Jean Monnet ou : l’optimisme est une longue patience [mk] [sq]

L’auteur de l’avant-propos, l’ambassadeur Christian Thimonier (« Jean Monnet ou l’optimisme est une longue patience ») а souligné à cette occasion l’inspiration toujours actuelle de cette œuvre, alors que la Macédoine et les Balkans de l’Ouest redoublent d’efforts dans leur chemin vers l’Union.

Jean Monnet ou : « l’optimisme est une longue patience »

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Il faut saluer la très heureuse idée d’éditer (par Jordan Plevnes, ancien ambassadeur de Macédoine en France et recteur de l’Université des arts audiovisuels, ainsi que la traductrice Liljana Kotevska - Plevnes) ce petit livre en ce moment décisif où ce pays a choisi de reprendre son chemin européen vite ouvert par une chance puis aussi vite refermé ou retardé par les caprices de l’histoire et des identités. On y trouvera un bréviaire, car il s’agit bien de foi en la nécessité historique de la construction européenne comme condition de la paix, de la prospérité mais aussi du rayonnement de notre continent. On y trouvera aussi un vadémécum, parce qu’il s’agit bien, à la française, venant d’un fils de Descartes, d’un « Discours de la Méthode », fondé sur l’expérience, celle de deux guerres mondiales et de deux renaissances, l’une manquée, l’autre réussie, celle d’une Europe meurtrie, redevenant sujet de l’histoire à travers la construction d’un nouvel espace économique et politique.

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Comme le Général de Gaulle, avec lequel il partage plus qu’il n’y paraît d’abord, Jean Monnet a été l’homme de quelques idées fortes et d’une reconquête de leurs destinées par les peuples européens, menacés après 1945 d’une sortie de l’histoire, entre la « république impériale » américaine et l’empire soviétique.

Aucun des deux projets, celui de l’Europe des nations, sans transfert réel de souveraineté, comme celui des États-Unis d’Europe ne s’est réalisé comme imaginé par ces deux grands penseurs de l’histoire. L’Europe demeure une cathédrale en devenir dont les architectes ont des rêves divers, à la mesure de la diversité européenne. Deux de leurs intuitions fondamentales demeurent d’actualité et peuvent nourrir une lecture de cette anthologie, réalisée en 1995 en plein moment d’optimisme européen.

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A l’Est mais aussi à l’Ouest, la souveraineté et l’identité nationale sont plus que jamais des réalités : « Les nations, çà existe et çà résiste », disait le Général. A côté de ces noyaux coriaces, que guette la tentation du repli, c’est une vague de mondialisation économique qui risque de balayer les modèles politiques et sociaux européens, mais aussi de nouveaux défis de sécurité, pour lesquels, de toute évidence, même les grands États ne sont plus à l’échelle, bouleversée par les techniques d’information et de communication. L’optimisme historique de Jean Monnet l’a conduit à défendre l’efficacité et la rationalité d’un transfert des souverainetés qui créerait une nouvelle efficacité et avec elle un esprit européen, fils des valeurs de l’humanisme, des Lumières et du libéralisme capable à nouveau de conquérir la planète. Son horizon, sans doute, ne s’arrêtait ni à l’Atlantique ni à l’Oural et portait comme pour Kant, la vision d’États unis du monde.

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On verra toutefois ici à travers ces extraits si bien choisis que l’homme était calculateur, patient et pragmatique, s’avançant masqué, si nécessaire, comme notre Descartes. Il n’est pas certain que son américanisme, tant détesté par ses adversaires, n’ait pas été circonstanciel, compte tenu du rapport des forces et des dangers réels ou supposés représentés par l’impérialisme soviétique, militaire et idéologique. Son intuition le portait à croire que plus que l’épée, pour finir, l’économie libérale serait l’axe du monde, sans trop penser à la force des États qu’il considéra un peu vite comme de regrettables mais transitoires survivances. Là où il eut pleinement raison, c’est dans la capacité d’institutions portées par des hommes convaincus à résoudre des questions techniques mais vitales qui n’étaient clairement plus réglables à des niveaux subalternes. C’est aujourd’hui le sens d’une relance du projet européen qui nous permettra de préserver notre mode de vie, notre liberté de penser et d’agir, mais aussi, et avant tout, notre capacité à protéger les citoyens européens dans la complète redistribution des cartes et le bouleversement des échanges mondiaux qui se profile. On retrouvera cette vision, nourrie de la réflexion sur les dernières accélérations de l’histoire, dans le discours du Président Macron à la Sorbonne le 26 septembre 2017 après une campagne qui a remis l’Idée européenne à sa place méritée dans le débat politique français (https://tinyurl.com/ycvnj47f) puis à Strasbourg, le 17 avril 2018 (https://tinyurl.com/gsaxmmh). On retrouvera dans la série de propositions concrètes sur la Défense, l’Enseignement et la Finance l’approche concrète de Jean Monnet mais aussi son feu sacré et sa passion raisonnée. Celui que l’on appelait « l’Inspirateur » n’a pas fini de nous parler et de nous soutenir, pas à pas, sur ce long chemin de l’Europe.

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Elle sera méditée avec profit à l’heure où les pays de l’Europe du Sud-est se redécouvrent et surtout se reconstruisent des solidarités, avec l’appui de l’Union européenne et la perspective, clairement affirmée par eux-mêmes et par les États membres de l’Union, d’une entrée pleine et entière dans une construction rénovée où ils apporteront une valeur ajoutée à la hauteur de la richesse de leur histoire, de leur résilience et de leur désir d’Europe. En attendant, ils auront avant tout à trouver une culture du compromis intérieur et régional, celle qui fait l’essence de notre Europe d’aujourd’hui et de demain. Puisse ce petit livre aider le public macédonien à maintenir sa foi et son espérance européenne.

Dernière modification : 29/06/2018

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