Interview de l’Ambassadrice de France Laurence Auer pour Faktor [mk]

1. Le processus de l’élargissement de l’UE est mis de côté pendant les 5 prochaines années : pas d’adhésion de nouveaux pays et le poste de commissaire à l’élargissement ne sera pas reconduit avant la fin de 2019. Est-ce que cela veut dire que les pays candidats, dont la Macédoine, ne doivent plus avoir espoir pour une adhésion proche ?

Il revient au Président de la Commission européenne de proposer la composition du collège des Commissaires, et il faudra voir à quel membre de la Commission le dossier de l’élargissement sera confié. Le Président Juncker est en cours de consultation sur ce plan. Il est clair que, quel que soit le titre du commissaire, le portefeuille -et la responsabilité- de l’élargissement sera bien confiée à l’un des 28 membres de la Commission.

2. La réserve à l’élargissement est-elle due au refroidissement des relations politiques et économiques avec la Russie et son influence régionale ?

Le premier semestre 2014 a enregistré, en janvier, l’ouverture des négociations d’adhésion avec la Serbie et en juin, l’octroi du statut de pays candidat à l’Albanie. Je ne pense pas, pour les Balkans occidentaux, que l’on puisse parler de réserve ; au contraire, le mouvement et la dynamique d’intégration européenne est en marche sur un plan régional.

3. La France est le promoteur de l’idée pour l’Union Méditerranéenne. Quel serait le rôle des pays méditerranéens dans les nouveaux risques sécuritaires et économiques pour l’Europe ? Cette idée pourrait-elle être une alternative pour des cercles concentriques de rapprochement régional avec l’UE (Europe en deux vitesses ?)

La France a toujours eu un rôle moteur dans le rapprochement avec les voisins du sud. Cela porte bien sûr sur les pays du sud de la Méditerranée, avec de nombreuses initiatives mais aussi et en parallèle avec le voisinage des Balkans occidentaux, rappelez-vous la Conférence de Zagreb, sous présidence française en l’an 2000, qui a marqué la vocation de l’ensemble de la région à intégrer l’Union européenne.

4. L’UE se trouve devant des processus de sécession dans ses pays membres. De quelle manière Bruxelles va répondre à la désintégration interne à la place du fédéralisme européen dans l’Union ?

La forme de l’Union élargie n’est plus en discussion aujourd’hui, les Traités approuvés après la dernière réforme institutionnelle sont en vigueur depuis 2009. Les mécanismes, par exemple Schengen ou l’euro sont en place et permettent des adhésions différenciées, et ceci au bénéfice de tous.

5. Le retard de l’intégration européenne et atlantique de la Macédoine retarde la résolution de la question du nom du pays. Les autorités parisiennes pourraient-elles inciter Skopje et Athènes à avancer ?

La France s’est engagée à de nombreuses reprises à appuyer le processus d’intégration européenne de la Macédoine, et ceci au plus haut niveau, en particulier lors de l’entretien du président de la République Ivanov avec le Président Hollande en juillet 2013. Et nous avons également indiqué que nous souhaitions apporter tous les efforts possibles pour que le différend bilatéral sur la question du nom puisse être résolu.

6. Dans un de vos interviews vous avez déclaré que personne ne demande à la Macédoine de renoncer à son identité et à la langue mais que dans les discussions avec la Grèce il s’agit juste de trouver un compromis pour le nom ?

Je crois en effet, qu’il convient de faire avancer le dossier de l’appellation définitive du pays dans le cadre strict du mandat de la médiation des Nations Unies, comme l’a répété le médiateur Matthew Nimetz lors de sa venue à Skopje le 29 juillet. On n’ouvre pas un champ de discussion sur la question de l’identité, ou de langue ou de l’histoire, on essaie de trouver un compromis dans le strict cadre imparti.

Je vous rappelle que dans un cadre franco-allemand également nous avons eu des discussions compliquées pendant des décennies. Nous avons par exemple ms au point un livre d’histoire franco-allemand, en 2002, après 10 ans de discussions à travers des commissions d’historiens. Il faut savoir distinguer ce qui est du ressort de la politique interne ou ce qui peut être renvoyé à d’autres cadres de négociations et ce qui relève de l’intérêt supérieur du pays.

7. La région s’intègre-t-elle dans des nouvelles formes de nationalisme des Balkans ? Quelle est votre estimation sur la cohabitation interethnique et religieuse en Macédoine ?

Nous pensons que les bonnes relations interethniques sont le ciment du pays. Nous ne disons pas que c’est facile mais nous pensons que tout doit être fait pour que ces relations fonctionnent au bénéfice des populations, dans l’harmonie, la tolérance et
en valorisant tous les rapprochements interethniques. Je le dis avec force puisque nous célébrons 13 ans de fonctionnement des accords d’Ohrid. Ces accords ont permis à la Macédoine d’éviter un conflit interne, ils ne règlent pas tout, loin de là, mais ils ont été le garant de la stabilité interne du pays.

8. La coopération économique entre les deux pays est faible, qu’elle en est la raison ? Les bénéfices qu’offre la Macédoine aux investisseurs potentiels étrangers ne sont-ils pas suffisamment attirants pour les grandes compagnies françaises ?

La France a beaucoup d’atouts, notamment dans le domaine des infrastructures et plusieurs entreprises françaises ont bien compris l’intérêt d’être plus présents en République de Macédoine. L’Ambassade de France a développé plusieurs initiatives pour faciliter les échanges économiques dans les deux sens, notamment un Forum d’affaires franco-macédonien, qui tiendra sa troisième édition à l’automne. Nous travaillons également avec les chambres de commerce et aussi en France avec le MEDEF international, qui est mobilisé. Tous les secteurs nous intéressent, notamment le développement du tourisme mais aussi la grande distribution, comme en témoigne l’ouverture du deuxième grand magasin Carrefour à Tetovo, en août.

9. Les membres de l’Assemblée Nationale sont en congés et l’opposition ne veut pas retourner à l’Assemblée Nationale tant que leurs revendications ne soient pas prise en compte. Quelle estimation faite vous sur le climat politique dans le pays et quelle conséquence aurait ce climat pour la préparation du futur rapport de progrès pour la Macédoine ?

Nous espérons tous que la démocratie parlementaire, qui est essentielle pour le fonctionnement du pays, car c’est le parlement macédonien qui approuve les lois, le budget, les réformes, pourra bientôt à nouveau fonctionner en présence de l’opposition et que la crise sera surmontée. C’est aussi important pour que la Macédoine soit représentée dans les instances parlementaires par exemple du Conseil de l’Europe ou devant nos délégations de parlementaires qui viennent en Macédoine. Nous appelons bien sûr chacun en ce sens.

Dernière modification : 20/08/2014

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