Entretien de l’ambassadeur accordé au quotidien Vecer [mk] [sq]

Dans cet entretien, il a été interrogé sur des questions d’actualité, notamment la réunion récente des quatre dirigeants politiques, ainsi que le rôle de l’opposition en cette période de grandes décisions pour le pays : l’accord avec la Bulgarie puis celui avec la Grèce avec un nouveau pas franchi vers l’UE et l’OTAN.

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Les dirigeants des quatre principaux partis politiques en Macédoine, après une troisième tentative, ont réussi à se mettre d’accord sur l’élection des membres de la Commission électorale d’État, la loi sur le financement des partis politiques et le gouvernement technique selon le modèle de Przino lors des futures élections parlementaires. Comment évaluez-vous la réunion des dirigeants ?

Le sujet, c’est normal, polarise l’opinion et les partis politiques. Il faut donc saluer les progrès accomplis lors des dernières réunions et ceux qui ont le courage de faire des concessions ou d’abandonner des revendications peu raisonnables. Ils ont une tâche difficile pour faire entrer le pays tel qu’il est dans une culture du compromis, mais sans compromission. Un accord sur un referendum aux conditions claires et nettes sera tout simplement une victoire de la démocratie et une preuve de la maturité européenne du pays. Alors laissons–les travailler, encourageons-les, et… « Ne tirons pas sur les pianistes ! »

Comment voyez-vous le comportement de l’opposition dans ce moment historique significatif ?

L’opposition doit jouer son rôle, essentiel dans une démocratie. Le dialogue avec la majorité a repris dans le cadre du « processus Jean Monnet ». Des avancées ont été obtenues avec le vote du code de Déontologie ou de la loi anti-corruption et la perspective d’une loi sur le financement des partis, élément crucial pour leur indépendance des intérêts financiers. La tentation du blocage ou du chantage n’est hélas pas surmontée comme on a pu le constater, comme s’il fallait toujours aller jusqu’au bord de la rupture pour obtenir un résultat d’intérêt général. Le pays reste exagérément polarisé avec la tentation de séparer, selon les opinions, le peuple entre « traîtres » et "patriotes", même si je vois plus de capacité à coopérer chez les députés de base que dans les états-majors, où la tentation de jouer sur les fractures anciennes est encore trop présente. Une partie de cette tension est artificielle et on devrait travailler encore à trouver des règles du jeu, pour éviter l’obstruction comme l’utilisation contestable de procédures accélérées pour tourner celles-ci. Un point positif toutefois : depuis le 27 avril on sent un rejet quasi unanime de la violence politique.

Bien que Zaev et Mickoski le dénient, officieusement, il y aurait un « marché » entre le SDSM et le VMRO-DPMNE. Le VMRO soutiendrait le référendum en échange d’une amnistie et des amendements au Code pénal. Votre commentaire ?

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Je ne puis commenter des spéculations surtout lorsqu’elles ne sont pas à l’honneur des parties concernées, qui d’ailleurs les rejettent. Ces rumeurs ne sont en effet pas de nature à motiver ni les citoyens pour aller voter ni nos opinions publiques européennes pour ouvrir des négociations d’entrée dans l’UE. Elles renforcent les pires idées sur les Balkans. Je ne veux pas croire, pour ma part, que l’avenir d’un pays et d’un peuple tienne au sort particulier d’une dizaine d’accusés de prévarication et d’abus de pouvoir.

Et si le référendum échoue, ou une partie de la population le boycotte ?

S‘il s’agit d’une question simple et claire, qui respecte la capacité de choix des électeurs, et si la campagne est honnête, pourquoi boycotter ?

Qu’en pensez-vous, est-ce que la formulation de la question aurait une influence sur le référendum, c’est-à-dire, la manière dont elle est posée ?

Il convient que les juristes soient consultés et je connais la rigueur des juristes macédoniens, comme votre ministre de la Justice.

Et si la Grèce décide d’organiser un référendum ?

Je ne crois pas que cela soit envisagé. Il s’agit d’une affaire macédonienne.

Monsieur l’ambassadeur, la République de Macédoine se trouve dans une période historique très importante. Comment voyez-vous, en tant que diplomate, tous les changements qui se produisent actuellement avec une grande vitesse, et qui, pendant de longues années ont été considérés comme des défis qui ne peuvent tout simplement pas être résolu ?

Ce sont en effet de grandes décisions qui ont été prises : l’accord avec la Bulgarie puis celui avec la Grèce qui ont entr’ouvert les portes de l’UE et de l’OTAN à ce pays ont été salués par la France. Ils sont les signes d’un courage et d’un volontarisme qui suscitent le respect et l’espoir dans une région qui doit liquider un lourd passif de contentieux historiques et diplomatiques. Leur règlement est la condition de l’adhésion à L’Union Européenne qui est leur horizon naturel comme le nôtre, ainsi que l’a répété encore tout récemment le président Macron au Premier Ministre Zaev.

L’opinion publique a été surprise par les grosses sommes d’argent partagées entre le Fonds pour l’innovation des entreprises, certains journaux et personnes proches du SDSM, même des hauts fonctionnaires du SDSM. En même temps, des appels d’offres suspects sont révélés, le dernier d’affilée est celui au ministère de la Santé. Aurait tout cela une influence sur l’évaluation faite par l’UE, qui vient de commencer le processus de screening ?

Je ne puis me prononcer sur la réalité de ces accusations, surtout en période préréférendaire. Ces réactions sont tout à l’honneur de ceux qui les ont et prouvent qu’au moins la parole s’est libérée, donnant, semble-t-il l’occasion de corriger des erreurs et de surmonter des conflits d’intérêts. C’est un progrès réel si je repense à la situation de 2016. Tout ceci laisse cependant penser que la décision des État-membres d’évaluer dans un an à nouveau les progrès des réformes, et notamment de la lutte contre la corruption et l’impunité, était prudente et fondée.

Le screening pour l’ouverture des négociations avec l’UE a officiellement commencé avec la visite du commissaire européen Johannes Hahn. Pensez-vous qu’il existe des capacités pour réussir, d’autant plus que la législation en Macédoine devrait coïncider avec celle de l’UE, et en dehors des chapitres 23 et 24 sur les droits fondamentaux, une attention particulière devrait être accordée au pouvoir judiciaire ?

Quant au screening au sens strict, c’est-à-dire la revue des dispositifs législatifs en place dans la perspective de l’adhésion, il ne pourra débuter formellement qu’après l’éventuelle décision d’ouvrir les négociations, en 2019. En revanche, il est très utile que des dispositions préparatoires soient prises dès maintenant, sans perdre de temps, et j’ai pu mesurer la détermination du négociateur technique qui vient d’être nommé, M. Marčić, à mettre les équipes en état de marche. La France est prête à accompagner cet effort.

La Macédoine se rapproche de l’OTAN, l’invitation a été obtenue, l’adhésion aura lieu après l’accomplissement des conditions. Pensez-vous que le différend concernant le nom est le seul obstacle sur le chemin de l’intégration euro-atlantique ? Y aura-t-il de nouveaux blocus ?

Il existe des conditions techniques qui doivent être remplies mais aussi politiques, en termes de valeurs démocratiques et de respect de la personne notamment, que le Secrétaire Général Stoltenberg a eu raison de rappeler lors de son discours à la Sobranie. Il est important que ces valeurs communes soient rappelées car elles donnent son vrai sens à l’Alliance, dans un moment où l’on a pu voir celles-ci parfois mises à mal chez certains membres. Il est en tout cas important que votre pays puisse assurer sa sécurité dans un cadre multilatéral et soit aussi actif dans le cadre de l’UE et de l’ONU.

Vous sentiriez-vous aussi à l’aise dans votre position d’ambassadeur de France en République de Macédoine du Nord, comme vous l’êtes maintenant en tant qu’ambassadeur de France en République de Macédoine ?

J’étais consul général pour la Grèce du Nord, alors les adjectifs ne me font pas peur ! Pour moi, de chaque côté de la frontière, il y a des Macédoniens qui sont tous des Européens et destinés à se retrouver dans un même cadre politique européen rénové auquel la France œuvre activement.

Dernière modification : 26/07/2018

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