Entretien du ministre des Affaires étrangères, M. Bernard Kouchner, pour Dnevnik (13 décembre 2008)

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1. Quels sont les objectifs de la France en Macédoine et quel est l’état des relations bilatérales entre les deux pays ?

Vous connaissez notre soutien depuis la création de votre pays et surtout le rôle joué par la France au moment de la crise de 2001 et après, je fais naturellement allusion au processus de négociation de l’Accord-cadre d’Ohrid. Les objectifs de la France sont constants depuis des années : tout mettre en œuvre pour amener votre pays dans l’Europe. Toutes nos relations bilatérales tournent autour de cet objectif. Depuis des années, notre posture est celle d’un pays ami du vôtre, qui l’aide, qui le soutient dans sa marche vers l’UE et qui le conseille.

2. La dispute entre la Grèce et la Macédoine paraît simple vu de Bruxelles ou Paris mais infranchissable vu de Skopje ou Athènes principalement parce qu’elle est historique et identitaire. Quelle est l´analyse européenne de ce problème et comment trouver un terrain d´entente ?

Le contentieux entre les deux pays doit se résoudre rapidement. Il y a un problème, il faut donc trouver une solution. Pour ce faire, il faut de la détermination, du courage et une volonté partagés.
Les outils existent : les auspices des Nations Unies, un médiateur et des négociateurs pour chacune des deux parties.
Tous les Européens attendent avec impatience une solution, un accord entre les deux pays. C’est l’intérêt de tous et le plus tôt sera le mieux.

3. Comment analysez-vous la situation politique en Macédoine et quelles sont vos attentes par rapport à ce pays ?

Avec une très large majorité parlementaire, le gouvernement du Premier ministre et son allié, le parti albanais DUI, ont une responsabilité essentielle. Les réformes, l’application des accords d’Ohrid, la qualité démocratique des prochaines élections de mars 2009 sont autant de chantiers dont ils ont la responsabilité.
C’est sur ces terrains que doit se concentrer l’action politique et que doivent se rassembler toutes les forces et énergies politiques. Ce qui est en jeu, c’est à la fois le destin européen, mais aussi la vie quotidienne de tous les citoyens.

4. Lors du dernier Conseil Affaires générales à Bruxelles, en répondant à une question en salle de presse sur le soutien de la France en ce qui concerne la libéralisation du régime des visas pour la Macédoine, vous avez déclaré que le pays frappe à la mauvaise porte, en somme qu´il faut régler le problème du nom avant toute chose. Est-ce que cela veut dire que même la libéralisation des visas pourra être bloquée tant que la question du nom n´est pas résolue ?

Bien sûr que non !
J’ai simplement rappelé une évidence : un règlement de la question du nom permettra d’aplanir beaucoup d’obstacles, et notamment partout où les décisions se prennent à l’unanimité comme c’est le cas à l’OTAN et sur certaines questions de l’UE. Pour autant, comme vous le savez déjà, l’objectif de libéralisation des visas est déconnecté de la question du nom. Votre intérêt, celui de la région, est de régler cette question. Pour autant, que les choses soient claires : la question du nom ne joue et ne doit jouer aucun rôle en matière de libéralisation des visas.
Vous avez réalisé des progrès évidents et importants, dont je veux souligner qu’ils vous placent en tête des pays des Balkans. La France est favorable à la libéralisation des visas. Cela suppose encore des efforts, et que les travaux menés dans ce but avec la Commission progressent. Mon souhait est clair, c’est que votre pays bénéficie rapidement de ce régime sans visas.

5. L´opinion publique en Macédoine, influencée par une grande partie de la classe politique, est convaincue que le pays a rempli toutes les conditions pour ouvrir les négociations d´adhésion mais que l´UE, consciente d´un veto grec si le problème du nom persiste, se justifiera toujours en parlant de manques de réformes. En somme, que l´UE mentira à la Macédoine parce qu´elle ne peut pas influencer Athènes ?

Ce n’est pas du tout comme cela que se présentent les choses.
La Commission a remis son rapport annuel début novembre. Elle a constaté les progrès réalisés, mais relevé aussi les réformes qui restent à accomplir dans de nombreux domaines. Elle a aussi souligné les lacunes démocratiques des élections législatives de juin dernier, comme le Bureau des institutions démocratiques et des droits de l’Homme l’avait lui aussi relevé dans son propre rapport.
L’évaluation de la Commission européenne est le résultat d’un long et minutieux travail. Les conclusions auxquelles est parvenu le Conseil à Bruxelles sont objectives et unanimes.
Je salue la manière responsable dont le gouvernement macédonien a accueilli l’évaluation de la Commission en déclarant vouloir en faire sa feuille de route. Il faut en effet se concentrer sur les réformes, associer toutes les forces politiques autour de l’objectif et conduire des élections irréprochables en mars 2009.
Je note d’ailleurs que le gouvernement a tiré des conclusions constructives du rapport de la commission en établissant un plan d’action de mise en oeuvre des recommandations de la commission. C’est la bonne attitude.

6. Vous connaissez bien la région. Suite aux blocages liés à la dispute avec la Grèce, pensez-vous que la Macédoine, pays avec presque 25% de population albanaise, faute d´avancées sur le chemin euro-atlantique, s´enfonce dans un isolement qui pourra, à moyen ou long terme, être néfaste pour le pays et pour la région toute entière ?

Il n’y a aucune raison de penser à un quelconque isolement. Votre perspective européenne est clairement tracée. Une énorme majorité de vos concitoyens la soutient, nous la soutenons depuis des années et les choses avancent. C’est à vous qu’il appartient de décider de la vitesse et de la direction. Nous vous attendons dans l’Europe.
Permettez-moi aussi quelques mots sur la région, car vous ne vivez pas sur une île. La région aussi progresse, elle se stabilise, elle se développe. A cet égard, les initiatives que vous avez prises vis à vis du Kosovo sont très positives. C’est l’intérêt de tous et de chacun de contribuer à la coopération régionale et à sa stabilité.

Dernière modification : 22/10/2014

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