Intervention au Parlement macédonien du Secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, M. Harlem Desir [mk]

Madame la Vice-présidente de la Commission des affaires européennes,
Mesdames et Messieurs les membres des commissions des affaires étrangères et des affaires européennes,
Mesdames et Messieurs les députés,

C’est à la fois un grand plaisir et un réel honneur de pouvoir m’adresser à vous aujourd’hui. Je tenais absolument à pouvoir organiser ce moment d’échange avec vous, pour ma première visite officielle à Skopje. Je suis venu accompagné par M. Philippe Duron, un ami de la Macédoine, que beaucoup d’entre vous connaissent pour son engagement en faveur de l’amitié entre la France et votre pays. Député du Calvados, en Normandie, il est en effet président du groupe d’amitié France-Macédoine. Je suis également accompagné de l’Ambassadeur de France en Macédoine, Mme Laurence Auer, et d’une délégation du ministère des affaires étrangères.

Je suis heureux qu’après l’accord extrêmement important obtenu d’abord le 2 juin, puis le 15 juillet, et au lendemain du retour des députés du SDSM au Parlement, cette réunion peut se tenir dans la configuration d’aujourd’hui. Cela lui donne un caractère exceptionnel. Et je tiens à remercier toutes celles et ceux qui ont rendu ce moment d’échange possible, notamment vous, Mme la Vice-présidente.

Au cours de mes entretiens avec les membres du Gouvernement, comme devant vous, je souhaite rappeler l’engagement de la France en faveur de l’intégration européenne de la Macédoine et de l’ensemble des Balkans occidentaux. Cet engagement, c’est celui que la France a exprimé dès le Sommet de Zagreb, en 2000, en soutenant la perspective d’adhésion des pays de la région.

C’est avec la conviction que l’Europe ne sera réunifiée que lorsqu’elle compterait les Balkans en son sein que le Président de la République, M. François Hollande, a participé, en juillet 2013, à la relance du processus de Brdo, et que nous allons accueillir, l’an prochain, à Paris, une conférence sur l’avenir des Balkans occidentaux, après les conférences qui se sont tenues à Berlin et à Vienne.

Si parfois en Macédoine ou dans la région, les opinions publiques peuvent avoir le sentiment que l’Union européenne et ses États membres ne sont pas assez présents, qu’ils sont trop exigeants, qu’ils tardent à tenir leurs promesses, je veux ici rappeler la force de l’engagement de la France, la profondeur de nos liens et l’importance de la coopération qui nous lie, marquée dans l’histoire par les accords d’Ohrid, par le rôle de plusieurs personnalités comme Robert Badinter, François Léotard, ou encore le diplomate Alain le Roy. Nous sommes résolument à vos côtés, pour un avenir européen commun.

Ma visite intervient alors qu’un accord a été passé entre les 4 principaux partis du pays, et grâce à la médiation du Commissaire européen Johannes Hahn. Je sais que les discussions des groupes de travail se poursuivent, que le calendrier est serré et les enjeux de taille. Mais il faut tenir ce calendrier, pour que les élections anticipées, prévues pour le 26 avril 2016, se déroulent dans un climat apaisé, dans de bonnes conditions juridiques, techniques et politiques, pour que le pays sorte définitivement de la crise politique.

Mais une chose doit être claire : la mise en œuvre intégrale par l’ensemble des parties des engagements pris dans le cadre de cet accord est une nécessité. Vous en êtes plus conscients que quiconque : un pays ne peut pas fonctionner sans Parlement qui approuve les lois, avec des procédures agréées entre partis de l’opposition et de la majorité.

C’est pourquoi je voudrais dire à quel point je mesure la responsabilité historique qui est la vôtre, que vous avez saisie en acceptant de travailler ensemble de nouveau, pour que la Macédoine se remette sur le chemin de l’Europe.
Je mesure bien les difficultés, et notamment la révision de la liste électorale, la mise en place de la commission de surveillance des écoutes de la commission d’enquête, la désignation du procureur spécial – c’est sans doute, d’ailleurs, la première des étapes importantes à franchir, d’ici au 15 septembre ; je sais que c’est votre volonté. Ce point est observé par toute l’Europe ; il sera un élément test dans la mise en œuvre de l’accord du 15 juillet. L’enjeu est important pour votre pays, comme pour l’ensemble de la région et de l’Union européenne.

J’arrive dans votre pays à un moment où il est confronté à la crise des migrants. La route des Balkans, comme on la désigne maintenant, est devenue la plus importante pour ces réfugiés, qui fuient les guerres, les persécutions, après être arrivés par la Méditerranée, le plus souvent, sur les côtes européennes. Beaucoup d’entre eux ont accosté en Italie avant l’été. Ils arrivent désormais, de plus en plus, par la Grèce, passent en Macédoine, en Serbie, pour essayer de rejoindre l’Union européenne.

Vous avez à faire face à une crise d’une gravité et d’une ampleur sans précédent, pour laquelle la solidarité européenne sera nécessaire. Le Commissaire européen Stylianides a annoncé que la Commission européenne débloquerait des fonds d’un montant de 1,5 million d’euros.

Mais il faudra probablement une aide beaucoup plus importante sur le plan de la coopération technique, et pour que ces hommes et ces femmes en détresse soient traités de façon humaine, pour que ceux qui aient droit à une protection internationale et à l’asile se voient accorder le statut de réfugiés et soient accueillis dans l’ensemble des pays de l’Union européennes, grâce à une répartition solidaire.

Des centres d’enregistrement, des « hotspots », doivent être mis en place en Grèce, pour que les immigrés économiques, qui n’ont pas le droit au statut de réfugié politique, puisse retourner dans leur pays dans le cadre d’un accord avec leur pays d’origine.

La coopération avec les pays d’origine est importante. Il y aura un Sommet organisé à La Valette, au mois de novembre, pour dialoguer avec les pays d’Afrique de ce sujet. Il y a urgence. Il y aura également un Sommet sur la situation de l’immigration dans les Balkans qui se tiendra d’ici la fin de l’année pour pouvoir faire face ensemble à ces défis.

Sur ce plan aussi, puisque vous avez à fournir une aide humanitaire, à faire face à des difficultés objectives à la frontière, l’Union européenne et la France seront tout à fait mobilisées à vos côtés.

Cette crise montre qu’il n’y a pas d’alternative à la perspective européenne. Pour des raisons de stabilité, de sécurité, de solidarité, il est absolument clair que nous devons travailler à ce que la Macédoine soit demain un pays membre de l’Union européenne.
Cela supposera que beaucoup de questions soient de nouveau discutées avec nos partenaires, pour la question du nom, avec vous-mêmes, mais aussi avec le Gouvernement de la Macédoine, qui sera renouvelé après les élections du mois d’avril. Cela suppose que nous discutions des réformes, de l’état de droit, de l’indépendance de la justice.

C’est une nécessité pour la Macédoine, une attente très forte des citoyens, mais c’est aussi un impératif pour emprunter le chemin de l’Europe, au bout duquel il y a l’adhésion à l’Union européenne. La France sera très mobilisée pour vous aider dans ce travail que vous avez entrepris.

Je vous remercie.

Dernière modification : 04/09/2015

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