SITUATION ECONOMIQUE ET FINANCIERE EN MACEDOINE

Dotée d’un PIB de l’ordre de 9 Md EUR et d’une population d’environ 2 M d’habitants, la Macédoine a connu une croissance annuelle moyenne de 2,3 % entre 2012 et 2016. A noter la crise politique qui a touché le pays depuis février 2015 et qui a pesé sur la croissance en freinant l’investissement. Les perspectives pour 2017 sont incertaines suite aux élections de décembre 2016 qui n’ont pas permis de dégager une majorité claire au Parlement. Le moteur essentiel de la croissance est la consommation privée. Le solde courant demeure déficitaire. Les finances publiques sont encore sous contrôle mais la dette devrait être mieux maîtrisée. D’importantes réformes structurelles doivent être réalisées, notamment en matière d’Etat de droit et de lutte contre l’économie informelle.

Les élections législatives en décembre 2016 ne permettent pas de dégager une majorité claire, ce qui risque de peser sur la croissance en 2017

La Macédoine a enregistré un rythme de croissance soutenu entre 2013 et 2015. L’activité a progressé de 2,9 % en 2013, 3,6 % en 2014 puis de 3,8 % en 2015. Les dépenses d’infrastructures du gouvernement, notamment la rénovation du centre de Skopje et la consommation privée, ont soutenu la croissance.
Cependant, la crise politique qui a touché le pays depuis février 2015 a pesé sur la croissance en 2016 en freinant l’investissement et la confiance des consommateurs. La Banque mondiale avait projeté une croissance du pays de 3,7 % pour 2016 en juin de la même année, prévision ensuite ramenée à 2 % en janvier 2017.
Pour 2017, les organisations internationales prévoient un taux de croissance de 3,2 % selon la Commission Européenne, 3,3 % selon la Banque mondiale, et 3,2 % pour le FMI. Le principal moteur de la croissance demeurerait la consommation, mais aussi la formation brute de capital fixe. Cependant l’instabilité politique est le principal facteur de risque et devrait peser sur la croissance, les élections législatives de décembre 2016 n’ayant pas dégagé de majorité claire.
Le chômage reste très important en Macédoine – notamment pour les jeunes – malgré une baisse continue du taux depuis dix ans. Il ressort à 26 % en 2015 contre 37 % en 2005, la réduction de ce taux devant se poursuivre.
L’évolution des prix devrait retourner en territoire positif. Sur l’ensemble de l’année 2015, la Macédoine a enregistré une déflation annuelle moyenne de 0,3 %, contre une déflation de 0,1 % en 2014 et une inflation de 2,8 % en 2013. Selon les prévisions du FMI, l’inflation en 2016 serait de 0,1 % (moyenne annuelle), tendance qui s’accentuerait en 2017 (0,8 %).

Le solde courant, impacté par un déficit commercial significatif, demeure déficitaire

Selon les dernières prévisions du FMI, le solde courant serait négatif en 2016 (- 1,9 % du PIB), un niveau semblable à celui de 2015 (- 2,1 %). Le solde commercial reste très déficitaire, à 20 % du PIB, malgré l’essor des exportations des entreprises étrangères installées dans le pays. Ceci s’explique par la conjonction d’une étroite base productive et d’une demande intérieure dynamique qui contraint à importer beaucoup de biens de consommation et d’équipement.
Les remises provenant de la diaspora macédonienne implantée à l’étranger (Allemagne, Italie, Etats-Unis, Australie, Canada) constituent la principale source de financement extérieur et atteindraient 17 % du PIB en 2016. Ainsi, elles couvrent une grande partie du déficit commercial.
Les flux nets d’IDE représenteraient 1,7 % du PIB en 2016 et couvrent une grande partie du déficit courant. Les autorités ont dévoilé ces dernières années des mesures importantes pour attirer des investisseurs étrangers en offrant des conditions favorables dans les zones franches et industrielles du pays.

Les finances publiques sont encore sous contrôle mais la dette publique devrait être mieux maîtrisée

D’après le ministère des Finances, le déficit budgétaire en 2016 sera inférieur à 3 % du PIB, soit une réduction de 1 point de pourcentage par rapport au déficit prévu. Les recettes, représentant 28,9 % du PIB, sont obérées par le niveau élevé de l’économie informelle et limitées par un taux d’imposition unique des revenus et des bénéfices de 10 %. Le déficit récurrent et les emprunts contractés par les entreprises publiques pour la construction d’infrastructures sont à l’origine de l’endettement élevé, croissant et surtout libellé en euros.
D’après le FMI, la consolidation budgétaire devrait commencer sans délai. Le FMI a recommandé une diminution du déficit de 0,4 % en 2016. Une réduction du déficit à 2,5 % du PIB en 2017 et à 2 % en 2018 permettrait de stabiliser la dette publique au-dessous de 50 %. La stratégie budgétaire 2017-2019, datant d’octobre 2016, prévoit un déficit de 4 % du PIB en 2016, 3 % en 2017, 2,6 % en 2018 et 2,2 % en 2019.
La dette du gouvernement a connu une augmentation importante, atteignant 38 % du PIB fin 2015 et 41,9 % à la fin du troisième trimestre 2016, après 20,5 % en 2008. A noter que la dette publique incluant les garanties publiques s’est établie à 46,7 % fin 2015 et à 50,6 % à la fin du troisième trimestre 2016. Près de 75 % de la dette publique est libellée en monnaie étrangère, un risque qui est cependant réduit par le rattachement du denar à l’euro.

Le secteur bancaire est à priori stable sous la supervision efficace de la Banque centrale

Les autorités macédoniennes appliquent un régime de change de flottement dirigé, qui s’apparente de facto à un change fixe vis-à-vis de l’euro. La politique monétaire est, en effet, avant tout dédiée à stabiliser le taux de change du denar macédonien. Compte tenu de la part de la dette publique libellée en euros ainsi que du rôle majeur joué par la monnaie unique dans le système bancaire - plus de 50 % des prêts et dépôts étant libellés en euros - la Banque centrale conserve un taux directeur de 4 % afin de maintenir la stabilité du denar, indispensable à la stabilité macroéconomique du pays.
La Banque centrale s’est fixée une stratégie de moyen terme centrée sur la stabilité du change et du secteur financier. L’institution a procédé à un assouplissement monétaire, en réduisant progressivement son taux directeur de 9 % fin 2009 à 3,25 %, mais en mai 2016, la Banque centrale a augmenté ce taux de 75 points de base (de 3,25 à 4 %). L’objectif de cette mesure était d’accroître la confiance dans la monnaie locale, le denar, et sa stabilité, et de décourager la conversion de l’épargne en denar dans des dépôts en devises. En janvier 2017, la Banque centrale a réduit le taux directeur de 3,75 % à 3,5 %, ce qui reflète une appréciation positive de la situation économique par la Banque centrale.
Le secteur bancaire macédonien est concentré et dominé par des banques étrangères. L’actif total des 15 établissements bancaires recensés en Macédoine s’établit à 6,9 Md€ à la fin du troisième trimestre 2016, soit 75 % du PIB. Les quatre plus grandes banques détiennent 66,4 % des actifs. Ohridska Banka, dont la société mère est le groupe bancaire français Société Générale, est la cinquième plus grande banque en Macédoine en termes d’actifs.
L’impact de la crise sur le secteur bancaire a pu être contenu grâce à la supervision de la Banque centrale. Celle-ci a en effet encadré la croissance du crédit avant 2008, ce qui s’est traduit par une hausse modérée du taux de prêts non performants après la crise. Ce taux s’est stabilisé et s’est établi à 10,8 % fin 2015 pour diminuer à 7,4 % à la fin du troisième trimestre 2016, un taux très bas à l’aune régionale. Le secteur reste, par ailleurs, liquide et bien capitalisé avec une adéquation du capital de 15,7 % fin septembre 2016, soit deux fois plus que les exigences réglementaires. En octobre 2016, le ratio crédit/dépôt du secteur bancaire s’établit à 94 %, le taux de croissance des crédits ressortant à 3,7 %.

Malgré un environnement plutôt favorable aux affaires, surtout aux grands groupes étrangers, d’importantes réformes structurelles doivent être réalisées en matière d’Etat de droit, de lutte contre la corruption et d’économie informelle

Malgré une politique d’attractivité visant à attirer les investisseurs internationaux, d’importants progrès restent à accomplir pour que la Macédoine puisse rejoindre le marché de l’UE. L’Etat de droit doit être renforcé et la justice améliorée pour offrir une plus grande sécurité juridique aux opérateurs économiques et augmenter la confiance des investisseurs.
En termes d’attractivité, les autorités macédoniennes ont engagé, aux cours de ces dernières années, une politique très active pour attirer les investissements étrangers en améliorant l’environnement des affaires et en créant des zones franches, proposant des exonérations d’impôts sur dix ans et des subventions, notamment pour la construction d’infrastructures. Cette politique s’est traduite par des résultats positifs : les flux nets d’IDE ont fortement augmenté depuis 2012, passant de 111 à 217 M€ en 2015, suite à l’implantation de grands groupes internationaux en Macédoine.
Le rapport Doing Business 2017 de la Banque mondiale classe la Macédoine en 10ème position sur 190 pays. La Banque mondiale estime que le pays est particulièrement performant au regard de la création d’entreprises et du paiement des taxes et des impôts. Cependant, selon le Forum économique mondial, la compétitivité du pays se dégrade. D’après l’Indice global de compétitivité (2016-2017) du Forum économique mondial, la Macédoine est classée en 68ème position parmi 138 pays, perdant huit places par rapport à l’année dernière. L’instabilité politique et l’accès au financement sont, selon cette étude, les facteurs les plus problématiques pour faire des affaires en Macédoine.

Commentaire : Les élections législatives de décembre 2016 n’ayant pas dégagé de majorité claire, les perspectives économiques du pays restent encore incertaines pour 2017. Plus globalement, le facteur de résilience que constitue la présence d’unités de production étrangères dans les zones franches n’est plus suffisant pour résorber les déficits extérieurs et les déséquilibres sur le marché du travail. Il importe pour la Macédoine de mettre en œuvre les mesures nécessaires pour un développement pérenne de son économie dans son ensemble à travers une plus grande intégration des entreprises internationales au tissu économique du pays et la mise en place des réformes structurelles nécessaires pour améliorer sa compétitivité. De nombreuses réformes restent encore à réaliser en termes d’Etat de droit, de justice, d’administration publique et de gouvernance économique.

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Dernière modification : 24/04/2017

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