Journée internationale de la Tolérance

Conférence nationale,
« réponse institutionnelle à l’égard de l’intolérance – discrimination et crime de haine » organisée par l’OSCE et l’Académie macédonienne des arts et des sciences (MANU)
14 novembre 2014 – Macedonian Academy of Sciences and Arts, Skopje

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Cher Adnan Jashari, Monsieur le ministre,
Cher Ralf Breth, chef de mission de l’OSCE
Monsieur le président de l’Académie,
Monsieur le Doyen,

C’est un thème particulièrement grave qui nous réunit aujourd’hui à l’occasion de la journée internationale de la tolérance. D’une rare actualité, il concerne tant l’individu que la société, et il questionne tous les Etats. C’est celui de la réponse à l’intolérance, la discrimination et à la haine.

L’humanité se plait dans des cercles vicieux qui sont mortifères. Ainsi de l’intolérance nait la discrimination, qui elle-même génère la haine. La haine est une maladie sanglante de l’humanité. Les Balkans comme tant d’autres régions du monde portent encore les stigmates de ce mal redoutable.

L’intolérance nait facilement dans le cœur des hommes. Elle se nourrit des idées reçues, elle se plait dans l’indifférence et elle s’accroit dans la passivité voire la complicité des Etats. L’intolérance génère discrimination et haine.

Pourtant la tolérance est la condition élémentaire pour qu’une société démocratique puisse exister. Un homme, une voix ne vaut que si on tolère les opinions différentes, les regards différents, et que l’on protège la minorité de la tyrannie de la majorité. La différence ne doit pas être vue comme un risque, mais comme une opportunité. Au contraire, ne pas pouvoir tolérer celui qui est différent, c’est se laisser aller à la tentation de la discrimination et de la haine. Il faut donc éduquer, forger le sens critique, afin de faire disparaître les idées reçues et s’attacher à la pensée complexe et ainsi contribuer au débat public. C’est une évidence, mais comme toutes les évidences, elle se révèle d’une rare complexité à mettre en œuvre.

Dans le cadre de l’éducation auprès des jeunes, l’Ambassade de France a ainsi avec nos excellents partenaires de l’OSCE et les associations macédoniennes, développé plusieurs actions de lutte contre le crime de haine. Ce sont des actions originales mêlant technologies contemporaines de l’information, par l’intermédiaire d’application pour smartphone et réseaux sociaux, et rencontres bien réelles entre jeunes de toutes origines. Elles visent tant les lycéens que les étudiants en journalismes, ces actions sont essentielles. Ces actions s’ajoutent à d’autres projets de sensibilisation tout aussi performants, je pense évidemment à celle menée cet été par le Helsinki commitee for human rights of Macedonia et l’Institut international des droits de l’homme et de la paix.

Mais toutes ces actions, indispensables, ne sont pas suffisantes. Il en demeure une dont l’Etat est redevable. Elle lui est même intrinsèque : c’est de rendre la justice.
Pour combattre le racisme, l’homophobie, l’antisémitisme, la prévention doit s’accompagner de la sanction. Il faut des réponses institutionnelles qui s’incarnent dans l’exigence de justice. En effet, l’impunité fait le lit de la haine quotidienne. En cela, la justice relève aussi de l’éducation. Les appareils législatif et judiciaire déterminent ce qui est socialement admis. La justice fixe par sa jurisprudence la limite entre ce qui relève du débat d’idées et ce qui est du domaine de la discrimination et de la haine. Dès lors la peine, lorsqu’elle est pensée et adaptée, n’est pas qu’une mesure de répression, elle doit être aussi et surtout une mesure de correction. Mais pour être valable, il faut que la justice soit efficace. Elle doit être présente à chaque suspicion de discrimination, à chaque infraction constatée.

Mais pour que la justice soit correctement rendue, il faut aussi qu’elle soit compréhensible et accessible. Discriminations, discours de haine, insultes ou diffamations, des notions juridiques difficiles à appréhender facilement et qui nécessitent formation et sensibilisation. L’efficacité de la justice est au cœur de la forte coopération que nous avons développé avec l’Académie des juges et des procureurs publics et avec sa directrice, madame Arnaudovska.

La lutte contre l’intolérance et la discrimination est un combat ardu et de longue haleine. Il requiert volonté et compréhension. La France s’est engagée tôt dans ce domaine. En 1881, dans une loi restée fameuse sur la liberté de la presse, elle réprimait les propos jugés insultant ou diffamant. En offrant toutefois la possibilité de contester par divers moyens les faits reprochés. Au fil du temps, la société est devenue plus sensible aux discours tendant à la haine. Et ainsi plusieurs textes ont aggravé les sanctions quand il s’agissait de propos racistes, homophobes, antisémites. Il a fallu, sous l’autorité de la Cour européenne des droits de l’homme, délimité le travail de l’historien ou du journaliste, faire la balance des intérêts en jeu. Et ainsi permettre à la société de porter sur soi un regard lucide.

C’est toujours un travail en cours, en France, en République de Macédoine, en Europe, dans le monde. Il ne s’arrêtera que si on renoue avec l’idée de la solidarité. Pour reprendre les mots de Voltaire dans son traité sur la tolérance, « Puissent les hommes se souvenir qu’ils sont frères ».

Je vous remercie.

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Dernière modification : 14/11/2014

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