Ouverture de la conférence « 1914-2014 : les Balkans, 100 ans après le début de la Première Guerre Mondiale » [mk]

Allocution de S.E. Mme Laurence Auer à l’occasion de l’ouverture de la Conférence « 1914-2014 : les Balkans, 100 ans après le début de la Première Guerre Mondiale » tenue à Skopje le 28 juin 2014.

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« Cher M. Zamir Dika, Doyen de l’Université de l’Europe du Sud-Est,
Cher M. Vullnet Ahmeti, Doyen de l’Université d’Etat de Tetovo,
Respecté M. Izet Mexhiti, Maire de la municipalité de Caïr,
Chers collègues, Ambassadeurs d’Allemagne, d’Autriche et de Grande-Bretagne

Aujourd’hui, à Sarajevo, se tient une réunion internationale afin de marquer le 100e anniversaire du commencement de la Première Guerre Mondiale, sous les auspices de sept pays membres de l’Union Européenne ayant fondé « Sarajevo, cœur de l’Europe », dans l’objectif de promouvoir un programme d’évènements éducatifs, culturels et sportifs de dix jours. Sarajevo est le symbole de l’embrasement de la Première Guerre Mondiale, elle tient une place particulière dans l’Histoire de l’Europe et le but, aujourd’hui, est de transmettre, dans les Balkans, un message de solidarité et de réconciliation, un message de paix et d’unité, à travers une présence et un programme internationaux réunissant des intellectuels issus des bords politiques et culturels.

La commémoration de la Première Guerre Mondiale a tout juste commencé en France avec une structure dédiée et une attention particulière des autorités françaises, j’y reviendrai. Cependant, j’aimerais insister sur l’importance, pour la région des Balkans, et pour la République de Macédoine en particulier, d’entamer une réflexion sur le lourd tribut infligé au territoire et au peuple macédoniens. Il est courant de souligner à quel point les guerres balkaniques et les différents accords internationaux ont éprouvé la région entre conflits et querelles non résolues. Toutefois, le rôle de la Première Guerre Mondiale, considérée ici comme une guerre « faite par les autres », à savoir la France, la Grande-Bretagne, l’Autriche, l’Allemagne et ses alliés, est tout aussi important. L’affrontement des grandes puissances est bien sûr l’élément central du conflit dans les Balkans, mais ce dont les populations de ces territoires partagés se souviennent, le sens de ce conflit aujourd’hui, voilà, selon moi, ce qui constitue le point de départ de la réflexion de cette Conférence. J’en remercie d’ailleurs ses organisateurs.

Lorsque nous évoquons la Première Guerre Mondiale, quelques chiffres doivent être rappelés à notre mémoire : parmi les dix millions de morts causés par cette guerre, 1,5 million étaient français, et nous découvrons, grâce à ces commémorations, qu’il faut y ajouter 4,3 millions de blessés graves ayant survécu et dont les vies furent marquées par le handicap et de profonds traumatismes. Peu connaissent le nombre de morts au « Front d’Orient », ou « Front de Salonique », voire « Front de Macédoine », qui débuta en juillet 1915 pour s’achever en septembre 1918 avec la capitulation de la Bulgarie. Un million de soldats et de civils tombèrent, issus de dix armées différentes. Ils représentent un dixième des pertes totales, un dixième des pertes causées par le conflit mondial. Parmi ce million, 70.000 étaient français.

En tant qu’Ambassadrice de France, je veux ajouter que 350.000 soldats français composaient cette armée que nous avions baptisée « Armée française d’Orient ». Et parmi ceux-ci, environ 20% étaient originaires des colonies françaises, principalement du Sénégal, du Maroc et d’Algérie. Au cimetière français de Bitola, hormis 6.200 tombes identifiées, près de 20.000 corps furent acheminés en 1923. A Skopje, le cimetière français rassemble près de 4.000 dépouilles supplémentaires, « Morts pour la France ».

Dans cette perspective, je tiens à souligner le travail immense qu’il nous incombe d’accomplir afin de donner au Front d’Orient une véritable dimension historique et stratégique. Des conférences, une brochure, des expositions, un petit musée qui verra le jour à Bitola, constituent le programme de l’Ambassade de France qui bénéficie du soutien de la Mission du Centenaire en France. Nous avons par ailleurs commencé, avec nos collègues de l’Ambassade d’Allemagne et l’ANIM (l’Association des professeurs d’Histoire de Macédoine), à travailler à l’élaboration d’un projet franco-allemand dont l’objet est d’ébaucher quelques pages historiques du conflit en République de Macédoine. Ce projet, appuyé par l’OFAJ et l’association LOYA, a été baptisé « Nouvelles approches pour enseigner la Première Guerre Mondiale en Macédoine » et a pour but de promouvoir des unités d’enseignement.

Construire la Mémoire de la Première Guerre Mondiale en République de Macédoine revêtirait un intérêt et une importance certains à plusieurs égards et notamment, au-delà des facteurs historiques, afin de permettre une reconnaissance internationale du tribut payé par le pays et son peuple jusqu’à aujourd’hui, afin de se souvenir, mais aussi d’avancer et de construire un futur meilleur fondé sur l’acceptation et la réconciliation.

Je suis très fière de vous dire, pour conclure, qu’une délégation de jeunes Macédoniens, deux garçons et deux filles, tous quatre francophones, seront intégrés au défilé international qui parcourt traditionnellement les Champs-Élysées à Paris le 14 juillet, fête nationale française. C’est un plaisir et une fierté de savoir qu’ils participent à un rassemblement qui inclura des délégations issues de plus de 70 États, dans une optique de commémoration, mais aussi avec un message pour le futur de notre continent européen.

Mesdames et messieurs, chers collègues, je vous remercie. »

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Dernière modification : 08/07/2014

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