Interview à "Fokus" de M. Jean-Paul Dispans, commandant de police [mk] [sq]

Dans son entretien à « Fokus », le Commandant de police Jean-Paul Dispans aborde la lutte contre le hooliganisme, la formation qu’il a dispensée au profit d’intervention et de la police macédonienne.

La violence des supporters de Tetovo n’aurait pas connu
un tel débordement en France,
la police n’a pas réagi de manière appropriée !

INTERVIEW
M. Jean-Paul Dispans, commandant de police, depuis juin 2012 - est Adjoint au Chef de la division nationale de lutte contre le hooliganisme. L’unité est en charge de suivre les phénomènes de hooliganisme lors de compétitions sportives. Elle existe depuis plus de 10 ans et relève de la direction centrale de la sécurité publique en France. Monsieur Dispans est venu en Macédoine pour réaliser une formation au profit de la police macédonienne sur la lutte contre le hooliganisme.

Par : Jordanco CVETANOSKI

FOKUS : Il y a dix jours en Macédoine, des groupes de supporters se sont comportés violemment à Tetovo. Selon vous, l’intervention de la police macédonienne était-elle satisfaisante ?

DISPANS : J’ai entendu parler de cet événement alors que je dispensais une formation sur ce thème. Ce qui s’est passé à Tetovo, peut se produire dans d’autres pays. L’euphorie peut donner lieu à des débordements. Dans le cas concerné communauté albanaise a organisé un événement ce qui semble avoir déplu à la communauté slave. Cela aurait pu être l’inverse. Ce type de situation est toujours délicat et peut échapper à tout contrôle. Des motifs à première vue anodins peuvent servir de prétexte à d’autres fins. Lorsque l’évènement s’est produit, la police locale a semble-il été surprise et a tardé à réagir. Il ne faut banaliser ce type de situation, mais il est aussi important de prendre suffisamment de recul. Dans ce cas, l’intervention doit être mesurée. Il est important d’établir le dialogue, sans pour autant faire preuve de faiblesse si la situation l’exige y compris procéder à des interpellations, placer des individus en garde à vue si nécessaire.

FOKUS : Des incidents arrivent lors d’événements sportifs en Macédoine. Selon vous, la police macédonienne est-elle suffisamment préparée pour faire face à de tels problèmes ?

DISPANS : En ce qui concerne les difficultés qui peuvent surgir d’un côté ou de l’autre, la première réaction est de prendre la bonne mesure de ce qui se passe pour pouvoir bien réagir. La police macédonienne est prête. Une fois le problème identifié, il faut trouver la méthode appropriée pour faire face à l’événement. La police macédonienne montre quotidiennement sa capacité à veiller sur la sécurité des citoyens. J’ai échangé durant tout mon séjour avec des collègues Macédoniens et ils m’ont donné l’impression de grands professionnels. Nous avons échangé sur ce qui est possible de faire en particulier pour éviter ce type de débordement à l’avenir. Il s’agit essentiellement de travailler sur la prévision et la recherche d’information. Nous connaissons à l’avance les évènements sportifs grâce à l’existence de calendriers et d’identifier ceux qui sont à risques, ce qui doit nous permettre de planifier nos interventions. Dans de nombreux endroits, des groupes de supporters parfois sont liés, soit à des mouvements politiques ou à des groupes ethniques. C’est ainsi que sur un territoire où sont réunies deux communautés, les réactions peuvent être vives. Les informations recueillies par des services de renseignements nous aident à connaître l’ambiance au sein d’un groupe de supporters. Grâce à ces informations, nous pouvons anticiper d’éventuelles violences et mieux nous organiser pour empêcher ces groupes de supporters de faire appel à la violence.

FOKUS : Comment ces groupes devraient-ils être gérés ? Quelle serait la réaction de la police française dans un pareil cas ?

DISPANS : Il est très important d’être en contact permanent avec les groupes de supporters pour mieux les connaître. Il arrive toutefois, que certains individus adoptent des comportements imprévisibles. Il faut toujours rechercher le dialogue d’une manière bienveillante et prévenir les réactions des supporters. Un tel évènement ne se produit aujourd’hui que rarement en France. Au mieux, les problèmes auraient été évités et nous aurions tout mis en œuvre pour en limiter les conséquences.

Lorsque cela s’est produit, la police locale n’a pas pu réagir de manière appropriée. Il ne faut pas banaliser l’événement, mais il ne faut pas dramatiser, non plus.
Dans cette situation nous déployons des unités sur le terrain en amont. Ainsi, l’intervention de la police est immédiate. Nous ne sommes cependant pas infaillibles et nous ne pouvons pas toujours prévoir certains évènements. Nous apprenons cependant de nos erreurs.

FOKUS : Les forces de police ne peuvent pas garder en permanence la situation sous contrôle. Si les services intervenants échouent, que ce passe-t-il ?

DISPANS : Si cela se produit, nous réagissons de manière proportionnelle. La première tâche de la police est d’assurer la sécurité des citoyens. Quelle qu’en soit la raison, dès qu’il y a un débordement, la police est là pour rétablir l’ordre. Si nous constatons des violences et si ces actes sont considérés comme des infractions ou des crimes, nous diligentons une enquête et procédons à des arrestations. En toute neutralité nous recherchons la responsabilité des parties impliquées et agissons conformément à la loi.

FOKUS : La Macédoine est en crise politique depuis longtemps. En quoi la situation politique peut-elle influencer la tenue des événements sportifs dans le pays ?

DISPANS : Je ne me prononcerai pas sur la situation politique en Macédoine, mais toute situation politique peut avoir une influence sur le comportement des individus. Nous avons des groupes en France affiliés à des mouvements extrémistes et l’idéologie de ces mouvements peut affecter le comportement des supporters.

FOKUS : Comment gérez-vous les supporters qui provoquent des problèmes en France ? Avez-vous un mécanisme spécial pour les éduquer afin d’éviter ce genre d’évènements ?

DISPANS : C’est très ambitieux de vouloir éduquer les supporters. La priorité consiste à mettre en place un dialogue avec les supporters. La France, a mis en place depuis deux ans un référent supporter dans chaque club de ligue 1 et de ligue 2 en charge de communiquer avec l’ensemble des acteurs impliqués dans l’organisation des rencontres sportives. Il peut être issu d’un groupe de supporter du club ou d’une autre origine, salarié ou bénévole.

JEAN PAUL DISPANS, COMMANDANT DE POLICE
En France, il existe une Instance Nationale du Supportérisme, rattachée au ministère des Sports dont le ministre des Sports est le président. Au sein de cette institution le ministère de l’Intérieur et de la Justice sont représentés. Cette instance peut être saisie et consultée sur tous les sujets concernant les supporters. Au sein de cette institution, nous nous rencontrons régulièrement pour discuter de sujets qui concernent les supporters, l’idée étant d’établir un dialogue avec les groupes de supporters. Il est difficile de faire communiquer des groupes opposés. Nous cherchons à nouer un dialogue, accepter qu’il existe des opinions différentes et qu’on peut les respecter.

FOKUS : Quel est votre message aux « Balistes » et aux « Ducs » ?

DISPANS : On ne peut pas forcer les gens à parler et à communiquer entre eux. Il nous faut essayer d’y parvenir à l’aide des clubs. C’est un vrai travail de fond.

Dernière modification : 02/12/2018

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