Interview de Madame Laurence Auer, Ambassadrice de France accordée à l’Agence de presse MIA [mk]

Interview sur les enjeux de sécurité après les attentats de Paris

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C’est pour la deuxième fois cette année que la France est victime d’une attaque terroriste. Est-il possible de se protéger contre des attaques similaires à l’avenir et pourraient-elles avoir une incidence sur la politique française intérieure, et en particulier sur la politique étrangère ?

La lutte contre le terrorisme est un combat global pour lequel l’ensemble des États sont concernés et coopèrent. Il s’agit de réseaux criminels armés dont les tenants et les aboutissants sont la déstabilisation des démocraties. Les attentats de Paris sont une attaques abominable qui demandaient, pour trouver et punir les responsables, des mesures exceptionnelles. C’est le sens des mesures que le Président de la République, François Hollande, a annoncées dès mardi et que le gouvernement français a décidées, après les attaques du 13 novembre. Il s’agit des mesures immédiatement applicables, pour certaines, sur l’information, la traque et la neutralisation des éléments musulmans radicalisés, Français ou étranger, le déploiement et le recrutement de forces de police supplémentaires, la remise en cause de la nationalité française pour des terroristes qui ont la double nationalité et circulent entre pays. Bien sûr, il y a un lien et des conséquences en matière de politique étrangère, notamment l’intensification des frappes aériennes contre Daesch qui a revendiqué la mort des 129 innocents et la coopération internationale en ce sens.

Il y avait des informations selon lesquelles l’un des terroristes aurait traversé la route balkanique des migrants à travers la Grèce, la Macédoine et la Serbie pour arriver en France. Y a-t-il une coopération entre les services de ces pays ?

Les informations confirment que l’un des terroristes disposait d’un faux passeport syrien et l’enquête inclut en effet une coopération intense et permanente entre nos pays et nos services de police. Permettez-moi de redire que la route des Balkans et l’afflux de migrants en Europe provenant du Moyen-Orient sont une préoccupation aigüe des pays européens, qui viennent d’y consacrer trois réunions au plus haut niveau, le 8 et le 25 octobre, puis encore le 12 novembre, à la fois pour contrôler les identités des migrants et de prévenir les flux qui ne relèvent pas du statut de réfugié de guerre. Les discussions se poursuivent à Bruxelles sur ce point.

Une suspension possible du système Schengen a été annoncée. Qu’est-ce que cela signifie et le retour de visas pour les citoyens macédoniens serait-il possible ?

A ce stade, y compris pour entrer en France, nous avons rétabli le contrôle des frontières, alors que jusqu’à présent, vous circuliez par exemple entre la France et la Belgique, dans l’espace Schengen, sans contrôle. Je rappelle que la voiture des terroristes a été retrouvée à Bruxelles et que c’est une priorité désormais, d’agir vite et de démanteler toute action terroriste ou réseau potentiellement dangereux. Il n’y a pas de discussion particulière sur la question des visas des ressortissants des Balkans ni de remise en cause de la libre-circulation mais en revanche une problématique globale de protection de l’espace Schengen, pour son efficacité. A nouveau, cette discussion est en cours.

La Macédoine a annoncé une clôture sur sa frontière si les pays d’Europe occidentale le font. Est-ce une solution à la crise des réfugiés ou bien une approche différente serait-elle nécessaire, en particulier de la part de l’UE et des alliés occidentaux ?

Le Président de la République, Gjorge Ivanov a réuni le conseil national de sécurité dès samedi, et cité cette éventualité, dans le cas de décisions similaire des pays voisins est envisagée. Pour ce qui concerne la France, j’attire à nouveau l’attention sur le fait que les réseaux criminels et terroristes, notamment ceux qui créent des faux passeport et conduisent des trafics d’armes, sont aujourd’hui notre priorité. Notre pays, comme l’a dit solennellement le Président de la République, a subi un acte de guerre et nous répondons avec les moyens appropriés sans délais depuis vendredi dernier, pour ne pas laisser les attentats ignobles impunis, ni laisser notre société et nos valeurs blessées.

Dernière modification : 20/11/2015

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