Un miracle possible dans les Balkans ? [mk] [sq]

Entretien accordé au quotidien « Le Monde » par le ministre des Affaires étrangères, M. Nikola Dimitrov, le 11 décembre, à l’occasion de sa visite à Paris

Macédoine : « Nous allons montrer que les miracles sont possibles dans les Balkans »

Nikola Dimitrov, le ministre des affaires étrangères macédonien, défend l’accord signé avec la Grèce sur le nom de son pays, dont la ratification s’avère des plus délicate à Skopje.

Le ministre macédonien des affaires étrangères, Nikola Dimitrov, à Skopje, la capitale du pays, le 21 novembre 2018. Boris Grdanoski / AP

Ce petit pays des Balkans fut admis à l’ONU sous l’acronyme barbare d’ARYM (Ancienne République yougoslave de Macédoine). Après vingt-sept ans de bras de fer avec la Grèce, la question de son nom pourrait enfin être résolue.
L’ARYM devrait bientôt s’appeler République de Macédoine du Nord, une fois achevé le processus de ratification de l’accord trouvé en juin 2018 entre le premier ministre macédonien, Zoran Zaev, et son homologue grec, Alexis Tsipras. Athènes refusait jusque-là à Skopje le droit de porter un nom considéré comme appartenant au seul patrimoine historique grec, bloquant ainsi à son voisin du nord la route vers l’Union européenne (UE) comme vers l’OTAN.

PNG

Rien, pourtant, n’est encore joué. Un référendum a donné le 30 septembre 91 % de oui en faveur du compromis mais, faute d’une participation suffisante, il a été annulé. La voie parlementaire implique une majorité qualifiée des deux tiers dont ne dispose pas l’actuelle coalition de centre gauche au pouvoir, alors que l’opposition de droite nationaliste se déchaîne.

Pensez-vous réussir à faire ratifier l’accord au Parlement ?

Obtenir une majorité qualifiée est toujours difficile en politique mais l’enjeu cette fois est d’une telle importance que nous allons montrer que les miracles sont possibles dans les Balkans. Il nous manque seulement dix voix. Nous souhaitons finaliser le vote en janvier pour qu’ensuite l’accord soit approuvé à son tour par le Parlement grec avant que ne commence la campagne pour les élections européennes. L’opposition de la droite nationaliste grecque à ce compromis est aussi forte que celle de la droite nationaliste macédonienne.

Comment expliquez-vous l’abstention massive des électeurs lors du référendum alors même que l’accord sur le nom ouvre enfin la possibilité de l’adhésion à l’UE et à l’OTAN ?

Les listes électorales ne correspondent plus à la réalité, car énormément d’inscrits vivent désormais à l’étranger. Lors des dernières élections législatives en décembre 2016, à peine 1,2 million des quelque 1,8 million d’électeurs enregistrés se sont rendus aux urnes. Lors du référendum, ils étaient 660 000 à le faire et 610 000 ont voté oui. Le quorum n’a pas été atteint, mais le sens politique du scrutin est clair. L’accord a été légitimé malgré une intense campagne de boycott menée par l’opposition. La question du nom est en effet très sensible car elle touche à l’identité même de la nation. Il ne faut pas oublier, enfin, que le référendum est partout un instrument difficile à manier, car les électeurs ne votent pas nécessairement sur la question posée.

Les réticences de plusieurs capitales européennes, notamment Paris, sur l’élargissement de l’UE aux Balkans n’entraînent-elles pas une désillusion des Macédoniens ?

Selon les sondages, 86 % des Macédoniens se déclarent en faveur d’une adhésion à l’Union européenne. Les Balkans sont comme une île entourée d’Etats membres. Il n’y aura pas de stabilité dans le sud-est de l’Europe si les pays des Balkans n’intègrent pas à terme l’Union.

« Nous savons qu’il n’y a pas de raccourci vers l’adhésion à l’UE. Celle-ci doit se mériter. » Nikola Dimitrov

Mais nous savons aussi qu’il n’y a pas de raccourci vers l’adhésion. Celle-ci doit se mériter. Il faut mener les réformes nécessaires, garantir l’équilibre des pouvoirs et l’Etat de droit, l’indépendance de la justice, la lutte contre la corruption, des médias libres. Le processus est aussi important que le but lui-même. Nous avons eu dans la région trop de leaders forts concentrant entre leurs mains trop de pouvoir. Il s’agit maintenant de construire des institutions fortes.

Comment jugez-vous l’attitude de la Hongrie, qui donne asile à l’ex-premier ministre nationaliste macédonien, Nikola Gruevski, en fuite après sa condamnation pour corruption ?

Nous avons avec Budapest beaucoup d’intérêts communs et un même désir de Balkans européens. Cet ex-premier ministre a échappé à la justice et trouvé refuge en Hongrie. Nous utilisons toutes les procédures légales pour obtenir son extradition.

La stabilisation des Balkans passe aussi par un accord de reconnaissance entre la Serbie et le Kosovo, qui pourrait se concrétiser avec des échanges de territoires. C’est un précédent dangereux ?

Une solution entre Belgrade et Pristina est essentielle. Mais il y a deux visions opposées sur les moyens d’y arriver. L’une se fonde sur les réformes et l’intégration des valeurs de l’Union où les frontières ont de moins en moins d’importance, comme entre la France et la Belgique, ou entre la France et l’Allemagne. L’autre vision se concentre sur les questions de territoire. Dans une région aussi mélangée, il faut éviter de tracer de nouvelles frontières sur des bases ethniques.

Dernière modification : 15/12/2018

Haut de page