

J’aimerais continuer mon activité dans la région et contribuer à ma place à son progrès dans la construction européenne, avec « une touche française » comme le souhaite le président Macron qui a voulu un réengagement actif de la France dans les Balkans. Dans un entretien accordé au journal de langue albanaise « LAJM »

L’ambassadeur s’exprime sur ses impressions à la fin de son mandat, la situation actuelle en Macédoine du Nord et dans la région, les bonnes relations de voisinage, la méthodologie d’élargissement lancée par la France et de ses futurs projets.

PNG

1. Monsieur Thimonier, vous terminez votre mandat à Skopje. Quelles sont vos impressions au moment où vous quittez la Macédoine du Nord ? Quel moment distinguez-vous de votre séjour de plusieurs années ?

Ces quatre années ont été un tournant pour le pays : alternance politique, changement de nom, entrée dans l’OTAN et accord de principe pour l’ouverture des négociations d’adhésion à l’UE…Sans compter les péripéties du 27 avril au Parlement mais aussi autour du referendum ou du Procureur Spécial et les « bombes » diverses. Chaque jour ou presque a été occupé. Avec tous ces hauts et ces bas, l’impression s’impose tout de même que le pays après une période de stagnation a repris son chemin dans la construction européenne. C’est une grande satisfaction que d’y avoir participé.

2. Au début de votre mandat, avez-vous pensé que votre départ pourrait se faire avant que notre pays ouvre les négociations d’adhésion à l’UE ? À un moment donné, la France a également été critiquée comme responsable de cela. A quel point ces critiques étaient-elles fondées ?

La France a une conception exigeante et réaliste de la construction européenne. Elle estime que la vocation européenne des Balkans occidentaux est incontestable. Toutefois, il convenait de prendre en compte l’expérience passée et les spécificités afin de ne pas s’engager sur un chemin qui risquait d’être sans fin, frustrant pour les populations et de transformer un espoir en déception. Nous avons inspiré une nouvelle méthodologie fondée sur les progrès réels des pays-candidats pour favoriser les convergences politiques, économiques et sociales indispensables pour créer une Europe forte.

3. Les négociations d’adhésion seront conduites selon la nouvelle méthodologie, qui a été lancée en grande partie sur l’insistance de la France. Les négociations avec cette méthodologie seront-elles plus difficiles pour la Macédoine du Nord et l’Albanie ?

Les exigences sur les progrès de l’Etat de droit sont plus fortes et forment l’épine dorsale du processus. C’est au bénéfice de tous et notamment des citoyens des pays concernés qui pourront demander des comptes sur les progrès accomplis à leurs autorités, surtout en cas de régressions, que la méthodologie prend en compte.

4. Un nouveau problème au niveau du processus euro-atlantique de la Macédoine du Nord apparait maintenant à l’horizon, c’est le mémorandum bulgare. À votre avis, y a-t-il un risque que le problème avec la Bulgarie se transforme en problème à plus long terme ou sera-t-il bientôt résolu ? La France partage-t-elle la position allemande selon laquelle les problèmes bilatéraux doivent être résolus entre les deux pays, et non à Bruxelles ?

Les Balkans sont riches en histoire, en mythes, en représentations mentales pas toujours faciles à rendre compatibles, surtout si elles font l’objet d’utilisation excessive par les responsables politiques. Il faut encourager la compréhension régionale et le respect mutuel, augmenter les coopérations entre jeunes et intellectuels et surtout ne pas mêler ces questions du passé à la construction européenne. Celle-ci est tournée depuis son origine vers l’avenir, comme l’a été la réconciliation franco-allemande. Comptons sur la raison et encourageons des solutions reposant sur la discussion et l’échange entre Sofia et Skopje.

5. Votre commentaire sur l`évolution dans notre région. Un accord économique a été conclu entre le Kosovo et la Serbie à Washington, tandis que les arrestations par EULEX se poursuivent, basées sur des soupçons du Tribunal spécial de La Haye ?

On ne peut que saluer des progrès porteurs d’espoir. De nouveaux pas concrets restent à franchir et l’Union Européenne s’active en ce sens. Quant au rôle de la justice internationale, il ne peut être dissocié d’une solution de long terme qui reposera sur la vérité et la transparence sur des responsabilités individuelles dans des événements parfois tragiques. La justice internationale a notre plein soutien pour ce faire.

6. Monsieur Thimonier, à la fin, pendant votre mandat, vous avez laissé une impression de diplomate très actif en Macédoine du Nord. Où allez-vous poursuivre votre carrière ?

J’aimerais continuer mon activité dans la région et contribuer à ma place à son progrès dans la construction européenne, avec « une touche française » comme le souhaite le président Macron qui a voulu un réengagement actif de la France dans les Balkans.

Dernière modification : 10/10/2020

Haut de page