Interview accordée au quotidien Dnevnik par Mme Laurence Auer le 27 mars 2013

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1. Vous êtes en Macédoine depuis peu, mais malgré ce moment court vous êtes déjà très active. Quelles sont vos connaissances actuelles sur la situation en Macédoine ?

J’ai souhaité, depuis mon arrivée il y a deux mois, multiplier les contacts avec toutes les sphères de la société macédonienne : bien entendu, les autorités de ce pays que je remercie pour leur accueil chaleureux, mais aussi, les membres de la société civile, les ONG, les universitaires, les représentants des médias, les personnalités du monde intellectuel, les professeurs d’université, les chefs d’entreprises.

Car la France est profondément liée à la Macédoine, il existe un tissu de relations exceptionnelles fait d’engagements et de projets concrets. Savez-vous qu’avec l’équipe de l’ambassade, nous avons par exemple développé des coopérations bilatérales dans des domaines aussi variés que la protection civile, la sécurité des stades, ou encore la prévention des risques chez les mineurs ?

Les montants consacrés par la France à ce maillage de coopérations multiples sont importants. Surtout, ils touchent directement un grand nombre de structures et de personnes : les acteurs sont concernés à travers la formation, l’expertise partagée, et le dialogue. Nous avons par exemple des jumelages entre 8 villes macédoniennes et 8 villes françaises sur la question de la gouvernance locale, avec comme priorités le tourisme, la gestion municipale ou l’environnement.

Depuis un mois, l’occasion m’a été donnée, à travers le « Printemps de la francophonie », d’aller dans les universités, les maisons de la culture, les musées, les écoles, et je suis frappée de la densité des contacts actifs qui se développent dans la durée. Il y a ainsi aujourd’hui 22 000 élèves dans les classes macédoniennes qui apprennent le français. Il ne s’agit pas dans la francophonie de « convertir au français », ou de lancer une guerre contre l’anglais. Il s’agit de participer à une ouverture des enfants sur les autres cultures, les autres langues et aussi, je l’espère, de s’amuser, comme nous le verrons samedi 30 mars dans le concours « vive la chanson française » dont le premier prix sera un voyage en France. Dans un monde globalisé, ce sera autant d’atouts pour les générations à venir.

2. Le premier tour des élections est passé, les observateurs internationaux ont évalué que c’était des élections calmes et se sont déroulé d’une façon efficace. À quel point de telles élections aideront la Macédoine dans le processus de l’élargissement ?

Le Conseil européen du mois de décembre, à l’unanimité, a donné un nouveau rendez-vous en juin pour discuter du dossier de l’élargissement.
C’est une chance et c’est aussi un signal, de la mobilisation et du travail nécessaire, dans des délais courts, pour reprendre la discussion sur la décision d’ouverture des négociations entre l’UE et ce pays.

Voici pour le contexte. Alors il était important que la crise politique soit surmontée et que le dialogue politique et les institutions fonctionnent, notamment les consultations électorales prévues.

La tenue des élections municipales se déroule actuellement, et comme mes collègues européens, je dirai que nous sommes soucieux qu’elles se déroulent dans le calme et selon les principes internationaux reconnus de tous. La venue de l’ODHIR a été souhaitée par tous, son processus d’observation est en cours. J’ajoute que nous sommes attentifs également à ce que la crise politique a révélé, à la situation par exemple des médias et sommes disponibles pour en discuter.

3. Peut-on attendre un rapport positif de la Commission Européenne le mois suivant ?

A chacun son rôle : la Commission européenne est chargée par les membres de l’Union de préparer ce rapport qui est annoncé pour la mi-avril, puis les Etats se réuniront au sein du Conseil pour en discuter. L’objectif est d’aboutir, dans des délais très brefs, car je le rappelle, d’ici le mois de juin, le temps est compté, à une décision consensuelle.

Je le rappelle car il faut bien comprendre qui fait quoi entre la Commission européenne, qui mène le Dialogue à Haut Niveau depuis le 15 mars 2012, le Parlement européen, et le Conseil européen qui est l’instance finale de décision d’un processus qui implique les responsables nationaux de tous les pays.

De façon générale, le débat sur l’Europe et ses institutions me paraît un sujet important de discussion, pour éviter les idées fausses et approfondir dans ce pays la connaissance précise de la situation, politique, économique et sociale de l’UE, pour sortir d’une idée statique et figée des institutions européennes.

L’Institut français a ainsi lancé un cycle de discussion sur « les conséquences de la crise de la dette sur l’Europe et l’euro », dont la prochaine étape aura lieu à la faculté d’économie de Skopje le 18 avril sur une question cruciale, qui pèse sur le processus d’élargissement.

On le voit aujourd’hui avec la situation à Chypre, qui pèse sur l’ensemble de l’Union. Il faudrait poursuivre ce type de débats dans les universités et les think tanks, et en partenariat avec les autres partenaires européens qui le souhaitent. Nous le faisons déjà régulièrement avec l’Allemagne et c’est très utile.

4. Quelles sont selon vous les chances, d’avoir une date de négociations en juin, partant des accomplissements fait ou bien pensez-vous qu’il faut attendre une solution pour le nom ?

Les conclusions du Conseil européen du mois de décembre sont une opportunité, la possibilité de rediscuter, dans un calendrier court, du processus d’intégration de ce pays dans l’UE.
Une occasion d’avoir une nouvelle évaluation, en cours, de la Commission, et une vision régionale des choses puisque la discussion porte sur tous les pays des Balkans occidentaux avec lesquels l’Union européenne a un accord.
Alors, à ce stade je rappelle les enjeux de l’évaluation du pays : l’état de droit et le dialogue politique, l’état des réformes, les relations de bon voisinage.

5. Une solution de compromis est elle possible, c’est-à-dire un début de négociations et ouverture des deux chapitres clés sans accord pour le nom ?

Le Conseil européen a clairement énoncé les termes des progrès qui sont attendus en juin. Ces progrès sont nécessaires, ils sont attendus. Il serait dommage de laisser passer ce moment important

Comme c’est remarqué et noté en Macédoine, il y a une mention qui est importante et qui figure dans les conclusions. Elle mentionne qu’il faut atteindre une solution mutuellement acceptable pour les deux parties concernées, sous l’auspice des Nations Unies, sur la question du nom.

Comme vous le savez, la France a toujours appuyé la Macédoine dans son processus d’intégration européenne et aujourd’hui, il est dans mon rôle de remettre les termes du Conseil européen en évidence, car le Conseil a été très explicite en décembre.

La France a toujours souhaité œuvrer pour trouver un consensus. Nous l’avons fait lors du dernier Conseil européen et nous souhaitons continuer à appuyer le pays dans son processus d’intégration européenne jusqu’au mois de juin. Je le redis : Il serait dommage de laisser passer ce moment que nous considérons comme important.


6. La perception de la France en Macédoine est qu’elle n’est pas un grand soutien de son intégration à l’UE. Peut-on améliorer cette image ?

Le mandat que j’ai reçu du Président de la République, M. François Hollande, au moment de ma nomination comme ambassadrice en Macédoine, est double : j’ai la tâche d’appuyer le pays dans son intégration européenne et d’accompagner la coopération bilatérale.

Mon mandat comporte donc cette double exigence et je veux réaffirmer le rôle de mon pays en ce sens. Toute autre perception, ou impression donnée, j’espère bien pouvoir la changer et montrer que mon pays travaille sincèrement aux côtés du vôtre pour aboutir dans ce processus.


7. Ces dernières années il y a eu une seule visite de haut niveau, la rencontre du Premier Ministre Nikola Gruevski avec le président Nicolas Sarkozy. Pourquoi n’y a-t-il pas eu de contacts de haut niveau ?

Bien sûr, il faut que nous travaillions sur l’organisation de rencontres de haut niveau. Les consultations bilatérales ont lieu tous les ans. Mais il y a eu un changement de gouvernement en France, et l’arrivée du nouveau président de la République, François Hollande. Je sais que le manque de contacts de haut niveau a été remarqué et je dois y travailler.

Dernière modification : 14/05/2013

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