La Macédoine pourrait être un exemple de rencontre réussie entre Est et Ouest [mk] [sq]

L’ambassadeur s’est entretenu avec l’hebdomadaire Zaman sur l’accord de Prespa et les amendements constitutionnels, la réforme du système judiciaire et l’indépendance des médias. Il a également signé un éditorial sur le Centenaire de l’armistice de 1918.

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1. Comment évaluez-vous la situation politique en Macédoine après le vote au parlement qui a permis l’ouverture de la phase d’examen des amendements constitutionnels ?
Le résultat du vote a été salué par les autorités françaises qui considèrent que cet accord est bon pour le pays, pour la région et pour l’Europe. Le processus interne relève de votre vie démocratique. Il est clair toutefois que ce résultat a été obtenu dans un contexte particulier après vingt-sept années de blocage et dans un climat de polarisation politique excessive. Le temps est certainement venu pour que la vie politique macédonienne réponde mieux aux critères de déontologie et aux pratiques attendues dans le cadre de l’Union européenne. Nous avons lancé une coopération active en ce domaine, notamment celui de la déontologie, et nous avons créé des liens interparlementaires qui vont permettre nous l’espérons, de progresser dans l’adoption de bonnes pratiques et d’un dialogue normal entre les grandes formations politiques, au nom de l’intérêt national et européen.

2. Dans quelques mois, le paquet de modifications constitutionnelles devrait être approuvé. Peut-on encore avoir des obstacles quand on connait la difficulté d’obtenir une majorité des deux tiers requise ?
Le processus ne fait que commencer : ce sera sans doute l’occasion de pousser des précisions à l’accord qui permettraient de mieux défendre l’intérêt national et de préciser des points d’interprétation de l’accord, sans remettre en cause son économie générale. L’adoption de certains amendements contribuerait à motiver le ralliement d’une majorité élargie de députés à ce texte.

3. Quel est le rôle de la communauté internationale dans cette situation ?
Les différents partenaires de la Macédoine ont fait connaître leur position, la nôtre a été exprimée par notre président à travers un message enregistré, le premier de notre histoire, à l’intention des citoyens macédoniens, en faveur du oui au referendum

4. On a dit qu’après l’adoption de modifications constitutionnelles, l’Union européenne aiderait la Macédoine. Quel genre d’aide peut espérer notre pays, concrètement de la France ?
Il est certain que la ratification de l’accord de Prespa permettra de débloquer le veto grec : ensuite, le pays sera jugé quant à ses progrès réels dans les réformes. Une dynamique appréciée a été lancée énergiquement en 2017. La mise en œuvre de l’agenda 3 -6-9 et le nouveau plan 18 seront suivis avec attention. Nous avons maintenant besoin de constater des progrès réels pour franchir de nouveaux pas vers l’ouverture des négociations.

5. D’autre part, le Premier ministre annonce qu’il va gracier les agresseurs du 27 avril. Cet acte est considéré comme incorrect. Quel est votre avis ?
La France a connu dans son histoire des moments où la sévérité puis le pardon ont été nécessaires. On ne doit pas perdre de vue l’équilibre entre le besoin de réconciliation et la nécessité de maintenir ou créer des normes sans lesquelles il n’y a pas d’Etat démocratique possible. De récents exemples ont montré dans des pays voisins qu’une large partie de la population rejetait une culture politique reposant sur l’impunité des responsables politiques. Il faut garder à l’esprit que les Européens auront peine à accepter l’élargissement à de nouveaux pays dont l’attachement aux règles démocratiques n’est pas établi et où la violence politique n’est pas bannie.

6. Les réformes de la Justice restent la seule condition de l’UE. Pensez-vous que la Macédoine a réalisé des progrès à cet égard ?
Beaucoup a été entrepris et reste à faire d’évidence dans ce domaine essentiel, où des progrès visibles et sensibles restent attendus avec impatience par la population et les partenaires européens. Pour sa part la France s’est investie dans le soutien à l’Académie des Juges et procureurs dont les progrès ont été salués par Bruxelles. L’acquis dans ce domaine sensible ne doit pas être gâché par des nominations sur des bases partisanes. Nous serons attentifs à la question de la « départisation » de la justice et de l’administration dans la perspective des décisions relatives à l’ouverture de négociations d’adhésion.

7. La réforme des médias n’a pas encore été faite. Selon vous, pourquoi est-elle retardée et comment cette question devrait-elle être réglée ?
Les médias des Balkans n’ont guère d’indépendance économique et se battent pour leur survie dans un marché étroit et toujours dépendant du politique. Les journalistes sont trop mal payés pour ne pas être accessibles à des avantages intérieurs et extérieurs. La Macédoine ne fait pas exception même si des progrès ont été enregistrés depuis deux ans, après une période noire de menaces et d’agressions physiques contre les journalistes. Toutefois l’idée d’un journalisme d’investigation indépendant reste bien lointaine, malgré le rôle essentiel qu’il devrait jouer pour la lutte contre la corruption et les structures criminelles. Beaucoup estiment qu’il serait bienvenu que l’Union européenne se réinvestisse sur ce thème, à l’échelle régionale. L’engagement des autorités macédoniennes à créer un service audiovisuel public exemplaire est vivement apprécié et mérite un vrai soutien.

8. Le Bureau du Procureur spécial, notamment la Procureure spéciale ne sera pas en mesure de traiter toutes les questions et affaires. Cette institution, devrait-elle poursuive son mandat après avoir obtenu les deux tiers des voix ?
Il est clair que la question de la place du Procureur Spécial dans le système judiciaire devrait trouver sa réponse. Sa création a répondu à une crise politique désormais close et le pays, selon moi, devrait regarder vers l’avant, en évitant les deux poids deux mesures, mais en maintenant des mécanismes efficaces pour traiter des affaires de corruption. Celle-ci reste un cancer qui menace toujours et encore.

9. Les partis politiques des Albanais de l’opposition ont déclaré qu’ils présenteraient d’autres amendements au-moment de l’ouverture de la Constitution aux changements constitutionnels. Pouvons-nous avoir des désaccords avec la partie macédonienne qui n’a donné son accord que sur les changements relatifs à l’Accord de Prespa ?
Les Accords d’Ohrid sont considérés comme une date fondamentale dans l’histoire contemporaine du pays.

10. Monsieur l’ambassadeur, pendant la crise politique, vous vous êtes entretenus avec presque tous les dirigeants politiques. Quelle est leur attitude face à la situation politique ?
Dans toutes les difficultés de ce pays un facteur est à relever qui, je crois, a évité bien des tragédies : c’est la capacité des dirigeants de tous les partis à confronter et adapter leurs positions avec celles des principaux facteurs de la vie internationale, attitude réaliste et raisonnable. Tous reconnaissent que la voie européenne est la seule envisagée pour le pays. Encore doit-on mettre ses paroles en conformité avec ses actes. Nous l’attendons particulièrement du VMRO-DPMNE après une période de confusion autour du référendum.

11. L’opposition macédonienne, le VMRO-DPMNE a exclu de ses rangs les députés (ses membres du Parlement), qui ont voté pour la révision constitutionnelle. S’agit-il d’un manque de démocratie au sein de ce parti politique ou des intérêts personnels ?

Le VMRO-DPMNE est un grand parti avec son histoire sa tradition et ses règles. Il a l’occasion d’une rénovation profitable pour l’ensemble du système. A la fin ses membres et les électeurs jugeront, non les ambassadeurs.

12. La Russie s’est opposée au vote sur la révision constitutionnelle, tandis que l’UE a soutenu cette initiative. Votre commentaire sur ces attitudes ?
Rien ne serait pire pour ce pays que de devenir un enjeu d’une absurde guerre froide. Que chacun se comporte de façon responsable afin que la Macédoine soit un exemple de rencontre réussie entre Est et Ouest.

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Cent ans après la fin de la Grande Guerre, consolider la paix en Europe et dans le monde
Cette histoire est la nôtre, commune à tous les Européens d’aujourd’hui qui tâchent ensemble de construire un espace de paix et de prospérité, en faisant de leurs différences une richesse commune.
Nous mesurons le chemin parcouru en pensant à l’Europe appauvrie et dévastée qui émergeait d’une des plus terribles guerres de l’histoire, véritable « guerre civile européenne » qui reste gravée dans notre histoire et nos mémoires.
Il y a d’abord le bilan des morts et des souffrances qui reste présent à travers des cimetières que nous voulons voir devenir des lieux de recueillement et de mémoire commune avec la création de deux musées, à Bitola et à Skopje, que le Ministère macédonien de la Culture a inscrit dans son agenda de l’Année européenne du Patrimoine, témoignant que ce pays est pleinement inscrit dans une mémoire partagée.
Elle a pesé sur ce pays comme sur d’autres pays européens, et au-delà même de l’Europe, par les créations de frontières, les bouleversements économiques et sociaux, les exodes, les divisions idéologiques et religieuses semant les germes de nouveaux conflits qui ont conduit à un deuxième cauchemar, celui de la Seconde Guerre mondiale.
Les leçons restent permanentes, au cœur des Balkans, qui ont connu à nouveau la guerre en plein vingtième siècle et n’ont pas encore achevé toutes les réconciliations indispensables à leur intégration tant désirée dans une nouvelle Europe de Paix.
Dans ce contexte, nous devons saluer d’abord les progrès accomplis. Le 11 novembre, à Bitola, sur les lieux mêmes où les combats ont fait rage, mon collègue allemand prononcera un discours dans le cimetière français en français, et je ferai de même en allemand, dans le cimetière allemand. Nous démontrerons une fois de plus la détermination de nos deux peuples et de leurs gouvernements à continuer à faire de leur réconciliation la pierre d’angle de la construction européenne. Cette construction, c’est la conviction de la France, doit se renouveler pour accueillir de nouveaux membres qui partagent les mêmes aspirations et les mêmes valeurs, la même conception d’une société libre et ouverte, fondée sur le respect des droits de l’homme, et la même volonté de faire porter leurs valeurs dans un monde menacé par l’égoïsme, l’intolérance et le repli sur soi.
Ces valeurs ne vont pas de soi et elles font face aujourd’hui à de nouvelles menaces.
Les peuples européens en 1918 puis en 1945 se sont relevés avec une force renouvelée pour reconstruire un continent ravagé. L’Europe se réunifie aujourd’hui autour d’un projet inédit fondé non sur la force mais sur le droit et la prospérité. L’Allemagne et la France et tous les ennemis d’hier ont une responsabilité commune pour rester fidèles à la mémoire de ceux qui sont tombés alors dans un combat qui a été une terrible leçon pour tout notre continent. C’est pourquoi nous avons vu avec satisfaction Skopje trouver un accord avec Sofia puis avec Athènes destinés à tourner une page de discorde séculaire et à en écrire une nouvelle. C’est l’espoir persistant que les forces de la paix l’emporteront sur celles de la division.

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Dernière modification : 10/12/2018

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