Interview au journal macédonien de langue albanaise Koha [mk] [sq]

Au cours de cet entretien, de nombreuses réponses ont été apportées par l’ambassadeur aux grandes questions qui agitent l’opinion macédonienne.

L’ambassadeur a accordé le mercredi 25 avril une interview au journal macédonien de langue albanaise « Koha ». Au cours de cet entretien, de nombreuses réponses ont été apportées par l’ambassadeur aux grandes questions qui agitent l’opinion macédonienne telles que le bilan de l’agenda 3-6-9, les réformes prioritaires à mettre en œuvre par le gouvernement dans l’optique de l’intégration européenne de la Macédoine ainsi que les négociations relatives au différend sur le nom. L’interview a également été l’occasion pour l’ambassadeur d’évoquer la richesse culturelle du pays due à sa diversité et de saluer les efforts réalisés en termes de coopération bilatérale dans le domaine éducatif.

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1. KOHA : Monsieur l’Ambassadeur, le gouvernement actuel a déjà accompli une année complète de gouvernance. L’agenda 3-6-9 a été présenté dès la création de ce gouvernement. Comment voyez-vous la réalisation de ce plan, ou plus précisément : qu’est-ce qui a été réalisé et qu’est-ce qui a été en état de stagnation ?

1. Le nouveau gouvernement avait promis un nouveau climat de réformes :la promesse a été tenue. L’agenda formalisait un programme ambitieux qui a été préparé de façon intensive, parfois agitée, mais dans l’ensemble très ouverte et transparente. Les principaux points ont été couverts même si du retard a été pris dans l’adoption parlementaire. Les groupes de travail, malgré de fortes divergences, ont travaillé malgré le boycott motivé par l’arrestation de députés de l’opposition, et le travail de discussion et d’amendement, essentiel pour parvenir à la majorité des deux tiers, indispensable à l’adoption de textes fondamentaux, selon la Constitution a été effectué. Les premières lois ont ainsi été adoptées la semaine passée et il conviendra que ce processus se poursuive afin que le chemin qui s’ouvre vers la levée des conditionnalités pour l’ouverture des négociations d’adhésion puisse être pleinement justifié.

2. KOHA : "Réforme" est le mot qui caractérise ce gouvernement. En tant que représentant d’un État de tradition démocratique très ancienne, pouvez-vous nous dire qui sont ou devraient être les premières réformes dont la Macédoine aurait besoin ?

2. Les réformes urgentes et prioritaires ont été énumérées par les autorités européennes et ont donné lieu à l’agenda 3-6-9. Cet agenda a été porté avec une grande force de conviction dans nos capitales par le vice premier-ministre M. Bujar Osmani, dont les efforts méritent d’être salués par tous. Il est clair que c’est la restauration ou l’instauration d’un État de droit qui correspond aux chapitres 23 et 24 de la future négociation. Il est clair que cette dimension sera au cœur des discussions et des déclarations sur les Balkans Occidentaux lors du prochain Sommet européen de Sofia. A l’égard des réformes, cette notion recouvre deux réalités, l’une toujours bien prise en compte par la Commission, qui est le travail législatif indispensable, lui-même se composant d’une phase préparatoire par les experts et une phase d’adoption par les parlements. L’autre est l’application sur le terrain qui a donné lieu à de sérieuses déceptions, notamment dans le domaine de la justice ou de la dérive de « partitocratie ». Ce dernier point est suivi avec attention par nos opinions publiques. Elles s’inquiètent de dérives « illibérales » dans certains pays d’Europe centrale et orientale qui pose la question de notre communauté de valeurs démocratiques. Il existe désormais dans nos opinions comme à Bruxelles une certaine prudence face à un processus qui se bornerait à constater que les « cases ont été cochées ». L’enracinement d’une pratique démocratique et de l’État de droit, le combat effectif contre la corruption ou la fin d’un système de dévolution des emplois sur la base de l’appartenance aux partis seront réclamés avec beaucoup plus d’insistance.

3. KOHA : Votre commentaire sur la position française exprimée le lundi 17 avril par le Président de la République au Parlement européen sur l’élargissement de l’UE vers les Balkans Occidentaux ?

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3. La France se réjouit des progrès accomplis par les nouvelles autorités macédoniennes, toutefois certaines questions cruciales doivent être traitées préalablement à tout élargissement, notamment la question de l’adaptation du fonctionnement de l’UE aux nouveaux défis qui lui sont posés. L’UE doit être refondée, notamment en termes de convergence des politiques fiscales et sociales, en matière de souveraineté écologique, numérique ou de défense, pour prétendre être en mesure d’accueillir de nouveaux membres dans de bonnes conditions. Les progrès constatés permettront le moment venu d’envisager de façon efficace l’intégration européenne des pays des Balkans Occidentaux. Ces deux démarches de réforme, au niveau de l’UE et au niveau des pays des Balkans Occidentaux, ont vocation à se rejoindre mais l’une ne va pas sans l’autre. Nous avons tous du travail qui nous attend chez nous, les yeux fixés sur notre horizon commun.

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4. KOHA : La justice, selon le dernier rapport de l’Ombudsman, reste sélective. Le Comité d’Helsinki a également eu des remarques. La loi sur les tribunaux et les procureurs n’a pas encore été approuvée, alors que le Comité de surveillance de la justice, initialement créé par le ministère de la Justice, ne fonctionne pas. Actuellement, le Premier ministre a formé un conseil similaire, tandis que l’ancien ministre de la Justice a démissionné, accusant de manque de professionnalisme et de décisions sélectives dans l’ensemble de la chaîne juridique ! Qu’est-ce qui ne va pas dans toute l’histoire du système juridique du pays ?

4. Le secteur de la justice est celui qui a attiré le plus de critique de la part du public, tous partis politiques confondus, avant même les changements, y compris de la part de l’Union Européenne ; On ne peut donc s’étonner que ce soit le secteur qui demeure aux yeux de l’opinion le plus problématique. J’ajouterais que, même en France, avec sa très ancienne tradition démocratique, c’est le secteur qui suscite le plus de critiques et de débats. Il touche aux intérêts quotidiens économiques, familiaux etc. mais aussi reflète les relations dans la société et sa capacité à admettre une résolution des conflits dans un cadre accepté en commun. C’est encore plus ardu dans une société où s’ajoutent aux divisions partisanes des séparations voire des fractures communautaires. Si on y ajoute les difficultés d’une alternance politique et les voix retrouvées de la société civile, on comprendra que cet épisode ne soit pas le plus aisé pour les nouvelles autorités qui ont hérité d’une justice en très piètre état. Une tâche immense attend le nouveau ministre. Il aura à cet effet tout notre soutien bilatéral, dans la continuité de celui que nous avons apporté à l’Académie des Juges et Procureurs, l’une des rares institutions à avoir recueilli le satisfecit de Bruxelles, mais dont l’action devrait être amplifiée et encore approfondie. Nous avons à préparer l’avenir en prenant garde de nous perdre dans les querelles de personnes et de partis. Cette impartialité est le premier pas vers la justice efficace et impartiale qui est attendue de tous. En dehors de la justice elle-même, une attention particulière devrait être apportée au système carcéral macédonien qui, comme l’a constaté courageusement le Premier Ministre Zaev, est dans un piètre état et porte en lui des risques considérables. Un chantier considérable pour une justice équitable et égalitaire est celui de la compatibilité et de la cohérence des éléments de système continental européen et de système anglo-saxon : ce point mérite un examen attentif dans la perspective de l’intégration européenne et d’une justice qui ne favorise pas « les riches et les puissants ».

5. KOHA : Au cours des dernières années, vous êtes parmi les ambassadeurs les plus actifs aux entretiens avec les médias et vous êtes impliqués dans les débats sur les droits des médias et les services audiovisuels. Comment voyez-vous les deux lois, dont l’une fait déjà partie du débat au niveau des commissions parlementaires ? Comment devrait-on faire des réformes dans les médias, car même les ONG qui traitent les questions des médias ont des accusations selon lesquelles, le gouvernement actuel, comme le gouvernement précédent, contrôlerait les médias ?

5. Le domaine des media est sans conteste celui où un esprit nouveau est ressenti. J’ai pu le constater en réunissant des personnalités des médias de tous horizons autour de mon compatriote et ex ministre des affaires européennes désormais en charge de la liberté des media à l’OSCE, M. Harlem Désir. Ce sentiment d’une nouvelle respiration était unanime, même si tant s’en faut, pour des raisons économiques ou de culture politique, la situation n’est pas parfaite. Il y a eu une discussion forte avec le gouvernement, à laquelle ont participé l’Union Européenne et les associations professionnelles qui est parvenu à un résultat législatif considéré comme équilibré. Seule la pratique nous montrera, comme pour toutes les réformes, s’il y a une véritable liberté et si les journalistes comme les forces politiques et économiques sont prêts à jouer le jeu de l’indépendance et de l’information impartiale du public. Il ne s’agit pas d’éviter que les journalistes soient intimidés, battus ou achetés, mais de voir quels filtres peuvent être mis sur les « fake-news » destinées à manipuler l’opinion, quel est le financement de nouveaux media qui surgissent parfois avec des fonds inconnus et dans quel intérêt. La question du pouvoir économique est aussi cruciale : on court toujours le risque de voir des propriétaires de médias privés tourner casaque et donner les mêmes consignes de docilité quel que soit le gouvernement, et il faut beaucoup de vertu à un gouvernement pour rejeter ces comportements quand il ne les suscite pas. Un chantier considérable s’ouvre pour la réforme de la radiotélévision publique : il devra à la fois recréer un vrai service public et éviter de créer une nouvelle bureaucratie. On me dit que beaucoup reste à faire pour la formation des jeunes journalistes, afin de passer parfois du militantisme au professionnalisme de l’information. De fait c’est tout une culture politique très divisée qui doit adopter dans le secteur de l’information une éthique commune et un certain sens de l’intérêt général, II conviendra du côté européen de ne pas abandonner trop rapidement, me semble-t-il, ce secteur, erreur qui a été commise, je pense, dans d’autres pays candidats de la région, avec un effet négatif sur la corruption et l’enracinement d’une démocratie libérale.

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6. KOHA : Monsieur l’ambassadeur, la Macédoine et la Grèce ont déjà entamé des négociations intensives sur le règlement du différend relatif au nom. Nous rencontrons tous les jours des indications ou des déclarations des deux côtés. Enfin, le Premier ministre Zaev s’est dit optimiste, alors qu’en Grèce on rapporte un état de pessimisme. Croyez-vous à une solution rapide de la question du nom de la Macédoine ?

6. La France souhaite vivement, comme vient de l’exprimer notre ministre des affaires étrangères M. Le Drian à son homologue macédonien, qu’une solution soit trouvée, dans le respect mutuel de l’histoire et des identités de chaque pays et de chaque peuple. De grands pas ont été franchis par les premiers ministres Tsipras et Zaev. Nous les encourageons à garder la même vision d’hommes d’État. On comprend toutefois qu’ils doivent tenir compte de leur opinion publique, de leurs équilibres politiques et du poids de l’histoire comme de celui des mentalités. Nous avons bien sûr en tête l’exemple franco-allemand. Un point commun est qu’il a reposé sur un certain volontarisme et une capacité à comprendre l’autre. L’autre point à méditer est qu’après trois guerres franco-allemandes en moins de cent ans, personne n’aurait cru raisonnablement à un moteur franco-allemand de la construction européenne. Il y a un slogan des étudiants de 1968 à garder à l’esprit : « Soyez réaliste, demandez l’Impossible ». Ajoutons qu’en diplomatie, aucun effort n’est jamais perdu. Aujourd’hui ou demain, il portera ses fruits.

7. KOHA : La stratégie de la Commission européenne pour les Balkans occidentaux prévoit que la Macédoine, après 2025, serait peut-être prête pour l’adhésion à l’UE. Quels sont les principaux points que la Macédoine doit remplir et que devrait changer la société pour faire partie de la grande famille européenne ?

7. Il est toujours imprudent de donner des dates, mais on doit se donner des objectifs pour mobiliser les sociétés ! Il n’y aura pas d’automatisme, et chaque pays sera jugé sur ses mérites et ses efforts. La Macédoine doit se préparer à un long chemin et à secouer les habitudes de certains. La disparition du système de distribution des emplois par les partis politiques sera certainement une condition de la réussite du processus, ainsi que l’efficacité du système démocratique et la lutte contre la corruption seront des critères objectifs pour juger du succès réel des réformes. Pour finir, ce sont les parlements ou les citoyens des États-membres qui devront approuver l’entrée des nouveaux États-membres. Il reste beaucoup à faire pour que toutes les opinions publiques considèrent que l’adhésion des États des Balkans Occidentaux considèrent que leur adhésion est un atout. Ils y réussiront mieux en suivant les chemins concrets de la Stratégie de la Commission, en développant les relations et les coopérations avec les pays de la région. Il faut que nos opinions voient les Balkans non plus comme un danger mais comme une opportunité. On est prêt à vous en donner les moyens mais à vous de jouer !
Pour être concret, le défi de l’éducation et le rapprochement des jeunesses me semble un grand défi à relever et mériter un investissement particulier. Rien n’est plus dangereux pour toutes les communautés que ce départ des jeunes. Nous ne voulons pas intégrer des déserts !

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8. KOHA : Récemment, vous avez eu deux déclarations publiques que les Albanais n’ont pas bien prises. Le vice-Premier ministre chargé des affaires européennes, M. Bujar Osmani, a également réagi par une déclaration publique. L`opinion publique interprète vos déclarations de la manière suivante : que selon l’ambassade de France, la loi sur les langues n’est pas une priorité de l’UE, bien que c`est une loi très importante pour la communauté albanaise en Macédoine ! Que pensez-vous vraiment de la loi sur les langues ?

8. Ces déclarations, je le savais, n’étaient pas faites pour être populaire, mais à quoi bon déverser du sirop diplomatique ? Le Commissaire Hahn avait tenu ces propos sur les priorités, qui relèvent du point de vue européen. Le point de vue albanais est autre, ce qui est légitime. J’ai mentionné pour ma part plus haut les retards sur l’adoption des lois prioritaires pour votre agenda européen. Cet épisode n’a pas accéléré leur adoption, le moins qu’on puisse dire et n’a pas donné la meilleure image du parlement. La situation est désormais bloquée : c’était un risque prévisible. Je vous laisse réfléchir en conscience si une autre manière de procéder n’aurait pas été préférable au lieu de l’engrenage qui a suivi. Mais c’est désormais une affaire à régler, calmement et raisonnablement, entre Macédoniens, au mieux de l’unité nationale et du respect des communautés, comme elle aurait dû l’être depuis le début. Un avis juridique extérieur comme celui de la Commission de Venise pourrait y aider.

9. KOHA : Il y a deux semaines, la Macédoine a rejoint les nombreux pays européens et a destitué un diplomate russe, concluant qu’il avait violé la convention diplomatique de Vienne. Cette décision a été suivie par la réaction immédiate de l’ambassade de Russie et du ministère russe des Affaires étrangères. A quel point la Macédoine pourrait être menacée par les "tendances russes" ?

9. Les événements de Salisbury où deux personnes ont été empoisonnées dans des circonstances particulièrement odieuses a soulevé une émotion considérable. Les autorités britanniques ont réagi par des mesures d’expulsion de personnels diplomatiques, suivies et imitées par plusieurs de leurs alliés qui entendaient marquer ainsi leur solidarité et marquer que certains comportements étaient inacceptables pour entretenir des rapports internationaux normaux. Il faut espérer que cette réaction très vive et unitaire, sera entendue par qui doit l’entendre. Un grand pays avec une tradition diplomatique séculaire et qui aspire, à juste titre, à participer pleinement à une société internationale stable, doit, même dans des zones grises de l’action extérieure, respecter un minimum de règles. Cela est vrai à Salisbury comme ailleurs. Faute de quoi, il s’expose à des rétorsions et des dommages difficilement réparables en termes d’image. Le président Macron en accueillant à Versailles le président Poutine avait passé ce message, en marquant sa désapprobation contre certaines actions inamicales durant nos dernières élections présidentielles. Pour l’heure, le dialogue se poursuit : personne n’a rien à gagner à une escalade, et surtout pas cette région fragile, qui n’a que trop souffert des dissensions internes mais aussi des rivalités internationales. Trouver une relation saine et équilibrée avec la Russie hors d’une rhétorique de guerre froide est d’intérêt mutuel.

10. KOHA : Quelle est votre position en tant qu’ambassadeur, ainsi que celle de l’ambassade que vous représentez, en ce qui concerne les attaques des États-Unis, de la Grande-Bretagne et de la France en Syrie, contre les cibles du régime d’Assad ?

10. La France a répondu à une situation particulière et d’urgence. La décision en a été prise il y a plus d’une semaine, à titre national, et a recueilli cette fois l’appui de nos alliés avec lesquels nous nous sommes étroitement coordonnés, en prenant en charge pour notre part l’un des trois objectifs liés à cette attaque chimique illégale de la part de Damas. La Syrie avait pris en 2013, y compris sous la pression de la Russie, des engagements internationaux pour renoncer à des armes chimiques prohibées par la communauté internationale. Ces armes ont été employées une nouvelle fois la semaine passée à Idlib, dans des conditions qui engagent, selon des informations vérifiées, la responsabilité des autorités syriennes. Le régime syrien et son allié russe avaient été informé des risques encourus, la violation de la Résolution du Conseil de Sécurité des Nations-Unies, adoptée avec l’appui de la Russie prévoyant l’utilisation de la force en cas de violation. Il s’agissait aussi de réagir à un blocage devenu dernièrement systématique de la part de la Russie à un contrôle efficace de cette situation. Le président de la République a fait état du souci de la France d’éviter toute escalade avec la Syrie et la Russie mais de relancer un processus diplomatique auquel la Turquie, l’Iran et l’Arabie pourraient se joindre. Dès la fin des frappes, nous avons fait circuler un projet de résolution du Conseil de Sécurité. Celui-ci pour la première fois depuis sept années que dure ce terrible conflit, les aspects chimiques mais aussi d’accès humanitaire et de résolution politique du conflit sont abordés plus que jamais, la France est attachée à une solution politique et multilatérale en Syrie.

11. KOHA : M. l`ambassadeur, la culture est un élément important qui témoigne de l’émancipation de la société. Quelle est la contribution de la France vis-à-vis de la Macédoine dans ce domaine ?

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11. Créer une culture partagée dans la connaissance et le respect des cultures et des langues qui composent l’Europe sera, autant et plus que la monnaie commune, la pierre de touche de la réussite de la construction européenne. On sait l’engagement de notre pays en faveur de la diversité culturelle contre les pièges d’une culture unique et destructrice des particularités. Il se traduit par une présence active en Macédoine. Nous sommes fiers de notre centre culturel de Skopje qui date de 1974 et du travail de nos Alliances de Bitola et de Tetovo. Une dizaine de lycées abritent des filières bilingues qui offrent d’excellents débouchés et des bourses dans nos universités. Nous devons toutefois retrouver plus d’albanophones pour profiter de ces filières et nous discutons activement de ce point avec votre très actif vice-ministre de l’Education, M. Arber Ademi, un Européen convaincu. Il y a beaucoup de talents à valoriser ici, mais qui doivent trouver les outils de leur promotion, et l’apprentissage des langues du pays et des langues étrangères est une condition à remplir. Par ailleurs, le dialogue intellectuel de haut niveau est indispensable car la culture est ce qui nous appelle à nous dépasser nous-mêmes. J’espère que nous allons conclure un accord avec la maison d’édition Logos pour traduire plusieurs philosophes contemporains français en albanais et en macédonien, et les inviter ici notamment pour favoriser la réflexion sur un dialogue des pensées et des religions de plus en plus indispensables pour éviter les stéréotypes et combattre l’intolérance ou le fanatisme.

12. KOHA : Vous avez visité plusieurs villes en Macédoine, y compris Debar. Quelle impression avez-vous de nos villes ?

12. Les visites sont toujours de beaux moments de découverte, qui nous rappellent que Skopje n’est pas toute la Macédoine mais que celle-ci est faite de toutes ses communautés, ses traditions et ses histoires. On passe vite au-delà du cadre officiel pour découvrir les multiples possibilités de coopération. Plusieurs maires viennent de se rendre en France à Dijon où nous avons organisé une réunion sur la coopération décentralisée dans les Balkans.je me suis rendu récemment à Tetovo pour visiter les lycées et les classes bilingues et envisager avec la Maire, notre amie Mme Teuta Arifi, une intensification de nos relations pour l’enseignement de la langue française, en coopération avec notre dynamique Alliance Française. J’ai visité officiellement deux fois Gostivar, plusieurs fois Kumanovo, Lipkovo, Aracinovo, et bien sûr Debar que vous mentionnez. Le maire m’a fait forte impression et j’ai pu découvrir avec lui le potentiel de thermalisme de la région. A côté de ces opportunités, il y a aussi beaucoup de difficultés liées au manque de développement des infrastructures : épuration des eaux, pollution de l’air, routes, formation… Nous y contribuons à travers les programmes de l’UE dont je rends compte à Paris. Il est important de maintenir sur le terrain des programmes qui changent la vie des citoyens mais aussi préparent un nouveau développement économique, notamment pour le secteur touristique. Nous restos le premier pays sur ce point et nous avons de l’expertise à partager, de même que pour l’équipement.

13. KOHA : En dehors du travail diplomatique quotidien, comment l’ambassadeur de France en Macédoine passe-t-il son temps libre ? Qu’est-ce qui le rend heureux dans les cadres diplomatiques ?

13. Ah, le temps libre ! C’est une denrée rare car tous mes efforts vont en ce moment à la première de mes instructions : travailler au rapprochement et à l’intégration européenne de ce pays. J’essaie de découvrir autant que possible dès que j’ai un peu de temps les talents de ce pays dont la richesse culturelle est inépuisable et faite de tous les apports de ses communautés. J’ai beaucoup d’admiration pour le pianiste, Dino Imeri, qui accomplit une belle carrière européenne. J’apprécie aussi beaucoup les œuvres de Reshat Ameti, dont nous possédons une œuvre à la résidence : je l’ai mise en bonne place, et cela m’aide à prendre patience pour connaître ce peintre de grand talent dont l’inspiration philosophique me touche beaucoup. J’ai apprécié sa mise au point sur le fait que ses gammes chromatiques n’étaient pas ethniques mais enracinées dans toute la tradition de la Macédoine de l’Ouest. Je lis peu à peu les traductions des romans de Luan Starova, votre ancien ambassadeur à Paris, un immense écrivain et un vrai Sage. Enfin, dernière confidence : on m’a offert des livres pour apprendre (un peu) l’albanais. Souhaitez-moi bon courage !

Dernière modification : 13/05/2018

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