Espoir nouveau pour un accord sur le nom [mk] [sq]

M. Nikola Dimitrov, ministre des Affaires étrangères, revient sur les négociations avec la Grèce, pour régler le différend sur le nom de la Macédoine/Ancienne République Yougoslave de Macédoine. Retrouvez ici l’intégralité de son entretien accordé au quotidien de référence « La Croix » à l’occasion de sa visite à Paris :

ENTRETIEN – Nikola Dimitrov, ministre macédonien des affaires étrangères, revient sur les négociations avec la Grèce, menées par la coalition portée par le premier ministre social-démocrate Zoran Zaev, pour régler le différend sur le nom de la Macédoine, toujours dénommé Ancienne république yougoslave de Macédoine (Arym).
Et ce, alors qu’une nouvelle rencontre s’est tenue le jeudi 12 avril à Ohrid sous l’égide de l’ONU.

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La Croix : Votre pays est toujours provisoirement dénommé Ancienne république yougoslave de Macédoine (Arym). Une issue à ce contentieux du nom vieux d’un quart de siècle est-elle envisageable ?
Nikola Dimitrov :
Nous essayons de sortir du trou dans lequel nous sommes enferrés depuis plus de vingt ans. Deux pays européens qui se partagent une région géographique doivent pouvoir trouver une issue honorable pour distinguer notre État de la région Macédoine de Grèce, et cela sans porter atteinte à l’identité et à la dignité du peuple macédonien.
Dans un scénario idéal, nous pourrions y parvenir dans les deux ou trois mois à venir. L’urgence d’une solution est dictée par le train européen, le sommet sur les Balkans qui se tiendra en mai à Sofia, quinze ans après celui de Thessalonique. Mais aussi par les échéances électorales : en 2019 auront lieu une élection présidentielle en Macédoine et des élections législatives en Grèce.
Nous devons être très attentifs à l’opinion publique en Macédoine et en Grèce. Si nos deux pays ont des positions différentes, parfois nous nous retrouvons du même côté des forces politiques déterminées à trouver un compromis, c’est-à-dire les forces de l’avenir, mais qui se heurtent aux forces du passé, aux nationalismes.

Que comptez-vous faire des nombreuses statues nationalistes érigées à Skopje ?
N. D. :
Cette interminable question du nom a fini par nous égarer. Le regard obsessionnellement tourné vers l’époque antique n’est pas sain. En s’accrochant aux mythes, nous perdons les jeunes générations. Le ministère de la culture est chargé de décider quel sort réserver à « Skopje 2014 » [grand projet architectural antiquisant de l’ancienne majorité nationaliste]. Personnellement je suggérerais une grande compétition artistique mondiale pour donner du sens à ce chaos dans la ville. Après un débat public, nous venons de débaptiser l’aéroport de Skopje [ex-Alexandre le Grand au grand dam de la Grèce].

Quelle perspective pour l’intégration à l’Union européenne ?
N.D. :
La présidence bulgare est une excellente opportunité pour que l’UE se tourne vers les Balkans. Le chemin sera long. Mais si l’on n’arrive pas à établir l’Europe en Macédoine, à instaurer des règles, de la justice, de l’ordre, alors les jeunes générations continueront à quitter le pays, comme la région des Balkans, faute d’espoir. Heureusement certains reviennent aussi.

Comme vous ?
N. D. :
Je suis revenu des Pays-Bas en septembre 2016. Pendant la crise politique [2014-2017], j’étais l’une des voix de la « révolution colorée » en faveur du changement. C’est à ce titre, comme personnalité civile, que je suis entré au gouvernement. Ce mouvement continue à agir. La tolérance envers les abus est devenue très faible. Les membres de la commission nationale électorale qui avaient abusivement tiré profit de leur fonction, ont été contraints à une démission collective en décembre. Changer la vieille politique est un enjeu crucial pour ce gouvernement formé précisément pendant une crise majeure de responsabilité.

Vos pays partenaires de l’ancienne Yougoslavie sont-ils solidaires ?
N.D. :
Le temps est venu pour que dans notre région des Balkans nous sortions de nos querelles – quel est le peuple plus ancien, quel est celui qui a donné le plus de sacrifices ? – et que nous nous retroussions les manches pour investir dans l’économie, l’éducation et la santé.
En août dernier, nous avons signé un accord d’amitié, de bon voisinage et de coopération avec la Bulgarie qui a déjà porté ses fruits dans les domaines du tourisme, du commerce et des investissements. En décembre, nous avons tenu le premier conseil des ministres communs avec l’Albanie voisine depuis 1991 ! Je ne voudrais pas paraître présomptueux mais il se dégage une nouvelle énergie dans la région et cette dynamique est partiellement impulsée par la Macédoine.

Dernière modification : 13/05/2018

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