Remise des insignes d’Officier de l’Ordre National du mérite à Madame Ilinka Mitreva [mk]

L’ambassadeur de France, S.E. Monsieur Christian Thimonier, a remis au nom du Président de la République Française, les insignes d’Officier de l’Ordre National du mérite à Madame Ilinka Mitreva.

L’ambassadeur de France, S.E. Monsieur Christian Thimonier, a remis au nom du Président de la République Française, les insignes d’Officier de l’Ordre National du mérite à Madame Ilinka Mitreva. Professeur de littérature française à la Faculté de philologie à Skopje et ancienne ministre des Affaires étrangères, Mme Mitreva reçoit cette importante distinction française pour sa contribution particulière au développement des relations entre la Macédoine et la France, pour son action en faveur de la diffusion de la langue et de la littérature française parmi les jeunes générations, ainsi que pour son engagement dans la promotion de la Francophonie et des valeurs européennes en Macédoine.

Discours de Mme Ilinka Mitreva
Monsieur l’Ambassadeur, chers amis,

Dans des circonstances solennelles comme celle-ci, ce sont les grands mots qui viennent tout naturellement, sans aucun pathétique, je l’espère : l’honneur, la joie, la gratitude.
Ainsi, j’ai l’honneur de recevoir une haute distinction de la part du Président de la République française, tout d’abord pour mes efforts dans un champ noble : l’éducation.
La littérature française, c’est mon métier et ma passion. La tâche de professeur est de chercher et de parler. J’ai eu ce privilège énorme de rêver tout haut ma recherche et de la partager avec des générations d’étudiants. J’ai vu la langue française devenir un objet désiré. J’ai assisté à la naissance d’un intérêt prononcé pour les belles lettres françaises.
C’est la part de la joie.
Et encore, combattre les clichés, faire fléchir les stéréotypes, éviter le discours de l’arrogance, voir l’Université devenir un lieu hors pouvoir, un Temple de liberté et de savoir, tel est le résumé de mon engagement intellectuel.
La gratitude vient à la France d’avoir reconnu, en me nommant au grade de l’Officier dans l’Ordre National du Mérite, mon rôle dans un autre champ, celui de la politique. J’ai longtemps inscrit mon travail diplomatique dans l’approfondissement de l’amitié et le développement des liens politiques avec la France.
La vision d’une pléiade d’hommes politiques et de penseurs français a servi de modèle pour l’établissement d’un Etat moderne et démocratique qu’était la Macédoine.
Aussi, la France a-t-elle su voir que j’ai catégoriquement oeuvré pour assurer un avenir européen à la Macédoine. Sur ce chemin, on a toujours eu le soutien de nos amis français. J’espère que la syncope actuelle de ce processus n’est que de durée limitée et que la France continuera à être le garant du grand projet européen.
Monsieur l’Ambassadeur, chers amis,
Liberté, integrité, progrès, ce sont les valeurs qui déterminent nos actes. Elles sont à la base de la grande famille de la francophonie à laquelle appartient la Macédoine. Ces valeurs ne montent ni ne descendent à la bourse de l’Histoire. Elles y sont pour toujours.
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Discours de monsieur l’ambassadeur :
Madame le Ministre, Madame le Professeur, chère amie,

Mes prédécesseurs m’ont légué le plus agréable des devoirs avec cette remise des insignes d’officier de l’Ordre National du Mérite, en présence de votre famille et de vos amis les plus chers. Je n’ajouterai pas aux fragments d’un discours amoureux de ce Roland Barthes que vous connaissez si bien, mais il me faut bien avouer que notre histoire avec vous est un peu une histoire amoureuse et qui dure, faisant mentir la chanson des Rita Mitsouko. Les histoires d’amour finissent mal en général.
La nôtre est ancienne et dure encore.
Je rappellerai brièvement votre parcours premier, celui d’une grande intellectuelle fortement liée à notre pays et à sa modernité littéraire. L’étude du français vous a conduit de l’université Saints-Cyrille-et-Méthode, qui reste votre ancre, à Paris où vous avez enseigné deux ans aux Langues O’ (INALCO) le macédonien entre 1976 et 1978.Vous en rapportez une thèse sur Barthes. Il me plait de souligner que cet homme sans pareil aura inspiré trois personnalités aussi diverses que Nada Perisic, qui fut ministre de la Culture de Serbie, le regretté Ibrahim Rugova et vous-même. Il faut croire que la sémiologie et la politique ont partie liée dans vos régions. Formation qui vaut bien à tout prendre celle des écoles de commerce...
Les œuvres de Barthes et de Robbe Grillet, intimement parentes, ont été très subtilement analysées par vos soins dans plusieurs articles et essais qui ont fait de vous un passeur privilégié des études françaises contemporaines en Macédoine, vous conduisant à diriger le Département des Langues et littératures romanes à la Faculté de Philologie de Skopje.
C’est le moment où la France vous distingue une première fois en vous nommant chevalier dans l’Ordre national du Mérite, en 1998.
Ce socle intellectuel et construit sur tant d’affinités et de liens avec notre pays, vous l’avez mis au service de la Macédoine, à travers votre action politique dans le cadre du Parti social-démocrate. Il ne me revient pas d’en dire les mérites, puisqu’ils ont été, depuis 1991, et votre entrée à la présidence de cette formation, salués à travers de multiples fonctions dirigeantes et plusieurs réélections au Parlement.
Votre ouverture intellectuelle et votre expérience vous ont désignée tout naturellement pour assurer des responsabilités dans le domaine des relations internationales, crucial pour le destin de votre pays. Ces responsabilités vous ont conduit à un engagement européen dans le cadre parlementaire avec aussi un rôle moteur dans le mouvement européen et la fondation du club euro-atlantique. Vous êtes encore aujourd’hui présente au conseil diplomatique de votre parti.
Il me faut toutefois en venir à cette grande période de 2001 à 2006, au lendemain des accords d’Ohrid, où vous êtes nommée au poste de ministre des affaires étrangères, que vous avez marqué en profondeur de votre empreinte.
Durant cette période vous avez su vous attirer les sympathies actives de nombreuses personnalités de notre pays, et au premier rang desquelles Robert Badinter, qui vous a voué une estime toute particulière. Vous avez alors tissé des liens solides avec la France, qui ont notamment permis l’entrée de la Macédoine dans l’Organisation Internationale de la Francophonie comme membre à part entière. Vous aviez pleinement compris l’atout que représentait cette adhésion, dont les fruits sont aujourd’hui à recueillir.
Vous avez alors lancé votre pays sur la voie des intégrations qui sont la meilleure assurance de son unité et de sa prospérité.
Puisse cette voie être rapidement retrouvée par les dirigeants de votre pays, qui pourront alors compter, comme vous par le passé, sur l’appui actif de la France.
Vous avez accompagné et cultivé une relation exceptionnelle avec notre pays pendant ce quart de siècle d’indépendance macédonienne, dans la fidélité aux valeurs politiques et intellectuelles que nous avons en partage.
C’est pourquoi, au nom du président de la république française, et en vertu des pouvoirs qui nous sont conférés, nous vous faisons, madame Ilinka Mitreva, Officier dans l’Ordre National du Mérite.

Dernière modification : 06/04/2017

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