Interview accordée au journal « Večer » [mk] [sq]

Dans une interview accordée au journal « Večer » du mercredi 5 décembre, l’ambassadeur s’exprime sur la situation en France, au lendemain des manifestations du week-end dernier

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Paris fait ces derniers jours face à des manifestations qui ne se sont pas produites depuis une dizaine d’années. Il a été annoncé ce matin que le président Macron allait déclarer l’état d’urgence. Les manifestants affirment être dans la rue à cause de la hausse des prix de l’essence et de la baisse du niveau de vie. Ces accusations sont-elles correctes ? Est-ce que les Français vivent moins bien qu’avant ?

L’état d’urgence a été instauré dernièrement en France après les attentats de 2015 mais cette éventualité n’est pas à l’ordre du jour, même si l’ensemble de l’opinion (et les manifestants eux-mêmes) a été choquée par le détournement de cette protestation. Le gouvernement pour sa part distingue entre les « casseurs » coupables de violences et de pillages, qui seront réprimés sévèrement, et les manifestations de citoyens usant de leurs droits constitutionnels qui sont légitimes. Les classes populaires et moyennes ont été durement touchées par la crise économique de 2008 et le président Macron a été élu sur un programme de réformes profondes destinées à retrouver le chemin de la croissance et de la compétitivité. Il s’est engagé à mener une transition vers une économie verte qui exige des adaptations radicales à travers une fiscalité qui incite au changement. Cette exigence fait l’objet d’une acceptation générale dans son principe, mais se heurte à des freins économiques et psychologiques. Le gouvernement ouvre une discussion qui devrait permettre d’adapter ces mesures à la réalité du terrain. On ne peut non plus oublier, à côté des faits objectifs, que les Français ont « la passion de l’égalité ».

Une partie de la presse française a rapporté que derrière les manifestations se trouvait le parti d’extrême droite de Marine Le Pen. Si cela est vrai, s’agit-il simplement de monter la pression politique avant les élections législatives européennes ou bien existe-t-il un autre contexte, local ?

Les manifestations actuelles répondent à un malaise et à une inquiétude qui ont été reconnues par le gouvernement et il n’est pas nécessaire d’aller chercher des complots devant un phénomène qui répond à une préoccupation générale.

Certains estiment que les manifestants instrumentalisent la présence de migrants supposément nombreux - le public se souvient encore des ruines des camps sauvages de Calais et des grands incendies. Quel crédit accorder à ces spéculations ? Pourquoi Le Pen, si elle se tient derrière les manifestations, utiliserait-elle des migrants sachant qu’elle est contre leur séjour en France ?

Il ne faut pas généraliser des incidents isolés ni tout mélanger : les protestations sont centrées sur le pouvoir d’achat et une volonté diffuse que le poids des réformes soit partagé plus équitablement et que leurs résultats positifs sur l’emploi soient plus rapides.

Toute cette situation peut-elle déstabiliser la position de la France qui, avec l’Allemagne, constitue l’épine dorsale de l’Union européenne ?

Les institutions françaises sont solides et, en profondeur, tous les sondages le démontrent, l’opinion aspire toujours à une Europe efficace et protectrice où les Français voient toujours le meilleur rempart contre une mondialisation déstructurante.

Il y a des commentaires selon lesquels la France serait « la Grèce de l’Ouest » - d’après la nature des manifestations, les lourdes taxes qui leur sont imposées et qui ne sont pourtant pas utilisées pour améliorer les infrastructures ni la vie des citoyens en général. Une telle comparaison, serait-elle possible ?

La France reste la cinquième économie mondiale, aux prises avec une politique de réformes ambitieuses qui lui permettront, c’est en tout le cas le but, de déployer ses nombreux atouts dans la compétition mondiale. Elle est le premier pays européen pour l’accueil des investissements européens : par-delà les poussées de fièvre, les fondamentaux de la démographie, de la recherche et de l’innovation sont sains. Les grands organismes ne s’adaptent pas sans soubresauts : la croissance française s’est faite au siècle dernier et notre pays en ressort plus fort.

Paris n’est pas seulement la capitale de la France, c’est la capitale de la culture européenne. Hier, sur les réseaux sociaux, sont apparues des photos où brûle le Jardin des Tuileries. Heureusement, c’était une fausse nouvelle, mais compte tenu des dégâts sur l’Arc de Triomphe, comment les autorités françaises vont-elles protéger le patrimoine culturel mondial à Paris ?

Des mesures spéciales sont désormais prises contre les « casseurs » et il faut se garder des fausses nouvelles, surtout si elles sont relayées avec un catastrophisme malsain. Il y a eu des dégradations mais on ne doit pas oublier que des « gilets jaunes » ont fait respecter la tombe du soldat inconnu et empêché toute profanation de ce lieu de mémoire nationale.

Ont-elles une stratégie les autorités françaises pour mettre fin à ce chaos ? Y aurait-il des négociations avec les « gilets jaunes » ? Dans l’affirmative, quelles demandes des manifestants seraient raisonnable pour que le Gouvernement puisse leur réponde favorablement ? Quelles demandes seraient considérées comme non fondées ?

Le gouvernement ouvre un dialogue avec toutes les forces politiques représentées au Parlement et une discussion s’ouvre avec les gilets jaunes. J’ai confiance : nous en avons vu d’autres !

Dernière modification : 06/12/2018

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